L’opération d’importation massive d’un million de moutons, initialement destinée à approvisionner le marché et à réguler les prix pour la fête de l’Aïd El Adha 2026, a basculé dans le giron de la justice. Le procureur général près la Cour d’Alger, Mohamed Kamal Ben Boudiaf, a dévoilé lors d’une conférence de presse animée ce samedi les détails d’un vaste scandale financier et sanitaire qui ébranle le secteur. Face à la gravité des faits, le juge d’instruction près le Pôle pénal national économique et financier a ordonné le placement en détention provisoire de 13 prévenus, tandis que 28 autres ont été assignés sous contrôle judiciaire.
Cette affaire, qui met en cause un total de 41 suspects poursuivis par le parquet, fait suite à des investigations minutieuses déclenchées par les services de sécurité compétents. Les alertes ont été données dès l’apparition d’indices sérieux signalant des dysfonctionnements majeurs et des dépassements inacceptables. Ces irrégularités venaient directement contrecarrer les directives des hautes autorités de l’État, qui s’étaient pourtant engagées à garantir la disponibilité des bêtes de sacrifice à des tarifs accessibles pour les citoyens.
Les enquêtes préliminaires ont mis au jour un système de fraude articulé autour de deux axes principaux. Le premier volet concerne de graves manquements sur les plans sanitaire et vétérinaire, menaçant la conformité des bêtes importées. Le second volet, d’ordre financier et contractuel, cible des violations flagrantes des dispositions législatives et réglementaires qui encadrent la passation des marchés publics.
Il a ainsi souligné que des moutons importés présentaient des symptômes de maladies vétérinaires infectieuses. La cargaison reçue au niveau du port de Béjaïa a été introduite sur la base d’un rapport émanant d’une commission composée de trois vétérinaires, « dont deux ne répondaient pas aux compétences requises », malgré les mises en garde de l’inspectrice vétérinaire des postes frontaliers de la wilaya de Bejaia a t-il précisé.
Ces atermoiements ont entraîné des conséquences graves, se traduisant par la mort de 3 615 têtes et l’abattage sanitaire de 10 727 têtes de cette cargaison, ainsi que la mise sous réserve de milliers d’autres, a fait savoir le procureur, révélant que les enquêtes ont révélé que ces dérives ont commencé dans le pays d’origine, où il a été procédé au remplacement des têtes de moutons préalablement approuvées par d’autres têtes d’origine inconnue.
Les chefs d’inculpation retenus contre les principaux mis en cause reflètent l’ampleur de la corruption suspectée, englobant l’abus de pouvoir, le trafic d’influence, le détournement de fonds publics et le blanchiment d’argent. Quant au reste des personnes poursuivies, parmi lesquelles figurent en majorité des superviseurs de points de vente placés sous contrôle judiciaire, elles devront répondre du délit de négligence manifeste dans l’exercice de leurs fonctions.
L.R.



