{"id":3665,"date":"2025-12-27T14:49:32","date_gmt":"2025-12-27T13:49:32","guid":{"rendered":"https:\/\/lequotidien-deconstantine.dz\/?p=3665"},"modified":"2025-12-27T14:49:34","modified_gmt":"2025-12-27T13:49:34","slug":"caftan-du-kadi-le-fil-dor-de-lame-constantinoise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lequotidien-deconstantine.dz\/?p=3665","title":{"rendered":"Caftan du kadi\u00a0: Le fil d\u2019or de l\u2019\u00e2me constantinoise"},"content":{"rendered":"\n<p>Perch\u00e9e entre gorges vertigineuses, ponts suspendus et rochers mill\u00e9naires, Constantine ne se contente pas de dominer l\u2019espace : elle traverse le temps. Parmi les tr\u00e9sors qu\u2019elle a su pr\u00e9server et transmettre, le <em>caftan du kadi<\/em> occupe une place singuli\u00e8re. Plus qu\u2019un habit d\u2019apparat, il est l\u2019expression tangible d\u2019un raffinement ancestral, d\u2019un savoir-faire artisanal d\u2019exception et d\u2019une m\u00e9moire culturelle profond\u00e9ment enracin\u00e9e dans l\u2019histoire alg\u00e9rienne, aujourd\u2019hui reconnue bien au-del\u00e0 des fronti\u00e8res nationales.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019origine, le caftan du kadi \u00e9tait un v\u00eatement masculin \u00e9troitement associ\u00e9 au pouvoir judiciaire. Port\u00e9 par le <em>kadi<\/em>, figure centrale de l\u2019ordre social et religieux, il symbolisait \u00e0 la fois l\u2019autorit\u00e9, la dignit\u00e9 et le prestige de celui qui rendait la justice. Confectionn\u00e9 dans des \u00e9toffes nobles et orn\u00e9 de fils d\u2019or savamment travaill\u00e9s, cet habit traduisait le rang \u00e9lev\u00e9 de son porteur autant qu\u2019il refl\u00e9tait l\u2019excellence des artisans constantinois.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fil des si\u00e8cles, ce v\u00eatement a connu une \u00e9volution remarquable. D\u2019attribut du pouvoir masculin, il est progressivement devenu un habit de f\u00eate f\u00e9minin, port\u00e9 lors des grandes c\u00e9r\u00e9monies, notamment les mariages. Cette transformation n\u2019a en rien alt\u00e9r\u00e9 son aura symbolique : bien au contraire, elle a contribu\u00e9 \u00e0 inscrire le caftan du kadi au c\u0153ur des traditions sociales et culturelles de l\u2019est alg\u00e9rien, avant qu\u2019il ne rayonne dans d\u2019autres r\u00e9gions du pays.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Meriem Keba\u00eflia, directrice du mus\u00e9e public national des arts et expressions culturelles traditionnelles, install\u00e9 au palais Ahmed-Bey de Constantine, l\u2019histoire du caftan du kadi est solidement \u00e9tay\u00e9e par des archives officielles datant du XVII? si\u00e8cle. Des contrats de mariage conserv\u00e9s dans les registres des tribunaux religieux mentionnent explicitement le \u00ab caftan \u00bb parmi les \u00e9l\u00e9ments exig\u00e9s de la dot de la mari\u00e9e, preuve de sa valeur mat\u00e9rielle et symbolique au sein de la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Patience, pr\u00e9cision et dext\u00e9rit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan technique, le caftan du kadi se distingue par une broderie d\u2019une grande finesse. Aouiche Safinaz, pr\u00e9sidente de l\u2019association <em>Les pionni\u00e8res du Vieux Rocher<\/em> et artisane sp\u00e9cialis\u00e9e dans les v\u00eatements traditionnels constantinois, explique que la broderie masculine faisait appel \u00e0 la technique du <em>Medjboud<\/em>, tandis que la version f\u00e9minine privil\u00e9giait la <em>Fetla<\/em>, une m\u00e9thode tr\u00e8s proche mais l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rente dans l\u2019ex\u00e9cution. Ces techniques, exigeant patience, pr\u00e9cision et dext\u00e9rit\u00e9, t\u00e9moignent de la ma\u00eetrise exceptionnelle des artisans locaux.<\/p>\n\n\n\n<p>La fabrication du caftan reposait autrefois sur des proc\u00e9d\u00e9s aujourd\u2019hui rares. \u00c0 Constantine, une peau de mouton \u00e9tait utilis\u00e9e \u00e0 la place du <em>gargaf<\/em>, cadre circulaire en bois destin\u00e9 \u00e0 tendre le tissu afin de faciliter la broderie. Les fils d\u2019or, quant \u00e0 eux, \u00e9taient fix\u00e9s selon un proc\u00e9d\u00e9 traditionnel utilisant du sang pr\u00e9lev\u00e9 sur la rate, soigneusement s\u00e9ch\u00e9 par la suite. Transmise de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, cette m\u00e9thode conf\u00e9rait au caftan une brillance singuli\u00e8re et une \u00e9l\u00e9gance incomparable, tout en renfor\u00e7ant sa durabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce travail minutieux \u00e9tait \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 l\u2019activit\u00e9 de <em>Dar El Debbagh<\/em>, v\u00e9ritable berceau des cuirs raffin\u00e9s \u00e0 Constantine. Dans ces ateliers, chaque pi\u00e8ce de cuir \u00e9tait transform\u00e9e en \u0153uvre d\u2019art, contribuant \u00e0 la r\u00e9putation de la ville comme centre majeur de l\u2019artisanat de luxe.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un t\u00e9moignage \u00e9loquent<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 des fronti\u00e8res alg\u00e9riennes, le caftan du kadi a \u00e9galement laiss\u00e9 son empreinte dans l\u2019histoire diplomatique et culturelle internationale. Des pi\u00e8ces sont aujourd\u2019hui conserv\u00e9es dans plusieurs mus\u00e9es \u00e9trangers. Le mus\u00e9e de Stockholm, en Su\u00e8de, expose notamment un caftan offert en 1731 par Ali Pacha au roi de Su\u00e8de, \u00e0 l\u2019occasion de la conclusion d\u2019un trait\u00e9 de paix entre l\u2019Alg\u00e9rie et ce pays scandinave. <a>Un t\u00e9moignage \u00e9loquent <\/a>du r\u00f4le du v\u00eatement comme objet de prestige et instrument de diplomatie.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre 1868 et 1872, douze caftans alg\u00e9riens, accompagn\u00e9s de trois gandouras et de cinq burnous, furent expos\u00e9s au palais imp\u00e9rial de la Hofburg et au ch\u00e2teau de Sch\u00f6nbrunn, \u00e0 Vienne. Certaines de ces pi\u00e8ces avaient \u00e9t\u00e9 acquises en Alg\u00e9rie par l\u2019imp\u00e9ratrice Elisabeth de Wittelsbach, plus connue sous le nom de Sissi, tandis que d\u2019autres lui avaient \u00e9t\u00e9 offertes, brod\u00e9es de fils d\u2019or pur, lors de ses visites en Alg\u00e9rie en 1872.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres caftans, conserv\u00e9s dans des mus\u00e9es de Damas, en Syrie, auraient appartenu \u00e0 Zineb, fille de l\u2019\u00c9mir Abdelkader. Leur pr\u00e9sence hors du territoire national illustre l\u2019ampleur du rayonnement historique et symbolique de cet habit alg\u00e9rien, porteur d\u2019une identit\u00e9 culturelle forte.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui encore, le caftan du kadi continue de vivre. Il est port\u00e9 lors des grandes occasions et des c\u00e9r\u00e9monies traditionnelles, incarnant un patrimoine vivant qui transmet m\u00e9moire, identit\u00e9 et \u00e9l\u00e9gance. \u00c0 l\u2019instar du caftan de Tlemcen et d\u2019autres habits traditionnels embl\u00e9matiques de l\u2019ouest alg\u00e9rien, le caftan constantinois a contribu\u00e9 \u00e0 la reconnaissance internationale du patrimoine vestimentaire alg\u00e9rien, consacr\u00e9e par son inscription au patrimoine culturel mondial de l\u2019UNESCO.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, \u00e0 travers ses fils d\u2019or, le caftan du kadi continue de raconter l\u2019histoire de Constantine : une histoire de pouvoir et de raffinement, de transmission et de cr\u00e9ation, o\u00f9 le v\u00eatement devient langage, m\u00e9moire et symbole d\u2019une civilisation.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L.R.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Perch\u00e9e entre gorges vertigineuses, ponts suspendus et rochers mill\u00e9naires, Constantine ne se contente pas de dominer l\u2019espace : elle traverse le temps. 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