C’est une immense mémoire des planches algériennes qui s’éteint. Le théâtre algérien vient de perdre l’une de ses voix les plus singulières et passionnées. Le comédien, auteur et metteur en scène Hacène Boubrioua s’est éteint vendredi à l’âge de 73 ans. Figure emblématique et pilier incontournable du Théâtre régional de Constantine (TRC) « Mohamed Taher Fergani », cet artiste complet aura marqué plusieurs générations par son jeu d’une justesse rare, son écriture dramatique acérée et ses mises en scène empreintes d’une profonde finesse.
Né le 20 mars 1953 à Sidi Abdelaziz, dans la wilaya de Jijel, Hacène Boubrioua a puisé l’essence de sa passion au cœur du théâtre amateur. Dès la fin des années 1960, il fait ses armes au sein du Groupe d’Animation Culturelle (GAC) à Constantine, un foyer d’effervescence artistique où s’est forgé une génération dorée de créateurs engagés. Rejoignant ensuite les rangs professionnels du TRC dès 1979, il transforme la scène en un espace de création pure, de critique sociale et de transmission passionnée, n’hésitant jamais à coller au plus près du quotidien de ses concitoyens.
Au fil d’une carrière riche et exigeante, il s’est illustré par des créations emblématiques qui demeureront gravées dans la mémoire collective. De l’incontournable Rih Essamsar (Le vent du courtier) à Lahouinta, jusqu’à ses adaptations magistrales des grands classiques de la littérature dramatique mondiale, notamment ses relectures inspirées de Tchekhov telles que El Oughnia El Akhira (La dernière chanson), Boubrioua a su allier l’humour caustique à la gravité poétique. Son œuvre, façonnée au contact direct du public, témoignait d’un dévouement absolu envers un théâtre populaire, exigeant et profondément humain.
Sa disparition laisse un vide immense sous les projecteurs de la cité antique et sur l’ensemble de la scène nationale. Homme de conviction et d’art, Hacène Boubrioua demeure ce bâtisseur de mémoire dont l’héritage continue d’éclairer la voie pour les nouvelles générations de comédiens.



