Alors que six travailleurs ont été accompagnés à leur dernière demeure après l’effroyable chute de leur autobus dans un ravin près de Constantine, la recrudescence fulgurante des accidents mortels relance avec acuité le débat sur l’hécatombe routière.
C’est dans une atmosphère de lourdeur et d’intense émotion que la municipalité d’Ibn Ziad, située dans la wilaya de Constantine, a rendu un dernier hommage à ses enfants tragiquement disparus. Une assistance particulièrement nombreuse, réunissant proches, citoyens et hauts représentants des autorités civiles et militaires, s’est rassemblée au cimetière local pour accompagner les six victimes du tragique accident vers leur dernière demeure. Deux femmes et quatre hommes ont ainsi été inhumés dans la dignité, laissant derrière eux des familles endeuillées et une population plongée dans la stupeur.
Une chute vertigineuse dans le lit de l’oued
Le drame est survenu aux premières heures de la matinée, vers 5 heures 19, sur le tronçon névralgique de la route nationale n° 79, précisément à la sortie de la commune d’Ibn Ziad. Un autobus affecté au transport de travailleurs a soudainement effectué une sortie de route incontrôlée. Incapable de maintenir sa trajectoire, le véhicule a basculé brutalement dans un ravin abrupt avant d’achever sa course dévastatrice au fond du lit d’une rivière.
La soudaineté de la catastrophe a marqué à jamais les esprits des rescapés. L’une des victimes a décrit un instant d’épouvante absolue, évoquant l’impression glaciale d’un survol du vide absolu avant l’impact d’une violence inouïe au fond de l’oued. La violence du choc a transformé le véhicule en un amas de tôles froissées, nécessitant l’intervention urgente et massive des secours.
Urgence médicale et mobilisation générale au CHU de Constantine
Le bilan humain réévalué au fil des opérations de désincarcération menées par la Protection civile fait état de six personnes décédées, dont les corps sans vie ont été acheminés vers la morgue de l’établissement hospitalier local. L’accident a également provoqué des blessures à vingt-quatre passagers, âgés de 19 à 65 ans. Immédiatement pris en charge sur place pour recevoir les premiers soins d’urgence, deux blessés ont été dirigés vers l’hôpital El Bir, tandis que vingt-deux autres ont été évacués en urgence vers le Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Constantine.
Parmi eux, huit patients se trouvant dans un état jugés sérieux ont été promptement transférés vers les blocs opératoires pour y subir de complexes interventions en chirurgie cérébrale et osseuse. Face à la gravité de la situation, l’institution hospitalière a déclenché une réponse sanitaire exceptionnelle.
Le professeur Youcef Khenchoul, directeur des Activités Médicales et Paramédicales (DAMP), est revenu sur ce dispositif d’urgence : « C’est un bilan initial et plusieurs patients demeurent encore sous exploration approfondie. La mobilisation a été totale au sein du corps médical et paramédical. L’élan du devoir a été tel que les praticiens actuellement en congé ont spontanément réintégré les services pour prêter main-forte à leurs confrères. »
Une série noire alarmante sur les routes nationales
Cette nouvelle tragédie survient dans un climat national déjà fortement endeuillé par une succession de sinistres routiers d’une gravité inédite. Vendredi dernier, la wilaya de Boumerdès avait été le théâtre d’un drame similaire aux conséquences dévastatrices : un autocar y avait chuté au fond d’un ravin, coûtant la vie à vingt-sept passagers et faisant trente-neuf blessés. L’enquête judiciaire diligentée par le parquet général près la Cour de Boumerdès a révélé que le chauffeur, décédé dans le crash, circulait à plus de 121 km/h. Les analyses toxicologiques poussées ont en outre établi qu’il pilotait sous l’emprise avérée de stupéfiants, des substances psychotropes ayant par ailleurs été découvertes en sa possession.
L’insécurité routière impliquant les véhicules de transport collectif atteint désormais des proportions inquiétantes à travers le territoire national. Le même jour, une autre collision tragique survenue dans la wilaya de Tiaret venait déplorer six morts. Un peu avant, un choc violent entre un autobus et un poids lourd dans la région de Timimoun venait alourdir ce sombre décompte avec quatre morts et quarante-trois blessés. L’accumulation de ces drames remet au centre des préoccupations nationales la question du contrôle technique des véhicules de transport collectif et de la vigilance au volant.



