Pour faire face aux mutations rapides du monde du travail, le ministère de la Santé lance une refonte globale de son système de prévention. Présenté ce mardi, le Plan stratégique national de la santé en milieu professionnel 2026-2030 s’articule autour de cinq priorités absolues conçues pour moderniser la protection des travailleurs et sécuriser le capital humain.
Le monde du travail traverse des transformations technologiques, environnementales et organisationnelles d’une rapidité inédite. Sous l’effet de la numérisation généralisée, de l’émergence de nouveaux modes de gestion et du changement climatique, les professionnels font face à des menaces d’un genre nouveau.
Les troubles psychosociaux, l’impact des vagues de chaleur sur les organismes, la sédentarité liée au numérique et l’augmentation des maladies chroniques imposent une révision complète des politiques publiques. Porté par le secrétaire général du ministère, Mohamed Talhi, au nom du ministre Mohamed Seddik Aït Messaoudene, ce plan ambitieux redéfinit la médecine du travail non plus comme un simple outil de contrôle, mais comme un levier d’anticipation et de performance pour l’économie nationale.
Les cinq priorités de la refondation stratégique
Pour concrétiser cette vision, la feuille de route se déploie à travers cinq piliers cardinaux, présentés par le docteur F. Zohra Bousmaha, sous-directrice à la Direction de la prévention.
Moderniser le cadre juridique et la gouvernance
Il s’agit de toiletter les textes réglementaires existants pour les adapter aux nouvelles formes d’emploi, tout en clarifiant les responsabilités de chaque acteur. Ce premier pilier vise à fluidifier la prise de décision et à asseoir une gouvernance plus agile et plus transparente.
Développer les services de médecine du travail
La proximité et l’accessibilité des soins en entreprise sont renforcées. L’objectif est d’étendre la couverture de la médecine du travail à l’ensemble du territoire et à tous les secteurs d’activité, y compris les plus isolés, pour garantir une égalité d’accès à la prévention sanitaire.
Valoriser les ressources humaines et la formation
Le plan prévoit un programme massif de mise à niveau et de spécialisation pour les professionnels de la santé au travail. En renforçant les compétences des médecins, des ergonomes et des inspecteurs, le système gagne en expertise face aux pathologies émergentes et aux risques complexes.
Consolider la prévention et le dépistage précoce
Ce pilier met l’accent sur la surveillance proactive des risques professionnels. Par des campagnes de dépistage ciblées et un suivi régulier de l’état de santé des actifs, l’État compte identifier les dangers physiques et psychologiques avant qu’ils ne se transforment en maladies professionnelles invalidantes.
Déployer un système d’information intégré et la recherche
La création d’une base de données nationale unifiée permettra de centraliser les informations sanitaires professionnelles. Cet outil numérique, adossé à la recherche scientifique, offrira des indicateurs fiables pour guider la veille sanitaire nationale et orienter l’action publique en temps réel.
Un investissement rentable pour l’avenir
Cette architecture novatrice repose sur un consensus fort. Fruit d’un dialogue approfondi avec les départements ministériels, les partenaires sociaux et les experts sectoriels, elle bénéficie d’une assise solide. Nora Liani, présidente de la Commission nationale des experts en médecine du travail, rappelle d’ailleurs que l’Algérie dispose déjà d’un cadre juridique aligné sur les normes de l’Organisation internationale du travail (OIT).
L’intégration de la médecine du travail directement au sein du système de santé publique demeure la grande force du modèle national. En unissant l’ensemble de ces forces autour de ces cinq priorités, le gouvernement fait le choix de la prévention active. Protéger la santé des travailleurs n’est plus seulement un impératif moral, c’est l’investissement le plus rentable pour garantir la productivité des entreprises et la souveraineté économique du pays.
Soumeya B.M.



