Constantine s’apprête à renouer avec l’un des chapitres les plus emblématiques de son histoire culturelle. Après plusieurs décennies d’éclipse, le Festival Panorama du cinéma- Constantine fait officiellement son retour sur la scène nationale et internationale. Sa relance a été actée par un arrêté daté du 23 décembre 2025, publié au Journal officiel, portant création du festival culturel international annuel « Panorama du cinéma » à Constantine. Une décision hautement symbolique, qui consacre la réhabilitation d’un rendez-vous fondateur du cinéma algérien.
Créé dans les années 1980, Panorama du cinéma est unanimement considéré comme la première manifestation cinématographique organisée en Algérie. À une époque où le pays construisait ses repères culturels post-indépendance, le festival avait ouvert un espace inédit de diffusion, de réflexion et de dialogue autour du septième art. Il avait contribué à forger une conscience cinéphile nationale et à positionner Constantine comme un foyer majeur de création et de rayonnement culturel.
Une manifestation pionnière au cœur de la vie culturelle constantinoise
Installé dans une ville historiquement marquée par la pensée, la littérature et les arts, le festival Panorama du cinéma s’inscrivait naturellement dans l’écosystème culturel constantinois. Étroitement lié à la Cinémathèque de Constantine — le mythique Cinéma Cirta — et aux ciné-clubs actifs de la ville, il constituait l’un des rares espaces institutionnels dédiés au cinéma d’auteur, au documentaire et aux œuvres à forte portée sociale et politique.
Les projections donnaient lieu à de véritables forums culturels, où cinéphiles, artistes, universitaires et intellectuels débattaient avec passion. Le festival jouait également un rôle crucial dans la promotion du cinéma algérien, offrant une vitrine à des productions souvent marginalisées par les circuits commerciaux, tout en favorisant les échanges avec des œuvres et des cinéastes étrangers. À travers Panorama, Constantine s’ouvrait au monde et le monde découvrait une autre image de l’Algérie, racontée par ses cinéastes.
Une disparition liée aux fractures de l’histoire récente
Comme de nombreuses initiatives culturelles, Panorama du cinéma n’a pas résisté aux bouleversements sociopolitiques et économiques des années 1990. La décennie noire a profondément fragilisé le tissu culturel national : insécurité, fermeture des salles de cinéma, raréfaction des financements et réorientation des priorités publiques ont progressivement asséché la vie cinématographique organisée.
Privé de structures pérennes de soutien, de promotion et de diffusion, le festival s’est éteint, laissant derrière lui une mémoire vive mais suspendue. Avec lui, c’est tout un pan de la dynamique culturelle constantinoise qui s’est trouvé mis en veille, en attendant des conditions plus favorables à sa renaissance.
Une volonté politique affirmée de réhabilitation culturelle
La relance du Festival Panorama du cinéma est aujourd’hui l’aboutissement d’une volonté politique clairement affirmée. Elle a bénéficié du soutien direct du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui a répondu favorablement aux attentes exprimées par la famille culturelle de Constantine. Ce soutien traduit la conviction des plus hautes autorités de l’État que la culture constitue un levier fondamental de construction de l’individu, de cohésion sociale et d’enracinement de l’identité nationale.
Le projet a également été porté par la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, qui avait réaffirmé son engagement en faveur de la relance du festival lors de sa visite à Constantine en décembre dernier. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large visant à redynamiser les grandes manifestations culturelles, à renforcer la visibilité internationale du cinéma algérien et à redonner aux villes historiques leur rôle de pôles culturels actifs.
Une renaissance porteuse de sens et de perspectives
La consécration officielle du Festival Panorama du cinéma – Constantine dépasse la simple restauration d’un événement disparu. Elle s’inscrit dans une démarche de réappropriation de la mémoire cinématographique nationale, tout en constituant un investissement culturel porteur d’avenir. Le retour de ce festival ouvre des perspectives nouvelles pour la création, la formation, la diffusion des œuvres et le dialogue interculturel.
À travers cette renaissance, Constantine retrouve une part essentielle de son identité culturelle et réaffirme sa vocation de capitale artistique de l’Est algérien. Le cinéma, art de la mémoire et du récit, y retrouve un espace d’expression privilégié, capable de relier les générations, de nourrir le débat intellectuel et de porter la voix des créateurs algériens au-delà des frontières.
En ressuscitant Panorama du cinéma, l’Algérie ne se contente pas de faire revivre un festival : elle réactive un héritage, réaffirme une ambition culturelle et redonne au septième art la place qui lui revient dans le paysage national.
L.R.



