{"id":2727,"date":"2025-08-13T00:12:29","date_gmt":"2025-08-12T23:12:29","guid":{"rendered":"https:\/\/lequotidien-deconstantine.dz\/?p=2727"},"modified":"2025-08-13T00:12:32","modified_gmt":"2025-08-12T23:12:32","slug":"15-ans-deja-tahar-ouettar-le-souffle-eternel-de-sedrata","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lequotidien-deconstantine.dz\/?p=2727","title":{"rendered":"15 ans d\u00e9j\u00e0, Tahar Ouettar, le souffle \u00e9ternel de S\u00e9drata"},"content":{"rendered":"\n<p>Traduit dans plus de dix langues, auteur d\u2019une \u0153uvre monumentale, penseur infatigable et fondateur de la c\u00e9l\u00e8bre Association culturelle El Djahizia, Tahar Ouettar demeure, 15 ans apr\u00e8s sa mort, une figure centrale de la m\u00e9moire litt\u00e9raire et intellectuelle alg\u00e9rienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 12 ao\u00fbt 2010, l\u2019Alg\u00e9rie perdait l\u2019un de ses plus grands \u00e9crivains du XXe si\u00e8cle : Tahar Ouettar, romancier, nouvelliste, intellectuel engag\u00e9, et militant infatigable pour la langue arabe, la m\u00e9moire nationale et l\u2019ind\u00e9pendance de la pens\u00e9e. Quinze ans plus tard, le souvenir de cet auteur hors norme, n\u00e9 le 15 ao\u00fbt 1936 \u00e0 S\u00e9drata (wilaya de Souk Ahras), reste vivace, et son \u0153uvre, toujours aussi actuelle, continue de fasciner, d\u2019interroger et d&rsquo;inspirer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un \u00e9crivain miroir d\u2019une Alg\u00e9rie en mutation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tahar Ouettar n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un \u00e9crivain de l\u2019ombre. \u00c0 travers ses romans puissants, il a su dresser un portrait sans concession de l\u2019Alg\u00e9rie, de ses blessures coloniales \u00e0 ses d\u00e9sillusions post-ind\u00e9pendance. V\u00e9ritable chroniqueur de l\u2019\u00e2me alg\u00e9rienne, il a su traduire les douleurs, les espoirs, les contradictions et les r\u00e9voltes d\u2019un peuple en qu\u00eate de sens et de souverainet\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Son style, souvent qualifi\u00e9 de r\u00e9aliste et critique, m\u00eale un arabe litt\u00e9raire dense et po\u00e9tique \u00e0 une structure narrative profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans les traditions orales alg\u00e9riennes. Il y a chez Ouettar une capacit\u00e9 rare \u00e0 concilier h\u00e9ritage culturel maghr\u00e9bin et vision moderniste du r\u00f4le de l\u2019\u00e9crivain.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un monument litt\u00e9raire traduit dans plus de dix langues<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Avec une vingtaine d\u2019\u0153uvres majeures, traduites dans plus de dix langues \u00e9trang\u00e8res (fran\u00e7ais, anglais, espagnol, allemand, russe, turc, entre autres), Tahar Ouettar s\u2019est impos\u00e9 comme l\u2019un des piliers de la litt\u00e9rature arabe contemporaine. Parmi ses romans les plus embl\u00e9matiques :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>\u00ab L\u2019Amour et la mort dans le temps de Harrach \u00bb <em>(1982)<\/em> \u2013 une \u0153uvre poignante sur les marginaux d\u2019Alger, d\u00e9non\u00e7ant l\u2019exclusion sociale.<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab Le Mariage du mulet \u00bb <em>(1983)<\/em> \u2013 un r\u00e9cit all\u00e9gorique sur le pouvoir, la tradition et l\u2019absurde.<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab La Bougie et les T\u00e9n\u00e8bres \u00bb <em>(1995)<\/em> \u2013 une r\u00e9flexion sur la v\u00e9rit\u00e9, la m\u00e9moire et la foi.<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab Le Saint Tahar retourne \u00e0 sa noble tombe \u00bb <em>(1999)<\/em> et \u00ab Le Saint Tahar l\u00e8ve les mains au ciel \u00bb <em>(2005)<\/em> \u2013 diptyque mystico-politique o\u00f9 l\u2019auteur explore les tensions spirituelles et id\u00e9ologiques de la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Ses nouvelles sont tout aussi remarquables, notamment :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>\u00ab Fum\u00e9e de mon c\u0153ur \u00bb <em>(1961)<\/em><\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab Les Coups de poignard \u00bb <em>(1971)<\/em><\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab Les Martyrs reviennent cette semaine \u00bb <em>(1974)<\/em> \u2013 recueil o\u00f9 se cristallisent les promesses bris\u00e9es de la r\u00e9volution.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><strong>Un intellectuel militant et une voix proph\u00e9tique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tahar Ouettar ne fut pas qu\u2019un romancier. Il \u00e9tait aussi un intellectuel au verbe engag\u00e9, un d\u00e9fenseur farouche de la langue arabe en Alg\u00e9rie, souvent en tension avec le bilinguisme post-colonial. Il consid\u00e9rait que la v\u00e9ritable ind\u00e9pendance culturelle passait par la souverainet\u00e9 linguistique, mais aussi par un dialogue critique entre les h\u00e9ritages amazigh, arabe et m\u00e9diterran\u00e9en.<\/p>\n\n\n\n<p>Son dernier souffle cr\u00e9atif est immortalis\u00e9 dans un po\u00e8me \u00e9crit sur son lit d\u2019h\u00f4pital : \u00ab Po\u00e8me de l\u2019humilit\u00e9 \u00bb, dans lequel il interpelle les intellectuels sur leur silence complice et leur d\u00e9connexion du peuple. Un testament litt\u00e9raire et moral, dans lequel l\u2019\u00e9crivain, au seuil de la mort, continue de questionner les consciences.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>El Djahidia : la culture comme r\u00e9sistance<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019un des faits majeurs de l\u2019h\u00e9ritage de Ouettar reste sans doute la cr\u00e9ation, en 1990, de l\u2019Association culturelle El Djahidia. V\u00e9ritable espace de r\u00e9sistance culturelle, de d\u00e9bat intellectuel et de promotion de la litt\u00e9rature nationale, elle r\u00e9unissait \u00e9crivains, po\u00e8tes, penseurs et artistes autour de la d\u00e9fense d\u2019une culture populaire enracin\u00e9e et ouverte.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un contexte marqu\u00e9 par la mont\u00e9e de l\u2019intol\u00e9rance et l\u2019\u00e9rosion des rep\u00e8res culturels, Ouettar a fait de la culture un champ de bataille, mais aussi un outil de r\u00e9conciliation entre les Alg\u00e9riens et leur identit\u00e9 plurielle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un appel \u00e0 la red\u00e9couverte de son \u0153uvre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, plusieurs voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent dans le monde acad\u00e9mique pour relancer l\u2019\u00e9tude et la relecture de l\u2019\u0153uvre de Ouettar. Le professeur Mourad Louafi plaide pour une institutionnalisation de la m\u00e9moire de l\u2019\u00e9crivain, et appelle \u00e0 des travaux universitaires de fond sur ses romans.<br>L\u2019\u00e9crivain Kacem Belhadj, pour sa part, insiste sur l\u2019importance de rassembler l\u2019ensemble de ses manuscrits, interventions et lettres, afin d\u2019offrir aux g\u00e9n\u00e9rations futures une vision compl\u00e8te de sa pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autres comme le chercheur Ahmed Menouer soulignent que l\u2019\u0153uvre de Ouettar \u00ab s\u2019\u00e9tale sur plus d\u2019un demi-si\u00e8cle \u00bb et m\u00e9rite d\u2019\u00eatre int\u00e9gr\u00e9e dans les programmes scolaires et universitaires, au m\u00eame titre que les grands classiques.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un nom qui continue de hanter le silence<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tahar Ouettar est plus qu\u2019un \u00e9crivain : il est une m\u00e9moire, une conscience, une voix. Son absence physique n\u2019a en rien alt\u00e9r\u00e9 la puissance de sa parole, ni l\u2019actualit\u00e9 de ses combats.<br>Dans un monde arabe souvent en qu\u00eate de rep\u00e8res, l\u2019\u00e9crivain alg\u00e9rien continue d\u2019incarner une boussole morale et litt\u00e9raire, dans un style \u00e0 la fois exigeant, populaire, et visc\u00e9ralement libre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019heure des comm\u00e9morations, il ne s\u2019agit pas simplement de se souvenir. Il faut relire, republier, d\u00e9battre, traduire, transmettre. Car une nation qui oublie ses \u00e9crivains, oublie une partie d\u2019elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L.R.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Traduit dans plus de dix langues, auteur d\u2019une \u0153uvre monumentale, penseur infatigable et fondateur de la c\u00e9l\u00e8bre Association culturelle El Djahizia, Tahar Ouettar demeure, 15 ans apr\u00e8s sa mort, une figure centrale de la m\u00e9moire litt\u00e9raire et intellectuelle alg\u00e9rienne. 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