Plus de 877 000 candidats s’apprêtent à passer les épreuves du Brevet d’enseignement moyen (BEM) à travers toute l’Algérie. Derrière cette logistique impressionnante, l’État déploie un arsenal juridique et technologique sans précédent pour préserver la crédibilité de cet examen crucial face aux nouvelles formes de cybercriminalité.
Une logistique d’envergure pour un examen charnière
Le coup d’envoi d’une session historique sera donné ce mardi. Au total, 877 035 candidats se répartiront dans 3 167 centres d’examen à travers le territoire national pour composer jusqu’au 21 mai. Afin de garantir le bon déroulement de cette transition majeure vers le lycée, le ministère de l’Éducation nationale a mobilisé un personnel d’encadrement massif s’élevant à 214 003 agents. Cette armée administrative comprend 181 339 enseignants surveillants, 20 004 membres de secrétariat, 6 275 adjoints ainsi que 3 167 chefs de centre. Par ailleurs, la logistique post-épreuves s’appuiera sur 18 centres de collecte et de tri, ainsi que 104 centres dédiés à la correction.
Le ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Seghir Sadaoui, a qualifié cette session d’étape charnière de l’année scolaire, appelant à la mobilisation absolue de tous les acteurs. Pour cette édition, la numérisation a été généralisée de l’inscription à l’annonce des résultats, en passant par la vérification des données et le retrait des convocations sur la plateforme numérique. Soucieux de l’équité, le ministre a rassuré les familles en affirmant que les sujets porteront exclusivement sur les cours dispensés en présentiel. De plus, des centres spécifiques ont été aménagés dans les hôpitaux et les établissements de santé pour permettre aux candidats hospitalisés de passer leurs épreuves. Le bon déroulement de l’examen repose aussi sur une synergie intersectorielle forte avec les ministères de l’Intérieur, de la Santé, des Transports, de la Poste et des Télécommunications, ainsi que des Affaires religieuses et des Wakfs.
Tolérance zéro contre la fraude et les téléphones portables
La sécurisation des centres d’examen demeure la priorité absolue des autorités. Mohamed Seghir Sadaoui a insisté sur la coordination permanente entre les directions de l’Éducation et l’Office national des examens et concours (ONEC). Les mesures d’inspection ont été considérablement renforcées, avec une interdiction stricte d’introduire des téléphones portables au sein des centres, un acte désormais qualifié d’infraction grave portant atteinte à la crédibilité des examens nationaux.
Cette rigueur s’inscrit dans un cadre légal et sécuritaire global, mis en avant lors d’une journée d’étude organisée par la Cour d’Alger. Intitulée « La protection pénale de la probité des examens finaux de l’enseignement moyen et secondaire entre approche préventive et répressive », cette rencontre a mis en lumière les mécanismes juridiques et techniques déployés par l’État pour contrer les dérives modernes. En effet, la fraude classique a laissé place à une cybercriminalité sophistiquée que la loi relative à la prévention et à la lutte contre les crimes liés aux technologies de l’information et de la communication encadre désormais de manière très stricte grâce à un dispositif procédural intégré.
Une cellule de veille high-tech contre la cyber-fraude
Les réseaux sociaux, les messageries instantanées et l’intelligence artificielle ont profondément transformé les modes opératoires des fraudeurs, comme l’a expliqué Salah Eddine Ben Aicha, cadre à l’Autorité nationale pour la prévention et la lutte contre les crimes liés aux TIC. Pour faire face à ces menaces, une cellule multisectorielle de veille et de riposte applique un plan d’action préventif et anticipatif. Des équipes spécialisées traquent en permanence l’activité suspecte sur Internet et collaborent étroitement avec les opérateurs de télécommunications et les fournisseurs d’accès.
Des canaux de communication directs ont même été ouverts avec de grandes plateformes internationales comme Facebook et TikTok afin de signaler et de supprimer rapidement les contenus frauduleux. Les enquêteurs utilisent des techniques de pointe, telles que l’analyse des réseaux et le traçage des adresses IP, pour identifier les auteurs des fuites. L’État veille toutefois à préserver le confort des citoyens en limitant les mesures de blocage de manière ciblée aux abords des centres d’examen et aux réseaux de téléphonie mobile.
Des réseaux internationaux et des stratagèmes sophistiqués
L’efficacité de cette cellule de veille s’est déjà traduite par la détection de plusieurs comptes et groupes impliqués dans la diffusion de sujets et de corrigés en plein examen, débouchant sur des poursuites judiciaires. Les investigations ont révélé des ramifications internationales, identifiant des suspects résidant à l’étranger qui transmettaient des réponses à leurs complices en Algérie par de simples appels téléphoniques ou SMS.
L’Autorité nationale reste vigilante face à l’ingéniosité des fraudeurs qui utilisent de plus en plus des réseaux VPN et l’intelligence artificielle pour contourner la surveillance. Face au blocage d’Internet, certains réseaux criminels se replient désormais sur l’utilisation des SMS, un recours technologique que les services de sécurité surveillent de près pour assurer l’intégrité totale du BEM 2026. L.R.



