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mercredi 4 mars 2026

L’Algérie tourne la page grise et trace sa voie verte au GAFI

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Engagée depuis plus d’un an dans une course contre la montre pour normaliser sa position financière sur la scène internationale, l’Algérie semble désormais en passe de réussir son pari. À la faveur de réformes législatives soutenues et d’un renforcement notable des mécanismes de contrôle, le pays prévoit de sortir définitivement de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) d’ici la fin du premier trimestre 2026. Une mutation institutionnelle profonde, aux implications économiques et diplomatiques majeures.

L’horizon s’est clarifié au printemps 2026. L’Algérie devrait officiellement quitter la liste grise du GAFI avant la fin du mois de mars, a annoncé le ministre de l’Intérieur et des Transports, Saïd Sayoud, lors de son intervention devant l’Assemblée populaire nationale. Cette déclaration, faite en marge de la présentation du projet de loi sur les partis politiques, vient confirmer l’aboutissement d’un processus engagé fin 2024, lorsque le pays avait été placé sous surveillance renforcée en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.

Renforcer la traçabilité des flux financiers

Au cœur de cette stratégie de redressement figure l’assainissement des circuits financiers nationaux, y compris dans la sphère politique. Interrogé sur l’encadrement des transactions des formations partisanes, le ministre a rappelé l’une des mesures emblématiques adoptées : l’interdiction stricte des paiements en espèces. Une décision alignée sur les standards internationaux du GAFI et destinée à renforcer la traçabilité des flux financiers. Selon les autorités, cette mesure, parmi d’autres, a permis de lever l’ensemble des réserves formulées par l’instance internationale.

Ce retour progressif à la conformité repose sur une architecture de réformes structurée autour de plusieurs axes. Les autorités ont procédé à un durcissement du cadre législatif et réglementaire afin de combler les lacunes juridiques identifiées. Elles ont également adopté une supervision fondée sur les risques, privilégiant des contrôles ciblés dans les secteurs jugés sensibles. Enfin, un arsenal répressif renforcé a été mis en place, avec des sanctions qualifiées par le GAFI d’efficaces, proportionnées et dissuasives, marquant une rupture avec des pratiques jugées jusque-là insuffisamment contraignantes.

Les progrès réalisés n’ont pas échappé à la vigilance de la communauté internationale. Lors de sa réunion plénière tenue à Mexico en février 2026, le GAFI a souligné le caractère substantiel des réformes engagées par l’Algérie. Dès octobre 2025, l’organisation relevait déjà que le pays avançait plus rapidement que prévu dans la mise en œuvre de son plan d’action, certains objectifs ayant été atteints en avance sur le calendrier initial.

Un cadre juridique strict encadrant l’identification des bénéficiaires effectifs des personnes morales

Parmi les avancées saluées figurent la mise en place d’un cadre juridique strict encadrant l’identification des bénéficiaires effectifs des personnes morales, l’instauration de sanctions financières ciblées contre le financement du terrorisme et la réalisation d’une évaluation approfondie des risques dans le secteur des organismes à but non lucratif. Sur le plan technique, la Banque d’Algérie a renforcé ce dispositif avec l’adoption, en septembre 2025, du règlement n° 25-14, imposant de nouvelles obligations de vigilance aux banques et établissements financiers. Parallèlement, le ministère des Finances a intensifié les travaux du Comité national d’évaluation des risques, appelant l’ensemble des secteurs concernés à accélérer leur mise en conformité.

Pour le gouvernement, la sortie de la liste grise dépasse largement le cadre d’une validation technique. Elle constitue un enjeu stratégique de souveraineté économique. En retrouvant une situation jugée « normale » par les institutions financières internationales, l’Algérie entend adresser un signal de confiance aux investisseurs et partenaires étrangers. L’objectif est triple : restaurer la crédibilité financière du pays, fluidifier des échanges économiques souvent freinés par des procédures de conformité lourdes, et réduire le coût des transactions internationales.

Si l’échéance de mars 2026 apparaît désormais comme un jalon réaliste, le véritable défi s’inscrira dans la durée. Pour rester durablement dans le « vert », l’Algérie devra veiller à l’ancrage effectif de ces nouvelles pratiques dans la culture administrative, bancaire et économique. La conformité ne devra plus être perçue comme une contrainte imposée de l’extérieur, mais comme le socle d’une gouvernance financière modernisée et d’une économie plus transparente.

S.B.

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