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jeudi 15 janvier 2026

Agriculture : La souveraineté en germination

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L’agriculture est désormais érigée en pilier central de la stratégie économique nationale. Sous l’impulsion du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, l’État algérien engage une transformation structurelle du secteur, avec l’ambition affichée de bâtir une agriculture moderne, productive et fondée sur la science et la numérisation. Cette orientation a été réaffirmée dimanche lors de la réunion du Conseil des ministres, au cours de laquelle un chapitre entier a été consacré à l’examen de la feuille de route du secteur agricole pour l’année 2026.

Derrière cette stratégie, un objectif clair : renforcer durablement la souveraineté alimentaire du pays et repositionner l’Algérie comme acteur agricole crédible à l’échelle régionale et internationale. Il ne s’agit plus seulement de produire, mais de produire mieux, avec intelligence, efficacité et anticipation.

Produire plus, produire mieux : la technologie au cœur de la mutation

Le nouveau paradigme agricole repose sur un principe fondamental : optimiser les ressources pour maximiser les rendements. L’agriculture de précision devient ainsi la colonne vertébrale du modèle en construction.

Drones agricoles, capteurs intelligents, systèmes d’irrigation automatisés, télédétection par satellite, outils de cartographie et d’analyse des sols… Ces technologies permettent désormais de planifier les cycles de production, d’anticiper les maladies, de mesurer l’humidité des sols et d’ajuster les apports hydriques avec une précision jusqu’ici inaccessible. Le secteur agricole entre de plain-pied dans l’ère des données, de la planification scientifique et de la décision éclairée.

Dans ce nouveau modèle, productivité, performance et durabilité ne sont plus des slogans, mais des exigences structurelles.

L’agriculture, nouveau levier de souveraineté économique

Pour les pouvoirs publics, l’enjeu dépasse la seule sécurité alimentaire. L’agriculture est appelée à devenir un moteur de croissance, de stabilité sociale et de création de richesse. « Il faut se nourrir de nos propres mains », martèle le président Tebboune, tout en prônant une ouverture maîtrisée sur les produits secondaires afin de diversifier l’offre et stabiliser les marchés.

La stratégie intègre également une dimension offensive : développer les exportations agricoles. Les filières des dattes, des agrumes et des légumes sont appelées à monter en puissance pour renforcer la balance commerciale et inscrire l’agriculture algérienne dans les échanges régionaux.

Les priorités sectorielles sont clairement définies : atteindre l’autosuffisance en blé dur et en orge, moderniser les équipements agricoles, améliorer la qualité génétique des semences, redynamiser la filière des viandes rouges et structurer les chaînes de production et de distribution.

La filière élevage, longtemps fragilisée, devrait bénéficier de programmes de sélection génétique, de développement des capacités fourragères et d’un encadrement technique renforcé.

Stockage, logistique et grands projets : la bataille des infrastructures

La souveraineté alimentaire passe aussi par la maîtrise de la logistique. Sur ce plan, l’État engage des investissements massifs. Les capacités de stockage de céréales seront considérablement renforcées afin de sécuriser les approvisionnements et limiter les pertes. Un réseau frigorifique structuré est également en cours de déploiement pour mieux gérer les surplus de production et lutter contre le gaspillage.

Cinq nouveaux silos seront réalisés pour une capacité globale de 5 millions de quintaux, représentant un investissement de 47,5 milliards de dinars. Dix centres de stockage de poudre de lait seront équipés pour le compte de l’ONIL, mobilisant 12 milliards de dinars. À cela s’ajoute la régularisation de 30 silos et 350 centres de stockage intermédiaire dans 52 wilayas, afin de renforcer l’efficacité de la chaîne logistique nationale.

Parallèlement, plusieurs mégaprojets agricoles structurants sont en cours de développement, notamment dans les régions du Sud, où le potentiel foncier et climatique ouvre de nouvelles perspectives de production à grande échelle.

Une mobilisation inédite des capitaux publics et privés

Cette transformation s’appuie sur une dynamique d’investissement sans précédent. Des groupes nationaux tels que Sonatrach, Cevital et Madar, ainsi que des partenaires étrangers, notamment italiens et qataris, sont pleinement engagés dans cette nouvelle architecture agricole.

L’État mise désormais sur une coordination renforcée entre acteurs publics et privés afin de structurer de véritables chaînes de valeur : de la production à la transformation, jusqu’à la commercialisation. L’objectif est clair : sortir d’une agriculture fragmentée pour bâtir un système intégré, performant et compétitif.

Le ministre de l’Agriculture, Yacine El Mahdi Oualid, s’est engagé à moderniser en profondeur la gouvernance du secteur. Certaines politiques, jugées dépassées, doivent céder la place à une gestion basée sur les données, les indicateurs fiables et la planification stratégique. Les systèmes d’information géographique, les bases de données agricoles et les plateformes d’aide à la décision deviennent ainsi des outils centraux du pilotage sectoriel.

Des moyens financiers à la hauteur de l’ambition

Pour 2026, l’effort budgétaire consenti est considérable. L’autorisation d’engagement globale atteint 764,264 milliards de dinars.
La répartition témoigne de la priorité accordée au secteur, à savoir l’agriculture et développement rural (90,25 %), les forêts (6 %), la pêche et aquaculture (0,75 %) et l’administration générale (3 %).

Le soutien direct au développement agricole mobilise à lui seul 92,091 milliards de dinars, couvrant la santé animale et végétale, l’organisation des filières, ainsi que l’accompagnement des éleveurs et petits exploitants. Une enveloppe supplémentaire de 23,298 milliards de dinars est destinée au règlement des créances de Sonelgaz liées au raccordement électrique des exploitations agricoles.

Le raccordement des mégaprojets agricoles du Grand Sud aux réseaux électrique et gazier (Baladna, BF, Cevital) est également programmé pour 2026, avec une autorisation d’engagement de 40 milliards de dinars. En parallèle, 14 wilayas bénéficieront de financements dédiés au raccordement de périmètres agricoles stratégiques (23 milliards de dinars) et à l’ouverture de pistes agricoles (10 milliards de dinars), facilitant l’accès aux zones enclavées.

Une mutation profonde, portée par le terrain

Sur le terrain, la transformation est déjà perceptible. La physionomie de l’agriculture algérienne évolue, les mentalités changent, les pratiques se modernisent. Les agriculteurs, dans leur majorité, adhèrent à cette nouvelle dynamique. Leur principale attente demeure toutefois la formation continue, l’accompagnement technique et une plus grande concertation dans les processus de décision.

Car la réussite de cette stratégie repose autant sur les investissements que sur l’humain : la capacité des agriculteurs à s’approprier les outils, à maîtriser les nouvelles techniques et à devenir pleinement acteurs de la transformation.

Avec cette feuille de route, l’Algérie ne se contente plus d’adapter son agriculture : elle la refonde. Modernité, innovation, productivité et durabilité deviennent les piliers d’un secteur appelé à jouer un rôle majeur dans la souveraineté nationale et la stabilité économique.

L’agriculture de demain se construit aujourd’hui. Et dans cette transformation, c’est tout un modèle de développement qui se redessine, ouvrant de nouvelles perspectives pour les jeunes, pour les territoires et pour les générations futures.

L.R.

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