L’Algérie franchit une étape déterminante dans sa transformation numérique. Le projet de loi relatif à la numérisation a atteint un stade avancé d’examen au niveau du Secrétariat général du gouvernement, marquant la volonté des pouvoirs publics de doter le pays d’un cadre juridique cohérent et structurant pour l’ensemble de l’écosystème numérique.
Cette avancée a été mise en lumière par Mohamed Louail, directeur de la gouvernance numérique et de la coordination de la numérisation du secteur public auprès du Haut-Commissariat à la numérisation, lors de son intervention dans l’émission « Invité du jour » sur la Chaîne I de la Radio nationale. Selon lui, ce texte vise à organiser et à encadrer le champ numérique dans toutes ses dimensions, en intégrant la gouvernance des données, les infrastructures numériques, les services digitaux, ainsi que le développement de la société et de l’économie numériques.
Dans ce contexte, le Premier ministre, Sifi Ghrieb, a procédé au lancement officiel du Dispositif national de gouvernance des données, piloté par le Haut-Commissariat à la numérisation, une institution placée directement sous l’autorité du président de la République. Une initiative présentée comme un levier central pour réussir la digitalisation des services publics et améliorer leur efficacité au profit du citoyen et de l’économie nationale.
Uniformiser, centraliser et sécuriser les données
Invité de la Chaîne III de la Radio algérienne, le consultant et expert en technologies de l’information et de la communication, Younes Grar, a expliqué que ce dispositif repose sur une stratégie nationale de collecte, d’organisation et de sécurisation des données. L’objectif est de rendre ces dernières facilement exploitables pour la digitalisation des services destinés aux administrations, aux entreprises et aux citoyens.
Selon l’expert, l’enjeu principal réside dans l’uniformisation des formats de données et leur centralisation au sein de centres de données sécurisés, afin d’en garantir à la fois l’accessibilité, l’interopérabilité et la protection. Il s’agit, a-t-il souligné, de mettre fin à une gestion fragmentée des données, chaque secteur ayant jusqu’ici développé ses propres systèmes, sans normes communes ni échanges structurés.
La gouvernance des données, rappelle Younes Grar, renvoie à l’ensemble des règles, processus et outils permettant d’assurer que les données sont fiables, correctement gérées et protégées de manière responsable. Le nouveau dispositif national vise précisément à unifier ces pratiques, en imposant des standards communs en matière de saisie, de classification, de traitement, d’exploitation et de sécurisation des données.
Un socle indispensable pour la digitalisation des services au citoyen
Si l’Algérie s’est engagée depuis plusieurs années dans une stratégie de transformation digitale, permettant à de nombreux secteurs – santé, justice, enseignement, travail, intérieur ou encore état civil – de numériser leurs données et de proposer des services électroniques, cette évolution s’est souvent faite de manière cloisonnée.
« Chaque secteur dispose de ses propres données sans accès à celles des autres », observe Younes Grar. Le dispositif national de gouvernance des données vise justement à corriger cette fragmentation. Il permettra, à terme, à l’ensemble des secteurs de fonctionner sur un même socle informationnel, facilitant ainsi l’informatisation des services et leur interconnexion.
L’objectif final est clair : offrir à chaque citoyen un identifiant unique et un compte numérique regroupant l’ensemble de ses données administratives, accessibles de manière sécurisée et exploitable par les différents services publics. Une condition indispensable, selon l’expert, à toute stratégie de numérisation aboutie.
Cadre juridique, souveraineté numérique et attractivité internationale
Sur le plan institutionnel, Mohamed Louail a rappelé que le dispositif national de gouvernance des données est encadré par le décret présidentiel n° 25-320 du 31 décembre 2025, qui a formalisé son lancement. Ce cadre réglementaire définit les principales composantes du système, notamment la classification des données, l’indexation de leurs sources et le système national d’interopérabilité, véritable colonne vertébrale de l’échange de données entre les ministères, les institutions publiques et les organismes chargés du service public, via un réseau national sécurisé.
Selon le responsable, la mise en œuvre de cette gouvernance nationale des données contribuera à améliorer significativement les performances de l’administration publique, mais aussi le positionnement de l’Algérie dans les classements internationaux, notamment l’indice de développement de l’administration électronique (EGDI) des Nations unies, qui mesure le niveau de maturité des services gouvernementaux numériques.
La stratégie nationale de transformation numérique 2025–2030, baptisée « Algérie numérique 2030 » et actuellement en cours de finalisation, ambitionne ainsi de bâtir un écosystème numérique moderne, fiable et attractif pour l’investissement, fondé sur une circulation fluide, transparente et actualisée des données issues de sources officielles.
La formation, clé de la réussite de la transition numérique
Pour autant, préviennent les experts, la réussite de cette transformation ne repose pas uniquement sur les infrastructures et les textes réglementaires. Elle implique également l’instauration d’une véritable culture numérique au sein des administrations, des entreprises et auprès des citoyens.
Younes Grar insiste, à ce titre, sur le rôle central du Haut-Commissariat à la numérisation, appelé à accompagner les différents organismes dans l’appropriation des normes et procédures, tout en veillant à leur bonne application. La formation continue, à tous les niveaux, constitue selon lui le pilier de cette stratégie, condition essentielle pour garantir une digitalisation efficace, sécurisée et durable des services publics.
À terme, ces efforts devraient permettre de projeter une image plus moderne, cohérente et crédible de l’Algérie sur la scène internationale, tout en renforçant la confiance des citoyens et des investisseurs dans la capacité du pays à réussir sa transition numérique.
S.B.



