En visite officielle à Alger, le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, a été reçu par le président Abdelmadjid Tebboune. Au centre de ce long échange : la lutte contre le crime organisé et la restitution des avoirs illégaux, symboles forts d’un net réchauffement diplomatique entre les deux rives de la Méditerranée.
Priorité à la traque des avoirs illégaux et du crime organisé
C’est le dossier phare qui marque ce regain de coopération bilatérale. Lors de ses entretiens au sommet, le garde des Sceaux français, Gérald Darmanin, a révélé que les autorités algériennes avaient formulé « une centaine de demandes » pour récupérer des biens et des fonds issus de la corruption. Ces avoirs et propriétés mal acquis concernent principalement des anciens responsables de l’ère Bouteflika, qui les avaient illégalement placés dans l’Hexagone.
Parallèlement à cette traque financière, les discussions ont largement porté sur le traitement de dossiers judiciaires jugés « extrêmement importants, très sensibles et complexes » par l’ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet. Parmi eux figurent de manière cruciale la coopération judiciaire pénitentiaire, les demandes d’extradition, la lutte contre la criminalité organisée, et plus spécifiquement le démantèlement du réseau criminel connu sous le nom de « DZ Mafia ».
« Une semaine après la visite de la ministre déléguée chargée des Armées, Gérald Darmanin est venu avec une très importante délégation composée de magistrats de très haut niveau pour examiner l’ensemble de ces dossiers judiciaires et avancer concrètement », a souligné Stéphane Romatet, exprimant l’espoir de voir ces échanges déboucher sur « des progrès significatifs ».
Un protocole de haut rang pour sceller la confiance
Preuve de l’importance capitale de cette visite de travail de quarante-huit heures, prévue les 17 et 18 mai, le président de la République algérienne, Abdelmadjid Tebboune, a accordé une audience majeure au ministre français de la Justice, qui était accompagné pour l’occasion de l’ambassadeur Stéphane Romatet.
Pour entourer cette rencontre, la présidence algérienne a mobilisé un parterre de hauts responsables civils et diplomatiques. La présidence de la République a indiqué dans un communiqué que Brahim Merad, ministre d’État chargé de l’Inspection générale des services de l’État et des collectivités locales, assistait à la rencontre. Étaient également présents Ahmed Attaf, ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Lotfi Bouguemaa, ministre de la Justice, Garde des Sceaux, ainsi que Ammar Abba, Conseiller auprès du Président de la République chargé des affaires diplomatiques.
En marge de cette audience présidentielle, le ministre algérien de la Justice, Lotfi Boudjemaa, a également reçu son homologue français au siège de son ministère pour des sessions de travail approfondies entre les deux ministres et des magistrats spécialisés.
Les signes d’une décrispation après une crise profonde
À l’issue de ce « très long échange » avec le chef de l’État algérien, Gérald Darmanin a exprimé sa gratitude et insisté sur la nécessité de reconstruire des ponts solides. « On a pu évoquer le travail que nous devons continuer à faire pour renouer la confiance entre deux pays qui se respectent, la France et l’Algérie », a-t-il déclaré, actant ainsi l’apaisement amorcé ces derniers mois.
Cette visite ministérielle confirme le désir partagé par Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune d’accélérer la reprise du dialogue dans la confiance, le partenariat et le respect, selon les mots du diplomate français.
Il s’agit d’un tournant majeur après une crise diplomatique profonde de presque deux ans.
Aujourd’hui, la détente semble confirmée par la multiplication des visites officielles. Ce rapprochement a été consolidé à la mi-février par la venue du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, suivi en mai de la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo, avant d’aboutir à cette séquence judiciaire cruciale menée par Gérald Darmanin.
S.B.



