{"id":4652,"date":"2026-05-23T21:26:10","date_gmt":"2026-05-23T20:26:10","guid":{"rendered":"https:\/\/lequotidien-deconstantine.dz\/?p=4652"},"modified":"2026-05-23T21:26:12","modified_gmt":"2026-05-23T20:26:12","slug":"senegal-le-crepuscule-des-jumeaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lequotidien-deconstantine.dz\/?p=4652","title":{"rendered":"S\u00e9n\u00e9gal\u00a0: Le cr\u00e9puscule des jumeaux"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L\u2019histoire retiendra que le mariage de raison de l\u2019ex\u00e9cutif s\u00e9n\u00e9galais n\u2019aura pas r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du pouvoir. En limogeant brutalement son Premier ministre et ancien mentor Ousmane Sonko ce vendredi 22 mai au soir, le pr\u00e9sident Bassirou Diomaye Faye a mis fin \u00e0 une dyarchie devenue intenable. R\u00e9cit exclusif d\u2019une rupture d\u2019\u00c9tat in\u00e9vitable, o\u00f9 l&rsquo;ambition supr\u00eame a fini par consumer le serment des jumeaux politiques de Dakar.<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est un s\u00e9isme politique dont les r\u00e9pliques \u00e9branleront longtemps les rives de l\u2019Atlantique. Au S\u00e9n\u00e9gal, le compagnonnage mystique, presque sacrificiel, qui liait les deux t\u00eates de l&rsquo;ex\u00e9cutif a vol\u00e9 en \u00e9clats ce vendredi 22 mai au soir. Par un d\u00e9cret sans fioritures, le pr\u00e9sident Bassirou Diomaye Faye a mis fin aux fonctions de son Premier ministre, Ousmane Sonko. Cet acte officiel scelle brutalement la dislocation d&rsquo;un tandem fusionnel qui avait captiv\u00e9 l&rsquo;Afrique et port\u00e9 les espoirs de la jeunesse s\u00e9n\u00e9galaise lors de leur accession triomphale au pouvoir en mars 2024. Le duo de lib\u00e9rateurs s&rsquo;est irr\u00e9m\u00e9diablement m\u00e9tamorphos\u00e9, au fil des mois, en un duel \u00e0 ciel ouvert. L\u2019encombrant mentor, strat\u00e8ge en chef du projet souverainiste, a fini par heurter de plein fouet l&rsquo;irr\u00e9ductible l\u00e9gitimit\u00e9 de la fonction pr\u00e9sidentielle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9pilogue de cette rupture passionnelle n&rsquo;est pourtant pas le fruit d&rsquo;une col\u00e8re subite, mais le d\u00e9nouement d\u2019une trag\u00e9die \u00e9crite en plusieurs actes. Les premi\u00e8res f\u00ealures visibles dans l&rsquo;\u00e9difice de cette dyarchie in\u00e9dite remontent \u00e0 juillet 2025, un peu plus d\u2019un an apr\u00e8s leur installation au palais de l&rsquo;Avenue Roume. Devant des cercles choisis, Ousmane Sonko avait alors commenc\u00e9 \u00e0 distiller un venin subtil, fustigeant publiquement un probl\u00e8me d\u2019autorit\u00e9 au sommet de l&rsquo;\u00c9tat. Cette attaque \u00e0 peine voil\u00e9e ciblait la posture jug\u00e9e trop laconique, voire passive, de Bassirou Diomaye Faye. Le Premier ministre reprochait am\u00e8rement au chef de l&rsquo;\u00c9tat son manque de vigueur face aux assauts de l\u2019opposition, mais surtout une certaine ti\u00e9deur dans l\u2019ex\u00e9cution des grandes r\u00e9formes promises, au premier rang desquelles figurait la reddition des comptes de l&rsquo;ancien r\u00e9gime.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L\u2019\u00e9mancipation du disciple<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le point de non-retour a \u00e9t\u00e9 franchi \u00e0 la fin de l\u2019automne dernier, lors d\u2019un deuxi\u00e8me acte d&rsquo;une rare violence symbolique. En novembre 2025, d\u00e9sireux d&rsquo;asseoir sa propre l\u00e9gitimit\u00e9 et d&rsquo;\u00e9largir son assise politique, le pr\u00e9sident Faye a pris l\u2019initiative unilat\u00e9rale de ressusciter la grande coalition h\u00e9t\u00e9roclite qui l\u2019avait port\u00e9 au pouvoir. Pour enfoncer le clou, il en a confi\u00e9 la direction \u00e0 Aminata Tour\u00e9, une figure politique d&rsquo;envergure dont la nomination s&rsquo;est faite contre l\u2019avis express de son Premier ministre et chef du Pastef. Au c\u0153ur de la machine du parti majoritaire, cette d\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue comme une trahison originelle, une estocade port\u00e9e dans le dos des militants de la premi\u00e8re heure. D\u00e8s cet instant, le d\u00e9saccord s&rsquo;est affich\u00e9 en place publique, transformant les murmures de palais en un bras de fer institutionnel. Derri\u00e8re la bataille des pr\u00e9s\u00e9ances se dessinait d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;ombre gigantesque du scrutin pr\u00e9sidentiel \u00e0 venir, une \u00e9ch\u00e9ance pour laquelle les deux hommes ne pouvaient plus cacher leurs ambitions concurrentes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le foss\u00e9 n\u2019a cess\u00e9 de s\u2019\u00e9largir au gr\u00e9 de sorties m\u00e9diatiques calcul\u00e9es, l&rsquo;hostilit\u00e9 feutr\u00e9e se muant en une guerre d&rsquo;usure psychologique. Au d\u00e9but du mois de mars 2026, Ousmane Sonko franchissait un nouveau palier rh\u00e9torique en \u00e9voquant ouvertement l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un retour volontaire du Pastef dans l\u2019opposition, esquissant le concept in\u00e9dit et ambigu d\u2019une cohabitation douce avec le pr\u00e9sident qu\u2019il avait lui-m\u00eame contribu\u00e9 \u00e0 faire \u00e9lire. La r\u00e9plique pr\u00e9sidentielle, bien que diff\u00e9r\u00e9e, ne s\u2019est pas fait attendre. Le 2 mai, rompant avec sa r\u00e9serve habituelle lors d\u2019un entretien exclusif accord\u00e9 \u00e0 la presse nationale, Bassirou Diomaye Faye \u00e9voquait pour la toute premi\u00e8re fois, avec une froideur chirurgicale, l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019un limogeage de son Premier ministre si le fil de la confiance mutuelle venait d\u00e9finitivement \u00e0 se rompre. Pour les analystes politiques de Dakar, les d\u00e9s \u00e9taient jet\u00e9s, le divorce consomm\u00e9. Le pouvoir n&rsquo;attendait plus que l&rsquo;\u00e9tincelle d\u00e9finitive pour acter la s\u00e9paration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L&rsquo;ultimatum de trop<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette \u00e9tincelle a jailli dans l&rsquo;h\u00e9micycle de l\u2019Assembl\u00e9e nationale lors d\u2019une s\u00e9ance parlementaire qui fera date. Face aux d\u00e9put\u00e9s, Ousmane Sonko a choisi d&rsquo;\u00e9viter l\u2019invective brute pour lui pr\u00e9f\u00e9rer l&rsquo;arme de l&rsquo;exigence technique et morale, mettant en exergue des divergences fondamentales avec le chef de l&rsquo;\u00c9tat sur la gestion des deniers publics. Le Premier ministre a choisi de porter le fer sur la question ultrasensible des fonds politiques, ces enveloppes souveraines et discr\u00e9tionnaires de la pr\u00e9sidence et de la primature qui \u00e9chappent encore aux fourches caudines du contr\u00f4le parlementaire. C\u2019est \u00e0 cette tribune que le chef du gouvernement sortant a prononc\u00e9 les mots de trop, d\u00e9clarant solennellement que le pr\u00e9sident s\u2019\u00e9tait tromp\u00e9, avant d&rsquo;ajouter, sur un ton fr\u00f4lant la condescendance, qu&rsquo;il gardait l\u2019espoir de le voir reprendre ses esprits. En fixant ainsi un ultimatum au chef de l\u2019\u00c9tat pour l\u2019adoption forc\u00e9e d\u2019un texte de r\u00e9forme budg\u00e9taire, Ousmane Sonko a scell\u00e9 son propre destin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019entourage imm\u00e9diat du palais pr\u00e9sidentiel, on confie sous le sceau de l\u2019anonymat que cette sortie parlementaire n&rsquo;est que l\u2019expression paroxystique d\u2019une attitude g\u00e9n\u00e9rale devenue insupportable pour l&rsquo;institution r\u00e9publicaine. Ousmane Sonko s&rsquo;\u00e9vertuait \u00e0 projeter l&rsquo;image d&rsquo;un Premier ministre insoumis, refusant l&rsquo;ob\u00e9issance aveugle et revendiquant un droit de veto sur les orientations de la nation. Quelques heures seulement apr\u00e8s ces d\u00e9clarations, le couperet pr\u00e9sidentiel tombait, d\u00e9clenchant une onde de choc imm\u00e9diate sur les r\u00e9seaux sociaux et dans les art\u00e8res de la capitale. Des milliers de sympathisants ont partag\u00e9 le portrait de l&rsquo;ic\u00f4ne d\u00e9chue, assorti du slogan de ralliement des causes insurg\u00e9es promettant qu\u2019il ne marcherait jamais seul.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L\u2019inconnu du pas de clerc<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La ferveur s&rsquo;est instantan\u00e9ment d\u00e9plac\u00e9e de l\u2019espace virtuel vers le bitume dakarois. Sur le campus de l\u2019universit\u00e9 Cheikh-Anta-Diop, bastion historique de la contestation, ainsi qu\u2019autour du domicile de l\u2019ex-chef du gouvernement, des foules compactes et vibrantes se sont rassembl\u00e9es dans la nuit pour crier leur fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;homme fort du Pastef, actant son retour imm\u00e9diat dans les habits d&rsquo;opposant en chef. La r\u00e9action du parti n\u2019a pas tard\u00e9. Dans un communiqu\u00e9 officiel diffus\u00e9 tard dans la soir\u00e9e, la formation politique a salu\u00e9 le travail remarquable accompli par le gouvernement limog\u00e9, tout en sonnant le rappel des troupes pour un congr\u00e8s national crucial fix\u00e9 au 6 juin. L&rsquo;\u00e9tat-major du Pastef se pr\u00e9pare \u00e0 la guerre de reconqu\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour l\u2019heure, le S\u00e9n\u00e9gal retient son souffle et plonge dans une transition incertaine. Les ministres sortants ont re\u00e7u l&rsquo;ordre d&rsquo;exp\u00e9dier les affaires courantes, tandis qu&rsquo;aucune indication n&rsquo;a encore filtr\u00e9 quant \u00e0 l&rsquo;identit\u00e9 du futur locataire de la primature. Dans ce grand vide institutionnel, Bassirou Diomaye Faye se retrouve face \u00e0 son destin, seul ma\u00eetre \u00e0 bord d\u2019un navire d\u2019\u00c9tat qu\u2019il doit d\u00e9sormais man\u0153uvrer sans l\u2019ombre de son ancien mentor. Le bras de fer tant redout\u00e9 a enfin eu lieu, et la course solitaire pour le fauteuil pr\u00e9sidentiel vient de commencer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019avenir dira si ce divorce pr\u00e9cipit\u00e9 constitue un coup de g\u00e9nie politique ou un suicide collectif pour la mouvance souverainiste. En s&rsquo;affranchissant de la tutelle morale d\u2019Ousmane Sonko, Bassirou Diomaye Faye endosse enfin la pl\u00e9nitude de son costume pr\u00e9sidentiel, mais il s&rsquo;expose d\u00e9sormais, sans fusible, \u00e0 la col\u00e8re d&rsquo;une rue dakaroise prompte \u00e0 s&rsquo;enflammer. Lib\u00e9r\u00e9 des lourdeurs de la diplomatie gouvernementale, Sonko retrouve quant \u00e0 lui son habit de lumi\u00e8re, celui du tribun rebelle et de l&rsquo;opposant en chef, pr\u00eat \u00e0 transformer le congr\u00e8s du Pastef en une rampe de lancement vers le sommet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La longue marche vers la prochaine \u00e9lection pr\u00e9sidentielle vient donc de s&rsquo;ouvrir sur les d\u00e9combres d&rsquo;une amiti\u00e9 historique. Le temps des concessions mutuelles est d\u00e9finitivement r\u00e9volu, laissant place \u00e0 une comp\u00e9tition f\u00e9roce o\u00f9 chaque camp fourbit ses armes. Dans ce nouveau paysage politique s\u00e9n\u00e9galais redessin\u00e9 par l&rsquo;ambition, les deux anciens fr\u00e8res d&rsquo;armes savent que le pouvoir n&rsquo;aime pas le partage, et que le fauteuil pr\u00e9sidentiel n&rsquo;offre de place que pour un seul homme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>S.B.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019histoire retiendra que le mariage de raison de l\u2019ex\u00e9cutif s\u00e9n\u00e9galais n\u2019aura pas r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du pouvoir. En limogeant brutalement son Premier ministre et ancien mentor Ousmane Sonko ce vendredi 22 mai au soir, le pr\u00e9sident Bassirou Diomaye Faye a mis fin \u00e0 une dyarchie devenue intenable. 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