{"id":4082,"date":"2026-02-14T08:51:32","date_gmt":"2026-02-14T07:51:32","guid":{"rendered":"https:\/\/lequotidien-deconstantine.dz\/?p=4082"},"modified":"2026-02-14T08:51:34","modified_gmt":"2026-02-14T07:51:34","slug":"bangladesh-la-dynastie-rahman-reprend-la-main","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lequotidien-deconstantine.dz\/?p=4082","title":{"rendered":"Bangladesh\u00a0: La dynastie Rahman reprend la main"},"content":{"rendered":"\n<p>Apr\u00e8s plus d\u2019une d\u00e9cennie marqu\u00e9e par une d\u00e9rive autoritaire du pouvoir, le Bangladesh a v\u00e9cu un basculement politique majeur. Les \u00e9lections l\u00e9gislatives du jeudi 12 f\u00e9vrier ont consacr\u00e9 la victoire \u00e9crasante du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), ouvrant une nouvelle page pour ce pays de 170 millions d\u2019habitants, tout en ravivant les lignes de fracture historiques de sa vie politique.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon les r\u00e9sultats officiels de la commission \u00e9lectorale, le BNP a remport\u00e9 212 des 300 si\u00e8ges du Parlement, s\u2019assurant une majorit\u00e9 absolue confortable. Une victoire qui marque le retour au pouvoir d\u2019un parti longtemps marginalis\u00e9 et r\u00e9prim\u00e9 sous le r\u00e8gne de Sheikh Hasina, chass\u00e9e du pouvoir en ao\u00fbt 2024 \u00e0 la suite d\u2019un vaste mouvement de contestation populaire port\u00e9 par la jeunesse.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un scrutin charni\u00e8re, sous haute surveillance<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le scrutin \u00e9tait scrut\u00e9 bien au-del\u00e0 des fronti\u00e8res bangladaises. Organis\u00e9 par un gouvernement de transition dirig\u00e9 par le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus, il constituait un test d\u00e9mocratique crucial apr\u00e8s des ann\u00e9es d\u2019\u00e9lections contest\u00e9es et d\u2019opposition musel\u00e9e. Plus de 950 000 membres des forces de s\u00e9curit\u00e9 et 45 000 observateurs nationaux et internationaux ont \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9s pour garantir la transparence du vote.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019issue de la journ\u00e9e \u00e9lectorale, Muhammad Yunus n\u2019a pas cach\u00e9 son \u00e9motion. \u00ab Nous sortons du cauchemar pour commencer un nouveau r\u00eave \u00bb, a-t-il d\u00e9clar\u00e9, saluant un scrutin qu\u2019il a qualifi\u00e9 de moment fondateur pour la d\u00e9mocratie bangladaise.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la victoire du BNP domine largement le paysage politique, un autre r\u00e9sultat retient l\u2019attention : la progression du Jamaat-e-Islami, principal parti islamiste du pays. Avec 77 si\u00e8ges, il r\u00e9alise la meilleure performance \u00e9lectorale de son histoire dans un pays musulman \u00e0 90 %. Une perc\u00e9e qui suscite autant d\u2019interrogations que d\u2019inqui\u00e9tudes, dans un contexte post-r\u00e9volutionnaire encore fragile.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce r\u00e9sultat refl\u00e8te \u00e0 la fois l\u2019effondrement du parti de Sheikh Hasina et la recomposition rapide d\u2019un champ politique longtemps verrouill\u00e9, o\u00f9 des forces rest\u00e9es en marge retrouvent d\u00e9sormais une visibilit\u00e9 institutionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Tarique Rahman, h\u00e9ritier d\u2019un nom et homme du retour<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au c\u0153ur de ce s\u00e9isme politique se trouve Tarique Rahman, 60 ans, figure longtemps absente de la sc\u00e8ne nationale. Fils du g\u00e9n\u00e9ral Ziaur Rahman, fondateur du BNP et pr\u00e9sident du Bangladesh de 1977 \u00e0 1981, assassin\u00e9 lors d\u2019une tentative de coup d\u2019\u00c9tat, et de Khaleda Zia, Premi\u00e8re ministre \u00e0 deux reprises et premi\u00e8re femme \u00e0 diriger le pays, Tarique Rahman incarne le retour d\u2019une dynastie politique majeure.<\/p>\n\n\n\n<p>Contraint \u00e0 l\u2019exil pendant dix-sept ans au Royaume-Uni, il est rentr\u00e9 au pays en d\u00e9cembre dernier pour mener une campagne \u00e9clair, ax\u00e9e sur la promesse d\u2019un \u00ab mandat clair \u00bb et d\u2019une rupture avec ce qu\u2019il qualifie de \u00ab fascisme \u00bb du r\u00e9gime sortant. R\u00e9serv\u00e9, presque introverti, loin des grandes d\u00e9monstrations populistes, il a mis\u00e9 sur le poids du nom, la lassitude populaire et l\u2019aspiration \u00e0 un changement profond.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la nuit suivant l\u2019annonce des r\u00e9sultats, le BNP a affirm\u00e9 \u00eatre \u00ab sur le point de former le gouvernement \u00bb. Tarique Rahman a appel\u00e9 ses partisans \u00e0 \u00e9viter toute c\u00e9l\u00e9bration de rue, leur demandant de privil\u00e9gier des pri\u00e8res dans les mosqu\u00e9es, un message \u00e0 la fois religieux et politique, destin\u00e9 \u00e0 pr\u00e9venir tout d\u00e9bordement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un vote charg\u00e9 de m\u00e9moire et d\u2019\u00e9motion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour de nombreux \u00e9lecteurs, ce scrutin a d\u00e9pass\u00e9 le simple enjeu politique. \u00ab Khaleda Zia \u00e9tait comme une m\u00e8re pour nous. Voter pour son fils, c\u2019est lui rendre hommage \u00bb, confiait Afrozam Nasima, 50 ans, femme au foyer, \u00e0 la sortie d\u2019un bureau de vote. Une dimension affective qui souligne combien la politique bangladaise reste marqu\u00e9e par des figures tut\u00e9laires et des loyaut\u00e9s familiales.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un pays exsangue \u00e0 reconstruire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le futur Premier ministre h\u00e9rite toutefois d\u2019un pays profond\u00e9ment fragilis\u00e9. Plus de 40millions de Bangladais vivent dans l\u2019extr\u00eame pauvret\u00e9, les infrastructures publiques sont d\u00e9labr\u00e9es, et la corruption gangr\u00e8ne les institutions. H\u00f4pitaux sous-\u00e9quip\u00e9s, r\u00e9seaux d\u2019eau potable d\u00e9ficients, gestion chaotique des d\u00e9chets : les urgences sont multiples.<\/p>\n\n\n\n<p>Tarique Rahman promet une politique de reconstruction nationale, avec des aides financi\u00e8res cibl\u00e9es pour les femmes, les ch\u00f4meurs et les agriculteurs, ainsi qu\u2019un effort particulier en faveur de la jeunesse, moteur de la contestation ayant renvers\u00e9 Sheikh Hasina. Il s\u2019engage \u00e9galement \u00e0 restaurer l\u2019\u00c9tat de droit et \u00e0 lutter contre la corruption, y compris au sein de son propre camp, r\u00e9guli\u00e8rement accus\u00e9 de pratiques client\u00e9listes par le pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des d\u00e9fis r\u00e9gionaux et internationaux majeurs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan diplomatique, le nouveau pouvoir devra r\u00e9tablir des relations extr\u00eamement tendues avec l\u2019Inde, qui h\u00e9berge d\u00e9sormais Sheikh Hasina. Autre dossier explosif : le sort de plus d\u2019un million de r\u00e9fugi\u00e9s rohingyas, install\u00e9s au Bangladesh apr\u00e8s avoir fui la Birmanie, toujours plong\u00e9e dans une guerre civile.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces d\u00e9fis ext\u00e9rieurs s\u2019ajoutent \u00e0 une \u00e9quation int\u00e9rieure d\u00e9licate : r\u00e9pondre aux immenses attentes sociales tout en contenir la mont\u00e9e de l\u2019islamisme politique et pr\u00e9server les acquis d\u00e9mocratiques fra\u00eechement restaur\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Entre espoir et incertitudes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9lection de Tarique Rahman ouvre ind\u00e9niablement une nouvelle \u00e8re pour le Bangladesh. Elle symbolise la fin d\u2019un cycle autoritaire et le retour du pluralisme politique. Mais elle rappelle aussi la permanence des dynasties, des clivages id\u00e9ologiques et des tensions religieuses dans un pays en qu\u00eate de stabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre promesse d\u00e9mocratique, h\u00e9ritage politique lourd et d\u00e9fis socio-\u00e9conomiques colossaux, le nouveau pouvoir est d\u00e9sormais attendu au tournant. Le r\u00eave \u00e9voqu\u00e9 par Muhammad Yunus ne pourra se concr\u00e9tiser que si la rupture annonc\u00e9e se traduit, enfin, dans les faits.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s plus d\u2019une d\u00e9cennie marqu\u00e9e par une d\u00e9rive autoritaire du pouvoir, le Bangladesh a v\u00e9cu un basculement politique majeur. 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