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jeudi 15 janvier 2026

Nouveau Code de la route : Fermeté affichée, dialogue engagé

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Présenté par les autorités comme un instrument central de lutte contre l’insécurité routière, le projet de loi portant nouveau Code de la route continue de susciter un vif débat. Défendu par le ministre de l’Intérieur et des Transports, Saïd Sayoud, le texte se veut le résultat d’un travail concerté et d’une vision politique assumée visant à endiguer le « terrorisme routier » qui fait chaque année des milliers de victimes en Algérie. Mais sur le terrain, la réforme provoque une forte contestation, notamment de la part des transporteurs, à l’origine d’un mouvement de grève ayant lourdement perturbé les transports de voyageurs et de marchandises.

Un « travail de coordination » entre plusieurs secteurs

S’exprimant ce mardi devant la Commission de l’équipement et du développement local du Conseil de la nation, Saïd Sayoud a tenu à défendre la démarche ayant conduit à l’élaboration du nouveau Code de la route. Le ministre a souligné que le texte est le « fruit d’un travail de coordination » entre son département et plusieurs autres secteurs concernés, notamment la justice, les services de sécurité et la Gendarmerie nationale.

Selon lui, le projet de loi s’inscrit dans une approche globale et cohérente, destinée à adapter la législation nationale aux défis croissants de la sécurité routière. « Dans son essence », a-t-il expliqué, le texte traduit une « intention sincère » et une « vision politique claire » visant à bâtir une société respectueuse de la réglementation, de l’ordre public et, surtout, de la valeur de la vie humaine.

La sécurité routière érigée en priorité nationale

Adopté par l’Assemblée populaire nationale le mercredi 24 décembre, le projet de loi consacre, selon le ministre, le principe selon lequel la sécurité des citoyens n’est ni optionnelle ni secondaire. Elle constitue, a-t-il insisté, un « engagement explicite de l’État envers sa population », matérialisé par la volonté d’ancrer durablement une culture de la sécurité routière.

Saïd Sayoud a rappelé que ce texte s’inscrit dans les orientations du président de la République, pour qui la protection des citoyens figure parmi les priorités absolues de l’action publique. Le nouveau Code de la route vise ainsi à renforcer la sécurité des véhicules et des infrastructures routières, tout en introduisant un régime de responsabilité pénale et civile plus strict pour les auteurs d’infractions.

Le projet prévoit également de nouvelles mesures et procédures censées répondre aux évolutions rapides observées à l’échelle mondiale en matière de circulation routière et aux risques qu’elles font peser sur la sécurité des usagers en Algérie.

Des sanctions graduées mais sévères

Parmi les dispositions les plus commentées figure l’instauration de quatre paliers d’amendes, définis en fonction de la gravité de l’infraction et de l’ampleur des dommages causés. Les sanctions financières peuvent atteindre 12 000 dinars, tandis que certaines infractions sont passibles de peines d’emprisonnement.

Ces mesures répressives, justifiées par les autorités au nom de la dissuasion et de la protection de la vie humaine, sont au cœur des critiques formulées par les professionnels du transport, qui estiment le dispositif excessivement contraignant et pénalisant pour leur activité.

La colère des transporteurs et les perturbations

Dès le jeudi 1er janvier, les transporteurs — chauffeurs de bus, de camions et de taxis — ont enclenché un mouvement de grève pour dénoncer certaines dispositions du projet de loi et exiger sa révision. Cette mobilisation a entraîné de fortes perturbations dans le transport de voyageurs et de marchandises, affectant plusieurs régions du pays.

Face à la montée de la contestation, le ministère de l’Intérieur et des Transports a rapidement réagi. Dès le vendredi 2 janvier, le secrétaire général du département et le chef de cabinet du ministre ont été chargés de recevoir les représentants syndicaux des transporteurs afin d’écouter leurs doléances et de recueillir leurs propositions.

Vers une révision du texte

Dans un souci d’apaisement, un comité a été mis en place pour examiner les revendications du secteur, notamment celles liées à la tarification du transport de voyageurs. Le ministère a toutefois posé une condition claire : toute révision devra préserver à la fois les intérêts des usagers et le pouvoir d’achat des consommateurs algériens.

Plus encore, le département de Saïd Sayoud s’est engagé à procéder à une révision du projet de loi portant Code de la route, ouvrant ainsi la voie à d’éventuels ajustements. Une démarche présentée comme la preuve que le texte, bien qu’axé sur la fermeté, s’inscrit dans une logique participative nécessitant l’implication de l’ensemble des acteurs concernés.

Entre impératif de sécurité et exigences socio-économiques, le nouveau Code de la route apparaît ainsi comme un chantier sensible, appelé à évoluer au gré du dialogue entre l’État et les professionnels du transport. Si les autorités défendent un cadre juridique plus strict pour endiguer l’hécatombe routière, la réussite de la réforme dépendra largement de sa capacité à concilier rigueur, réalisme et acceptabilité sociale.

L.R.

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