La visite de deux jours du Premier ministre serbe en Algérie marque un tournant dans les relations entre Alger et Belgrade. Entre héritage politique commun et ambitions économiques renouvelées, les deux pays affichent leur volonté de bâtir un partenariat pragmatique, élargi et mutuellement bénéfique.
La visite officielle du Premier ministre de la République de Serbie, ?uro Macut, en Algérie s’inscrit dans une dynamique de relance et de consolidation des relations bilatérales entre Alger et Belgrade. Au terme de ce déplacement de deux jours, le responsable serbe a quitté Alger ce mercredi, après avoir été reçu par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, selon un communiqué des services du Premier ministre.
Cette visite a été ponctuée par la signature de plusieurs accords de coopération couvrant divers secteurs, traduisant la volonté des deux parties de donner un contenu concret à leur rapprochement. À son départ de l’aéroport international Houari-Boumediene, le Premier ministre serbe a été salué par son homologue algérien, Sifi Ghrieb, entouré de membres du gouvernement, ainsi que du secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, Lounès Magramane, et de l’ambassadeur d’Algérie en Serbie, Fatah Mahraz.
Une volonté affirmée de renforcer une amitié ancienne
Lors de ses déclarations à la presse, à l’issue de l’audience présidentielle, ?uro Macut a souligné que cette visite visait avant tout à « réaffirmer et renforcer les relations d’amitié de longue date » entre les deux pays, tout en ouvrant « de nouvelles perspectives » de coopération. Il a rappelé que les liens entre l’Algérie et la Serbie remontent à plusieurs décennies, précisant que les deux nations sont étroitement liées depuis l’indépendance de l’Algérie.
Dans cette optique, le responsable serbe a insisté sur la nécessité d’insuffler un nouvel élan à ces relations historiques, en les adaptant aux enjeux contemporains. Il a notamment mis en avant la signature d’accords bilatéraux portant sur la fiscalité, le tourisme ainsi que d’autres domaines en cours de finalisation, considérant ces avancées comme le prélude à « une nouvelle ère » dans les relations algéro-serbes.
Au-delà des accords déjà conclus, le Premier ministre serbe a évoqué d’importantes potentialités de coopération dans des secteurs variés, allant des télécommunications aux échanges militaires, en passant par l’éducation, la recherche scientifique, la santé, le commerce, l’agriculture et l’énergie.
Une dynamique économique fondée sur la complémentarité
Cette visite dépasse largement le cadre protocolaire et s’inscrit dans une approche résolument pragmatique. Elle traduit la volonté des deux pays de bâtir un partenariat économique solide, fondé sur la complémentarité de leurs économies et la diversification de leurs partenaires internationaux.
Pour Houari Tigharsi, professeur en sciences économiques, ce déplacement constitue une opportunité stratégique pour poser les bases d’une coopération « gagnant-gagnant ». Intervenant dans l’émission « Invité du matin » de la Chaîne I, il a souligné que cette initiative s’inscrit dans une vision plus large visant à renforcer les liens entre l’Algérie et les pays de l’Europe du Sud-Est.
Selon lui, la Serbie représente une porte d’entrée vers les marchés des Balkans, tandis que l’Algérie constitue un hub stratégique vers le continent africain. Cette complémentarité géographique et économique est renforcée par les importantes ressources énergétiques dont dispose l’Algérie, notamment en gaz et en pétrole, ce qui en fait un partenaire de premier plan dans un contexte de forte demande mondiale en énergie.
Diversification des partenariats et repositionnement stratégique
L’analyste met également en lumière les transformations en cours dans les orientations diplomatiques et économiques des deux pays. L’Algérie s’emploie à diversifier ses partenariats, en élargissant son champ de coopération au-delà de ses partenaires traditionnels d’Europe occidentale. De son côté, la Serbie manifeste un intérêt croissant pour les marchés africains et le monde arabe, dans une stratégie d’expansion économique.
Cette convergence d’intérêts ouvre la voie à des projets structurants, notamment dans les domaines industriels et technologiques. L’Algérie pourrait ainsi bénéficier du savoir-faire serbe pour accélérer la modernisation de son tissu économique, tandis que la Serbie trouverait en Algérie un accès privilégié à de nouveaux marchés et à des ressources stratégiques.
Vers un renouveau du non-alignement à dimension économique
Au-delà des enjeux économiques, cette visite s’inscrit dans un contexte politique international marqué par des tensions croissantes. Dans ce cadre, Houari Tigharsi souligne une volonté commune de revisiter l’héritage du mouvement des non-alignés, en l’adaptant aux réalités actuelles.
Historiquement, les relations entre les deux pays ont été portées par des figures emblématiques telles que Houari Boumédiène et Josip Broz Tito, dont la coopération reposait sur une vision partagée d’un ordre mondial plus équilibré et plus juste. Aujourd’hui, cette philosophie tend à se transformer en un non-alignement économique, fondé sur le pragmatisme et la défense des intérêts nationaux.
Dans un environnement international marqué par les crises, notamment au Moyen-Orient et par la guerre en Ukraine, la recherche de partenariats souples et diversifiés apparaît comme une nécessité stratégique. Elle vise à sécuriser les chaînes d’approvisionnement, garantir l’accès aux ressources énergétiques et renforcer la résilience des économies nationales.
Une coopération appelée à s’intensifier
Convaincu de la portée de cette visite, le Premier ministre serbe s’est dit persuadé qu’elle constitue « un nouveau départ » pour une relation appelée à se renforcer dans les années à venir. Les deux pays entendent ainsi poursuivre les projets communs engagés et explorer de nouvelles pistes de coopération.
À la croisée de l’histoire et des enjeux contemporains, le rapprochement entre l’Algérie et la Serbie s’inscrit désormais dans une perspective de long terme, où les intérêts économiques, la complémentarité des marchés et l’héritage politique commun convergent pour dessiner les contours d’un partenariat stratégique renouvelé.
S.B.



