{"id":3411,"date":"2025-11-27T11:46:01","date_gmt":"2025-11-27T10:46:01","guid":{"rendered":"https:\/\/lequotidien-deconstantine.dz\/?p=3411"},"modified":"2025-11-27T11:49:07","modified_gmt":"2025-11-27T10:49:07","slug":"crimes-coloniaux-memoire-africaine-justice-globale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lequotidien-deconstantine.dz\/?p=3411","title":{"rendered":"Crimes coloniaux\u00a0: M\u00e9moire africaine, justice globale"},"content":{"rendered":"\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but de la semaine prochaine, l\u2019Alg\u00e9rie organise un sommet international consacr\u00e9 aux crimes de la colonisation en Afrique, a annonc\u00e9 le professeur Hassan Magdouri, directeur du Mus\u00e9e du Moudjahid. L\u2019\u00e9v\u00e9nement s\u2019inscrit dans le prolongement d\u2019une d\u00e9cision prise lors du sommet de l\u2019Union africaine, tenu en f\u00e9vrier dernier, qui a valid\u00e9 l\u2019initiative du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique en faveur d\u2019un forum sur le th\u00e8me \u00ab Justice pour les Africains et pour les personnes d\u2019origine africaine : vers la r\u00e9paration \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce colloque, selon son organisateur, vise \u00e0 scruter \u00ab les d\u00e9tails des crimes coloniaux sur le continent \u00bb, \u00e0 proposer une lecture commune et \u00e0 forger \u00ab une position africaine unifi\u00e9e \u00bb sur les m\u00e9canismes de mise en place d\u2019une front uni pour la r\u00e9paration et pour le traitement des \u00ab m\u00e9saventures historiques \u00bb laiss\u00e9es par les puissances coloniales.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Objectifs du colloque : science, droit et m\u00e9moire au service d\u2019une strat\u00e9gie commune<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le rassemblement veut \u00eatre un espace de d\u00e9bat scientifique, juridique et des droits humains sur les crimes coloniaux et sur des dossiers longtemps ignor\u00e9s ou tus. L\u2019ambition affich\u00e9e est de produire une vision commune susceptible de renforcer la souverainet\u00e9 africaine et de la prot\u00e9ger des formes anciennes et nouvelles d\u2019ing\u00e9rence, en s\u2019appuyant sur une approche conjointe m\u00ealant histoire, droit international et politiques de m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon M. Magdouri, le colloque devra notamment permettre d\u2019\u00e9laborer un cadre juridique partag\u00e9 d\u00e9finissant la \u00ab crime colonial \u00bb \u00e0 la lumi\u00e8re des normes internationales ; d\u2019instaurer des m\u00e9canismes coordonn\u00e9s pour la restitution et la consolidation des archives, la pr\u00e9servation de la m\u00e9moire et la valorisation du patrimoine ; et de rassembler les exp\u00e9riences nationales afin d\u2019en tirer des pratiques r\u00e9plicables au niveau continental.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un r\u00f4le naturel pour l\u2019Alg\u00e9rie : h\u00e9ritage du combat pour la d\u00e9colonisation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Interrog\u00e9 sur le choix de l\u2019Alg\u00e9rie comme pays-h\u00f4te, Magdouri a soulign\u00e9 la coh\u00e9rence historique entre l\u2019initiative et le parcours du pays : depuis son ind\u00e9pendance en 1962, l\u2019Alg\u00e9rie s\u2019est positionn\u00e9e en premi\u00e8re ligne du mouvement de d\u00e9colonisation en Afrique, soutenant de nombreux pays dans leur \u00e9mancipation. L\u2019Alg\u00e9rie a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 l\u2019h\u00f4te de la conf\u00e9rence des non-align\u00e9s en 1973, symbolisant son engagement pour un ordre \u00e9conomique mondial plus \u00e9quitable entre Nord et Sud.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Magdouri, cette trajectoire donne \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie une l\u00e9gitimit\u00e9 particuli\u00e8re pour animer un dialogue pan-africain sur la r\u00e9paration historique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u00e9finir la \u00ab crime colonial \u00bb : d\u00e9fis juridiques et divergences de lecture<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019un des enjeux majeurs du forum sera de solder l\u2019absence d\u2019une d\u00e9finition juridique consensuelle du concept de \u00ab crime colonial \u00bb. \u00c0 ce jour, les \u00c9tats et les sp\u00e9cialistes ne s\u2019accordent pas sur la qualification et les cons\u00e9quences juridiques \u00e0 tirer des exactions et politiques coloniales : certains pays et acteurs plaident pour la reconnaissance de ces pratiques comme crimes au sens p\u00e9nal ou civil, tandis que d\u2019autres restent r\u00e9ticents ou adoptent des positions nuanc\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Le colloque ambitionne de confronter les diff\u00e9rentes lectures juridiques \u00e0 l\u2019\u0153uvre sur le continent et dans le droit international ; proposer une d\u00e9finition op\u00e9rationnelle qui permette aux juristes et aux tribunaux de soutenir des actions en r\u00e9paration ; et r\u00e9fl\u00e9chir aux m\u00e9canismes de r\u00e9paration \u2014 r\u00e9parations financi\u00e8res, restitutions d\u2019archives et d\u2019objets culturels, reconnaissances symboliques, mesures de r\u00e9paration structurelles \u2014 qui seraient compatibles avec le droit international et la politique africaine commune.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Archives, m\u00e9moire et politique de restitution : un terrain de bataille culturel et documentaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Magdouri a insist\u00e9 sur le r\u00f4le central des archives et de la m\u00e9moire dans le processus de reconnaissance et de r\u00e9paration. Nombre des crimes coloniaux, a-t-il soulign\u00e9, restent occult\u00e9s ou ont \u00e9t\u00e9 marginalis\u00e9s parce que les archives ont \u00e9t\u00e9 saisies, dispers\u00e9es ou d\u00e9truites. La r\u00e9appropriation et la sauvegarde du patrimoine documentaire et mus\u00e9al constituent donc une condition pr\u00e9alable \u00e0 toute action effective.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9rience alg\u00e9rienne est avanc\u00e9e en exemple : l\u2019\u00c9tat a, selon le directeur du mus\u00e9e, r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer une partie significative de son patrimoine archivistique et \u00e0 d\u00e9velopper un r\u00e9seau mus\u00e9al d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la conservation de la m\u00e9moire nationale \u2014 un mod\u00e8le qui a suscit\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat de d\u00e9l\u00e9gations africaines.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Victimes sans chiffres : l\u2019\u00e9nigme du nombre total des morts<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019un des points douloureux \u00e9voqu\u00e9s lors des interventions concerne l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019\u00e9tablir un bilan d\u00e9mographique global des victimes de la colonisation. Sur la seule p\u00e9riode de la R\u00e9volution alg\u00e9rienne (1954\u20131962), le chiffre souvent cit\u00e9 d\u2019un million et demi de morts concerne sp\u00e9cifiquement ces huit ann\u00e9es de guerre, a rappel\u00e9 Magdouri. Mais pour l\u2019ensemble des 132 ann\u00e9es d\u2019occupation (1830\u20131962), aucune statistique officielle et exhaustive n\u2019existe, ouvrant de larges zones d\u2019ombres et de questions sur le nombre r\u00e9el de victimes d\u2019extermination, de d\u00e9placements forc\u00e9s et de famines li\u00e9s \u00e0 la domination coloniale.<\/p>\n\n\n\n<p>Le colloque devra, selon lui, poser la question des m\u00e9thodes et des sources permettant d\u2019\u00e9valuer l\u2019ampleur des pertes humaines sur de longues p\u00e9riodes et d\u2019offrir des r\u00e9ponses historiques et juridiques cr\u00e9dibles.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Essais nucl\u00e9aires, d\u00e9portations et impacts environnementaux<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les crimes coloniaux, a rappel\u00e9 Magdouri, ne se limitent pas aux massacres et au pillage. D\u2019autres formes d\u2019atteintes massives et durables doivent \u00eatre mises en lumi\u00e8re, notamment les essais nucl\u00e9aires men\u00e9s par la France \u00e0 Reggane, \u00e0 partir du 13 f\u00e9vrier 1960, qui entra\u00een\u00e8rent des impacts sanitaires et environnementaux affectant non seulement l\u2019Alg\u00e9rie mais aussi des r\u00e9gions limitrophes ; et les d\u00e9portations et d\u00e9placements forc\u00e9s, comme le transfert d\u2019Alg\u00e9riens vers la Nouvelle-Cal\u00e9donie, dont les cons\u00e9quences identitaires et sociales persistent \u00e0 travers les g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces dossiers, souvent n\u00e9glig\u00e9s, constituent des axes prioritaires d\u2019investigation et de mobilisation juridique et m\u00e9morielle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une solidarit\u00e9 africaine ancienne : le cas du Soudan<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le professeur a \u00e9voqu\u00e9 des exemples historiques de solidarit\u00e9 panafricaine pr\u00e9coces. Il a cit\u00e9 la r\u00e9action du Soudan qui, avant m\u00eame les essais nucl\u00e9aires fran\u00e7ais, condamna publiquement le projet : un officier soudanais, le major Talat Farid, publia un article le 5 mai 1959 dans le journal <em>Az-Zaman<\/em> d\u00e9non\u00e7ant le projet, tandis que Khartoum adressa une note de protestation officielle. Ce rappel illustre, selon Magdouri, qu\u2019une conscience africaine des menaces coloniales et post-coloniales existait d\u00e9j\u00e0 avant les ind\u00e9pendances formelles.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un si\u00e8cle et demi d\u2019une m\u00eame logique : de la traite \u00e0 l\u2019implantation coloniale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le colloque n\u2019omettra pas d\u2019inscrire les pratiques coloniales dans une longue dur\u00e9e : depuis les grands voyages \u00ab d\u00e9couvrants \u00bb du XVIe si\u00e8cle, men\u00e9s par l\u2019Espagne et le Portugal, en passant par la mise en place de la traite transatlantique des esclaves et l\u2019instauration, au XIXe si\u00e8cle, de syst\u00e8mes d\u2019occupation et de peuplement colonial, jusqu\u2019aux politiques d\u2019assimilation, de conversion et d\u2019effacement linguistique et culturel.<\/p>\n\n\n\n<p>Magdouri pointe que le r\u00e9cit de la \u00ab mission civilisatrice \u00bb a servi de couverture id\u00e9ologique \u00e0 des politiques qui ont abouti \u00e0 la d\u00e9possession, \u00e0 l\u2019exploitation des ressources et \u00e0 l\u2019effacement de syst\u00e8mes linguistiques et culturels entiers.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Perspectives : vers quelles suites concr\u00e8tes ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au terme du colloque, l\u2019objectif affich\u00e9 est de d\u00e9gager une feuille de route africaine : d\u00e9finition juridique partag\u00e9e, inventaire des archives et des biens \u00e0 restituer, m\u00e9canismes d\u2019assistance aux victimes et \u00e0 leurs descendants, et, plus largement, la construction d\u2019un discours public et \u00e9ducatif qui int\u00e8gre ces pages de l\u2019histoire dans la m\u00e9moire collective.<\/p>\n\n\n\n<p>Magdouri voit dans ce rendez-vous une opportunit\u00e9 pour lancer la mise en place d\u2019une coordination continentale susceptible de porter, aupr\u00e8s d\u2019instances internationales et des anciennes puissances coloniales, des demandes de reconnaissance et de r\u00e9paration structur\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un moment de v\u00e9rit\u00e9 historique et politique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le sommet annonc\u00e9 en Alg\u00e9rie se pr\u00e9sente comme une \u00e9tape significative dans la volont\u00e9 africaine de faire face au legs de la colonisation : non seulement pour \u00e9tablir la v\u00e9rit\u00e9 historique, mais aussi pour cr\u00e9er les conditions juridiques et politiques d\u2019une r\u00e9paration qui tienne compte des dimensions mat\u00e9rielles, symboliques et m\u00e9morielles du pr\u00e9judice. En mettant en commun exp\u00e9riences, archives et expertises, les pays africains cherchent \u00e0 transformer une m\u00e9moire bless\u00e9e en un projet collectif de justice et de reconstruction. <\/p>\n\n\n\n<p>                                                                                                                                                        L.R.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e8s le d\u00e9but de la semaine prochaine, l\u2019Alg\u00e9rie organise un sommet international consacr\u00e9 aux crimes de la colonisation en Afrique, a annonc\u00e9 le professeur Hassan Magdouri, directeur du Mus\u00e9e du Moudjahid. 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