La relation entre l’Algérie et le Niger s’inscrit désormais dans une dynamique de transformation profonde. À l’occasion de la deuxième session de la Grande Commission mixte de coopération tenue à Niamey, les deux pays ont franchi un nouveau palier, consacrant le caractère singulier et stratégique d’un partenariat appelé à jouer un rôle structurant dans l’espace sahélo-saharien.
Organisée dans le prolongement de la visite effectuée en février dernier à Alger par le président nigérien Abdourahamane Tiani, à l’invitation de son homologue Abdelmadjid Tebboune, cette rencontre de haut niveau s’inscrit dans une volonté politique clairement affirmée : dépasser le cadre traditionnel de la coopération bilatérale pour construire une relation intégrée, multidimensionnelle et durable.
D’emblée, le communiqué conjoint donne le ton. Les deux parties y réaffirment leur attachement aux liens de fraternité, de bon voisinage et de solidarité historique, tout en affichant leur ambition de « donner une nouvelle dynamique » à leurs relations. Une ambition qui repose sur un socle doctrinal solide : respect de la souveraineté des États, attachement à leur intégrité territoriale, non-ingérence dans les affaires internes et primauté du règlement pacifique des différends, conformément au droit international et à la Charte des Nations unies.
Une relation érigée en partenariat « irréversible »
Coprésidés par les Premiers ministres Sifi Ghrieb et Ali Mahaman Lamine Zeine, les travaux ont mis en lumière une évolution qualitative majeure. Loin d’un simple cadre de coopération sectorielle, la relation algéro-nigérienne est désormais présentée comme un partenariat stratégique « irréversible », fondé sur des intérêts mutuels et une vision partagée des enjeux régionaux.
Cette inflexion traduit une convergence politique de plus en plus affirmée entre Alger et Niamey, notamment face aux mutations géopolitiques qui traversent le Sahel. Les deux capitales partagent une lecture commune des défis, insistant sur la nécessité de privilégier des réponses concertées, enracinées dans les réalités locales et portées par les États de la région eux-mêmes.
Les discussions, décrites comme s’étant déroulées dans un climat de « confiance, de franchise et de compréhension mutuelle », ont permis non seulement de consolider les acquis de la coopération bilatérale, mais aussi de tracer des perspectives concrètes pour son approfondissement.
Sécurité : une interdépendance assumée face aux menaces transnationales
Dans un contexte sahélien marqué par l’instabilité, la question sécuritaire s’impose comme un axe central du rapprochement entre les deux pays. Alger et Niamey ont clairement affirmé que leurs sécurités respectives sont étroitement liées, dans un espace caractérisé par la porosité des frontières et la circulation de menaces multiples.
Terrorisme, extrémisme violent, criminalité transfrontalière organisée : autant de défis qui appellent, selon les deux parties, une réponse coordonnée et durable. Dans cette optique, elles se sont engagées à renforcer leur coopération opérationnelle, notamment à travers l’activation des mécanismes bilatéraux existants et l’intensification de la coordination sécuritaire.
Cette approche traduit une vision intégrée de la sécurité, où la stabilisation ne peut être dissociée du développement économique et social. Elle s’inscrit également dans une volonté de réappropriation régionale des solutions aux crises, loin des logiques d’intervention extérieures.
Économie : des projets structurants pour accélérer l’intégration
Au-delà de la dimension sécuritaire, la session de Niamey a mis l’accent sur l’accélération de la coopération économique, considérée comme un levier essentiel de stabilisation et d’intégration régionale.
Les deux pays entendent ainsi donner une impulsion nouvelle aux échanges commerciaux et aux investissements, en s’appuyant sur des instruments concrets tels que le forum économique et le Conseil d’affaires algéro-nigérien, organisés en marge de la rencontre. Ces plateformes sont appelées à jouer un rôle clé dans le rapprochement des milieux d’affaires et la dynamisation des flux économiques.
Dans cette perspective, Alger et Niamey ont insisté sur la nécessité de créer un environnement favorable aux investissements, notamment à travers la simplification des procédures administratives et douanières, le développement de corridors commerciaux et la promotion d’espaces de coopération transfrontalière. L’objectif est de transformer les zones frontalières en pôles d’activité économique, contribuant à la fois au développement local et à la stabilité.
Infrastructures : désenclaver pour mieux intégrer
Les infrastructures apparaissent comme un pilier central de cette stratégie. Le communiqué met en avant l’urgence d’accélérer la mise en œuvre de projets structurants reliant les deux pays, considérés comme des leviers essentiels de la connectivité régionale.
Parmi ces projets figurent la route transsaharienne, axe majeur de circulation des biens et des personnes, l’interconnexion par fibre optique, destinée à renforcer l’intégration numérique, et surtout le projet de gazoduc transsaharien reliant le Nigeria à l’Algérie via le Niger.
Ce dernier, à forte portée géopolitique, incarne l’ambition de faire de l’axe algéro-nigérien un corridor énergétique stratégique reliant l’Afrique subsaharienne aux marchés européens.
Énergie : concrétisation sur le terrain
Au-delà des projets à long terme, la coopération énergétique connaît déjà des avancées tangibles. À Niamey, les Premiers ministres ont procédé à la pose de la première pierre d’une centrale électrique de 40 mégawatts dans la zone de Gorou Banda.
Ce projet, porté par Sonelgaz en partenariat avec la société nigérienne Nigelec, vise à renforcer les capacités de production électrique du Niger et à améliorer la qualité du service face à une demande en forte croissance. Il comprend l’installation de deux turbines à gaz de 20 MW chacune, ainsi que le développement des réseaux de transport et de distribution.
Au-delà de son impact énergétique, ce projet illustre une dimension essentielle de la coopération : le transfert de compétences et l’échange d’expertise technique, éléments clés d’une intégration durable.
Hydrocarbures : vers une coopération élargie
La signature d’un protocole d’accord dans le domaine des hydrocarbures constitue un autre jalon important. Paraphé par Mohamed Arkab et son homologue nigérien Hammad Tini, ce texte vise à structurer la coopération bilatérale sur l’ensemble de la chaîne de valeur.
Il prévoit notamment le développement de projets communs en exploration et production, la réalisation d’études géologiques, l’échange d’informations techniques et scientifiques, et le renforcement des partenariats entre entreprises nationales.
Parmi les axes prioritaires figurent le développement du champ pétrolier de Kafra, la modernisation de la raffinerie de SORAZ et le projet pétrochimique de Dosso. Les entreprises telles que Sonatrach, SONIDEP et Naftal sont appelées à jouer un rôle moteur dans cette dynamique.
Une coopération multisectorielle en expansion
Au-delà de l’énergie, la coopération algéro-nigérienne s’étend à de nombreux secteurs à fort potentiel : agriculture, santé, formation professionnelle, numérisation, industrie ou encore culture.
Les deux parties ont insisté sur la nécessité de promouvoir l’entrepreneuriat et l’innovation, tout en renforçant les programmes de formation et de transfert de technologie. Cette approche vise à construire un tissu économique diversifié et résilient, capable de soutenir la croissance et de réduire les vulnérabilités structurelles.
Une vision commune pour le Sahel
Sur le plan continental, Alger et Niamey réaffirment leur engagement en faveur d’une Afrique stable, souveraine et prospère. Elles plaident pour des solutions politiques globales aux crises, fondées sur le dialogue, le respect du droit international et l’implication des acteurs régionaux.
Cette convergence s’inscrit dans un contexte sahélien particulièrement complexe. Région charnière entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne, le Sahel est aujourd’hui confronté à une combinaison de défis : insécurité persistante, fragilité économique, pression démographique, dérèglements climatiques et dynamiques migratoires.
Dans ce contexte, la coopération algéro-nigérienne apparaît comme une réponse structurée, articulant sécurité, développement et intégration régionale. Elle illustre une conviction partagée : la stabilité du Sahel ne peut être durable sans une approche globale, portée par les pays de la région eux-mêmes.
Une trajectoire de long terme
Au terme de cette session, les deux délégations ont exprimé leur satisfaction quant aux progrès réalisés et aux perspectives ouvertes. La signature de plusieurs accords et mémorandums d’entente dans des domaines variés témoigne de l’ampleur de la coopération engagée.
La décision de tenir la troisième session de la Grande Commission mixte en Algérie en 2027 confirme la volonté des deux pays de s’inscrire dans une dynamique durable. Elle consacre surtout l’ambition de bâtir un partenariat stratégique capable de transformer les défis du Sahel en opportunités d’intégration et de développement.
Dans une région en quête de stabilité, l’axe Alger–Niamey pourrait ainsi s’imposer comme l’un des piliers d’un nouvel équilibre sahélien, fondé sur la coopération, la souveraineté et la solidarité régionale.
S.B.



