À l’occasion de la célébration de la Fête de la Victoire, marquant le 64e anniversaire du cessez-le-feu du 19 mars 1962, l’Algérie rend hommage à une page décisive de son histoire, celle qui scella la fin d’une guerre longue et meurtrière et ouvrit la voie à l’indépendance. Une victoire chèrement acquise, « arrosée de fleuves de sang », portée par l’engagement total d’un peuple et le sacrifice de ses martyrs.
À Constantine, ce moment fondateur résonne encore à travers les souvenirs d’Ammar Khezzar, 90 ans aujourd’hui. Militant de la première heure, ce patriote à la mémoire intacte livre un témoignage rare sur les heures qui ont précédé l’annonce officielle du cessez-le-feu dans la ville, le lundi 19 mars 1962.
Le récit débute dans un climat de tension extrême. Le 21 février 1962, Ammar Khezzar échappe de peu à la mort. Des éléments de l’Organisation armée secrète (OAS) placent une charge explosive dans sa voiture, stationnée à proximité du lycée El Houria, non loin du siège de l’EGA (actuelle Sonelgaz) où il travaillait. L’explosion survient quelques minutes avant son arrivée sur les lieux. Un miracle, confie-t-il, attribué à la volonté divine, dans une période où les militants vivaient sous la menace permanente.
Une réunion stratégique au domicile de Khezzar
Alors que les négociations entre la France et le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) progressent vers un accord décisif, l’organisation interne s’accélère. Bien avant le 19 mars, une réunion stratégique de responsables militaires de l’ALN se tient au domicile même de Khezzar, en son absence. À son issue, deux militants de l’Organisation politique et administrative (OPA) du FLN à Constantine sont désignés pour une mission de la plus haute importance : Bensalem Hamed, aujourd’hui défunt, et Ammar Khezzar.
Leur première étape les conduit chez Mme Guellal Fatima, figure emblématique du militantisme constantinois, dont le fils siégeait au sein de la commission paritaire algéro-française chargée du cessez-le-feu. C’est là que le commissaire politique Si Tahar Djaoued leur transmet des instructions précises : se rendre à la préfecture de Constantine avant le 18 mars afin d’annoncer officiellement, au nom du GPRA, la date du cessez-le-feu.
La mission s’effectue dans des conditions de sécurité maximales. À la préfecture, un véhicule militaire français les attend. À bord d’un camion 4×4, escortés par deux soldats français, les deux militants prennent place, les bâches latérales abaissées pour éviter toute attaque de commandos de l’OAS. La ville est alors encore sous tension, et chaque déplacement comporte son lot de risques.
Ammar Khezzar incarne cette génération de militants anonymes
Sans repères précis, sillonnant les rues et boulevards de Constantine, Ammar Khezzar et son compagnon accomplissent leur mission à l’aide d’un mégaphone mis à leur disposition. En arabe et en français, ils annoncent à la population la nouvelle tant attendue : le cessez-le-feu entrera en vigueur le lundi 19 mars 1962 à midi. Une proclamation historique, diffusée au cœur même d’une ville encore marquée par les violences de la guerre.
Une fois leur tâche accomplie, les deux hommes regagnent la préfecture, puis rendent compte à leurs responsables. Quelques heures plus tard, l’Histoire bascule. Le 19 mars 1962, à midi exactement, le cessez-le-feu devient effectif sur l’ensemble du territoire national, mettant fin à plus de sept années de lutte armée.
À travers ce témoignage, c’est toute l’intensité d’un moment charnière qui ressurgit, entre peur, détermination et espoir. Ammar Khezzar incarne cette génération de militants anonymes qui, dans l’ombre, ont contribué à écrire l’une des plus grandes pages de l’histoire de l’Algérie.
Gloire éternelle à nos valeureux chouhada.
Khezzar Ammar, 90 ans : ex agent de l’EGA, militant et responsable de la cellule OPA de l’organisation locale, rattaché au K I M 5 N 2 (? 2 ? 5 ? 1) de la wilaya 2.



