L’Algérie s’apprête à franchir une étape historique avec le lancement imminent de la greffe cardiaque. Alliant innovation médicale, cadre légal strict et approbation religieuse, ce programme vise à sauver des vies, rapprocher les soins des patients et faire battre le cœur de la solidarité nationale.
La greffe cardiaque constitue un projet d’envergure, au carrefour de la médecine, du droit et de l’éthique. Lors d’une journée parlementaire organisée par le Conseil de la nation, experts et décideurs ont insisté sur l’urgence d’une approche intégrée, capable de transformer cette pratique complexe en politique publique structurée, centrée sur la dignité humaine et la sauvegarde de la vie.
Le ministère de la Santé souligne le rôle crucial de cette relance?: traiter les pathologies cardiaques lourdes sur le territoire national, améliorer la qualité de vie des patients et réduire le recours coûteux aux soins à l’étranger. Pour atteindre ces objectifs, l’Agence nationale de transplantation d’organes sera renforcée?: mandat élargi, moyens humains et matériels accrus, coordination nationale, traçabilité des dons, sensibilisation du public et supervision éthique de chaque intervention.
Pour assurer un accès équitable, trois pôles hospitaliers régionaux spécialisés seront créés, équipés des technologies les plus avancées et couvrant l’Est, le Centre et l’Ouest du pays. Cette organisation vise à réduire les listes d’attente, rapprocher les soins des citoyens et garantir une véritable justice sanitaire sur l’ensemble du territoire.
Cadre légal et approbation religieuse
Le président de la chambre haute, Azouz Nasri, a rappelé que toute transplantation cardiaque doit se dérouler dans des établissements agréés, respecter le consentement libre et éclairé du donneur et exclure toute forme de trafic d’organes, qualifié de crime contre la dignité humaine. Le ministère de la Justice plaide pour l’adoption d’une loi spécifique, intégrant les dimensions juridique, médicale, éthique et religieuse, afin d’aligner l’Algérie sur les standards internationaux et lever les obstacles culturels ou familiaux au don d’organes.
Le président du Haut Conseil Islamique, Mabrouk Zaid E Khir, confirme que la greffe cardiaque est licite en Islam, à condition de respecter la nécessité thérapeutique, le consentement du donneur et la protection de la vie humaine. Pour les donneurs vivants, seuls les organes doubles ou renouvelables peuvent être prélevés sans compromettre leur santé. Pour les donneurs décédés, le prélèvement n’est autorisé qu’après confirmation de la mort cérébrale et accord de la famille.
La greffe cardiaque dans le monde
La transplantation cardiaque est aujourd’hui une pratique médicale bien établie dans plusieurs pays occidentaux. Aux États-Unis et en Europe, des centres spécialisés disposent d’équipes pluridisciplinaires, de technologies de pointe et d’un suivi rigoureux des patients, permettant des taux de survie post-greffe élevés. Dans ces pays, la greffe cardiaque est devenue un standard thérapeutique pour les maladies cardiaques terminales, avec des listes d’attente strictement régulées et des campagnes de sensibilisation efficaces pour promouvoir le don d’organes.
Dans le monde arabe, la greffe cardiaque progresse également, mais reste encore concentrée dans quelques pays?: l’Égypte, la Tunisie et l’Arabie saoudite disposent de centres de pointe capables de réaliser ces interventions complexes, tandis que d’autres pays peinent à développer les infrastructures nécessaires ou rencontrent des obstacles culturels et législatifs. Ces expériences montrent l’importance d’un cadre légal solide, d’une formation médicale spécialisée et d’une sensibilisation publique pour assurer la réussite d’un programme national de transplantation cardiaque.
Promouvoir une culture nationale du don
Au-delà de l’aspect médical, le Conseil de la nation souhaite instaurer une culture nationale du don d’organes, fondée sur la solidarité, l’éthique et le respect des valeurs religieuses. L’objectif est de transformer la greffe cardiaque et les autres transplantations en actes sécurisés, accessibles à tous, contribuant à la justice sanitaire et à la sauvegarde de la vie sur l’ensemble du territoire algérien.
S.B.



