À Ceuta, enclave espagnole aux portes du Maroc, les autorités ont mis au jour une infrastructure souterraine d’une sophistication exceptionnelle. Conçu comme un véritable complexe minier clandestin, ce réseau servait à acheminer massivement du cannabis vers l’Europe. L’opération, menée sur plus d’un an, a permis la saisie de plus de 17 tonnes de drogue et l’arrestation de 27 suspects.
C’est une découverte spectaculaire qui illustre le degré d’organisation atteint par certains réseaux de narcotrafic. La police espagnole a démantelé, à Ceuta, un tunnel souterrain à plusieurs niveaux, équipé de rails, de wagonnets et de systèmes de levage, utilisé pour transporter du haschich depuis le Maroc vers l’Espagne, puis vers le reste de l’Europe.
Fruit d’une enquête de longue haleine ayant duré plus d’une année, cette opération a permis de révéler l’existence d’un « labyrinthe ressemblant à une mine », selon les termes du ministère espagnol de l’Intérieur. Le dispositif, enfoui sous un hangar industriel, fonctionnait comme une véritable chaîne logistique clandestine, capable d’acheminer des quantités industrielles de résine de cannabis.
Une infrastructure clandestine d’une rare sophistication
L’ingéniosité du système a particulièrement frappé les enquêteurs. Dissimulée derrière un imposant réfrigérateur insonorisé, l’entrée du tunnel donnait accès à un réseau structuré en trois niveaux distincts.
Un puits vertical permettait d’accéder à une chambre intermédiaire servant de zone de stockage pour les ballots de drogue. De là partait un couloir rectiligne reliant directement le territoire marocain.
À l’intérieur, tout était pensé pour optimiser le transport : rails métalliques, wagonnets, poulies et petites grues facilitaient le déplacement des cargaisons. L’ensemble était complété par des systèmes de pompage et d’insonorisation sophistiqués, permettant à l’installation de fonctionner discrètement sans attirer l’attention.
Un réseau tentaculaire à l’échelle européenne
Au total, 27 personnes ont été interpellées dans le cadre de cette affaire, dont plusieurs figures clés du réseau. L’arrestation, dans la nuit du 26 mars, de l’un des principaux chefs présumés a marqué l’aboutissement de cette vaste opération.
Les perquisitions ont également permis la saisie de 1,4 million d’euros en espèces ainsi que 17 véhicules de luxe, témoignant de l’ampleur des profits générés par ce trafic.
Les investigations ont révélé que ce réseau ne se limitait pas à la région. Des ramifications ont été identifiées en Andalousie, mais aussi en Galice, une zone historiquement associée aux trafics de stupéfiants. L’organisation alimentait ainsi une large partie du marché espagnol, avec des débouchés vers d’autres pays européens.
L’Espagne, carrefour stratégique du trafic
Cette affaire met une nouvelle fois en lumière le rôle central de l’Espagne dans les circuits du narcotrafic en Europe. Sa proximité géographique avec le Maroc, l’un des principaux producteurs mondiaux de cannabis, en fait une porte d’entrée privilégiée pour les réseaux criminels.
La découverte de ce tunnel ultra-sophistiqué illustre une évolution préoccupante : celle d’un trafic de plus en plus industrialisé, capable de mobiliser des moyens techniques et logistiques comparables à ceux de véritables entreprises.
Au-delà du coup de filet spectaculaire, les autorités espagnoles soulignent que cette opération constitue un signal fort dans la lutte contre les réseaux criminels transnationaux. Mais elle rappelle aussi que ces organisations, en constante adaptation, continuent d’innover pour contourner les dispositifs de surveillance et maintenir leurs routes de trafic.
S.B.



