La nervosité des marchés énergétiques vient d’atteindre son paroxysme ce mercredi. Face aux frappes militaires américaines menées pour une onzième nuit consécutive et à la rhétorique offensive de Washington, la crainte d’un étranglement majeur de l’approvisionnement mondial s’est concrétisée. Le président Donald Trump ayant rejeté l’éventualité de nouvelles négociations avec Téhéran tout en affirmant que les États-Unis n’en avaient pas fini avec l’Iran, les investisseurs ont immédiatement réagi en intégrant une prime de risque maximale sur les cours du brut.
Selon Kathleen Brooks, analyste chez XTB, la hausse du prix du pétrole intervient précisément après que le président américain a minimisé la perspective de nouvelles discussions et affirmé la détermination de son administration face à l’Iran.
Routes maritimes sous tension et menaces logistiques
Les opérateurs de marché ont les yeux rivés sur les points névralgiques du commerce mondial. Le détroit d’Ormuz, véritable artère vitale par laquelle transitent quotidiennement environ 21 millions de barils, concentre l’essentiel des inquiétudes. La dégradation sécuritaire produit déjà des effets visibles sur le terrain : trois pétroliers saoudiens ont été contraints d’opérer un demi-tour stratégique afin d’éviter le détroit de Bab el-Mandeb, choisissant de se rediriger vers le canal de Suez au prix de surcoûts logistiques considérables.
Rupture de seuil historique sur le Brent et le WTI
Dans ce climat d’incertitude extrême, le baril de Brent de la mer du Nord, référence incontournable pour deux tiers des contrats internationaux livrée via Sullom Voe, s’est hissé à 95,02 dollars pour son échéance de septembre. Cette poussée de 4,41% constitue un bond de plus de 4 dollars en une unique séance, franchissant une barre symbolique inédite depuis plus de six semaines.
Dans le même sillage, le West Texas Intermediate (WTI) américain livré à Cushing a grimpé de 4,53% pour s’établir à 88,16 dollars, affichant un écart de prix (spread) de 6,86 dollars en raison des spécificités de qualité de ce brut plus léger et très recherché par les raffineries américaines.
Frénésie spéculative sur les marchés à terme
L’agitation est tout aussi palpable dans les salles de marché, où les volumes d’échange ont littéralement explosé. Selon les données publiées par le Commitment of Traders (COT), les positions nettes acheteuses des fonds spéculatifs ont bondi de 18%, traduisant un pari massif sur la prolongation de la hausse. La structure de la courbe des contrats à terme reflète une tension immédiate sur l’offre physique disponible, tandis que la demande pour des options d’achat (call) ciblant un Brent à 100 dollars dès le mois d’octobre s’intensifie rapidement, amplifiée par les contraintes qui pèsent sur l’outil de raffinage mondial.
S.B.



