Après deux années de tensions diplomatiques, Alger et Madrid amorcent un net réchauffement de leurs relations. La relance du traité d’amitié et la reprise des échanges à grande échelle redonnent un souffle nouveau à une coopération économique qui dépasse désormais les 10 milliards de dollars.
Le rapprochement entre l’Algérie et l’Espagne franchit un cap décisif. La visite officielle à Alger, le 26 mars dernier, du ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, marque un tournant majeur dans la normalisation des relations bilatérales, longtemps mises à l’épreuve depuis 2022.
Invité de l’émission « L’invité du jour » sur la chaîne 3 de la Radio algérienne, le président du Forum d’Affaires algéro-espagnol, Abdellah Seriai, a dressé un état des lieux détaillé de cette nouvelle dynamique. Au cœur de cette relance : la réactivation du traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération signé en octobre 2002, officiellement relancé par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune.
Pour Seriai, ce geste politique constitue « un signal fort », d’autant plus significatif qu’il intervient dans un contexte commercial déjà florissant. « L’année 2025 a été particulièrement productive », souligne-t-il, révélant que « le volume des échanges entre les deux pays a dépassé les 10 milliards de dollars ».
Des échanges diversifiés au-delà des hydrocarbures
Si le gaz demeure un pilier des exportations algériennes vers l’Espagne, les flux commerciaux se sont progressivement diversifiés. Les produits sidérurgiques, les engrais — liquides et solides — ainsi que certains produits agricoles, à l’image de la pomme de terre, figurent désormais parmi les principales marchandises échangées.
Cette diversification traduit une volonté commune de sortir d’une relation exclusivement énergétique pour construire un partenariat économique plus équilibré et multisectoriel.
Djazagro, vitrine d’un partenariat en expansion
Dans cette optique, le Forum d’Affaires algéro-espagnol entend capitaliser sur cette dynamique retrouvée. Une journée d’information sera organisée le 14 avril prochain, en marge du salon international de l’agriculture Djazagro, au Palais des Expositions d’Alger.
Selon Abdellah Seriai, près de quarante entreprises espagnoles sont attendues à cet événement. La matinée sera consacrée à des conférences sectorielles portant sur l’agriculture, l’aquaculture et les industries agroalimentaires. L’après-midi, quant à elle, sera dédiée aux rencontres B2B entre opérateurs économiques des deux rives.
« Cette journée est ouverte à tous les acteurs économiques, qu’ils soient membres du Forum ou non », insiste-t-il, appelant les entrepreneurs algériens à saisir cette opportunité de partenariat.
L’Espagne, un partenaire industriel de premier plan
Au-delà des échanges commerciaux, l’Espagne apparaît comme un partenaire stratégique capable d’accompagner l’Algérie dans le développement de certaines filières industrielles clés.
Le secteur agroalimentaire est particulièrement concerné. « Nous manquons encore d’unités de transformation pour des produits comme la tomate, la pomme de terre ou la poire », regrette Seriai. Faute d’infrastructures adaptées, une partie de la production agricole est perdue. L’expertise espagnole, reconnue à l’échelle européenne, pourrait ainsi contribuer à combler ce déficit.
Même constat dans l’aquaculture, où l’Espagne dispose d’une avance technologique significative.
Dans le domaine du BTP et de l’ingénierie, la coopération est déjà bien engagée. Seriai cite notamment la réalisation d’une grande raffinerie à Hassi Messaoud par la société espagnole Técnicas Reunidas, illustrant la profondeur et la diversité des partenariats en cours.
Une ambition exportatrice côté algérien
Loin d’être à sens unique, cette relation se veut également bénéfique pour l’Algérie, qui entend renforcer ses capacités d’exportation.
Le pays couvre désormais entre 70 et 80 % de ses besoins en médicaments, un niveau qui ouvre des perspectives d’exportation vers les marchés européens, y compris l’Espagne. D’autres filières sont également appelées à se développer, notamment les écrans télévisés, les engrais et les produits agroalimentaires.
Cependant, des obstacles subsistent. Abdellah Seriai appelle ainsi à un assouplissement des règles financières pour permettre aux opérateurs algériens de s’implanter à l’étranger. « Il est essentiel de pouvoir disposer de magasins ou de plateformes logistiques hors du pays pour mieux promouvoir nos produits », plaide-t-il.
La pièce détachée automobile, levier d’avenir
Enfin, un secteur retient particulièrement l’attention : celui de la pièce détachée automobile. Déjà fortement dépendante des importations espagnoles dans ce domaine, l’Algérie voit dans cette filière un potentiel de développement industriel important.
Seriai évoque notamment les flux existants dans le cadre du programme de Stellantis, reliant l’Andalousie à l’ouest algérien. L’objectif, à terme, est de structurer une véritable chaîne de sous-traitance entre les deux pays.
« C’est un secteur capable de porter un développement concret et durable du partenariat algéro-espagnol », conclut-il.
À la faveur d’un climat diplomatique apaisé et d’intérêts économiques convergents, Alger et Madrid semblent ainsi engagés dans une nouvelle phase de coopération, plus dense, plus diversifiée et résolument tournée vers l’avenir. S.B.



