Le cinéma algérien s’apprête à célébrer l’une de ses fresques historiques les plus ambitieuses. Le long-métrage « Ahmed Bey », qui retrace la vie du dernier bey de Constantine, sera présenté en avant-première ce mois de février, entre mémoire nationale et grandeur cinématographique.
Retour aux sources à Constantine et Alger
Deux dates clés rythmeront la sortie de ce biopic : le 16 février, à Constantine, avec une projection symbolique au Palais «Zénith» — portant le nom du Bey lui-même — et le 20 février, à Alger, où se tiendra la grande avant-première nationale, marquant le lancement officiel de cette production d’envergure.
Cette œuvre s’inscrit dans la continuité des films consacrés aux héros de la résistance et de la Révolution algérienne, à l’instar de Krim Belkacem, Ben Boulaïd ou Messali Hadj.
Le Bey qui refusait de capituler
Né en 1786 à Cirta (aujourd’hui Constantine), Ahmed Bey n’était pas seulement un dignitaire ottoman. Héritier d’un vaste territoire s’étendant de la Méditerranée aux confins du Sahara, il incarna la défense farouche de la souveraineté face à l’appétit colonial français.
Contrairement au Dey Hussein, qui capitule en 1830 avant de s’exiler, Ahmed Bey choisit la voie de l’affrontement. Même après la chute de Constantine en octobre 1837, il refuse de se soumettre aux généraux Clauzel et Bugeaud, poursuivant la résistance contre l’envahisseur.
Une résistance nomade, des Aurès à Alger
Le film, scénarisé par Rabah Drif, met en lumière la stratégie de guérilla qu’adopta Ahmed Bey, trouvant refuge auprès des tribus insoumises et dans les massifs escarpés des Aurès. Parallèlement, l’Émir Abdelkader menait la lutte dans l’Ouest algérien, créant un contexte de résistance nationale complexe.
Ce n’est qu’en 1850, épuisé par les combats, qu’Ahmed Bey cesse les hostilités. Placé en résidence surveillée à Alger, il s’éteint alors que de nouvelles révoltes secouent le pays. Il repose aujourd’hui près du mausolée de Sidi Abderrahmane, laissant derrière lui un héritage historique et un palais emblématique du patrimoine national.
Une production internationale pour une mémoire locale
Sous la direction du réalisateur iranien Jamal Shoorjeh (Djamel Chorgeh), le film réunit un casting mêlant talents algériens et renommée internationale. Karim Boudechiche incarne Ahmed Bey avec intensité, tandis que Djamel Aouane, Rym Ghazali et Mohamed Tahar Zaoui complètent la distribution algérienne. L’acteur français Gérard Depardieu apporte, quant à lui, une dimension internationale au projet.
Pour la productrice Samira Bensouda Hadj Djilani, descendante d’Ahmed Bey, ce film est un acte de transmission: « Il s’agit d’une épopée qui immortalise une page glorieuse de notre pays que les nouvelles générations doivent connaître. »
Un souffle nouveau pour le cinéma algérien
Financé dans le cadre de la nouvelle stratégie du ministère de la Culture, « Ahmed Bey» illustre la vitalité retrouvée du cinéma algérien. En investissant dans des récits historiques ambitieux, l’Algérie affirme sa volonté de se réapproprier son récit national, transformant ses héros d’hier en icônes cinématographiques d’aujourd’hui.
S.B.



