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samedi 7 février 2026

Énergie : L’Algérie, futur hub vert européen

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Autosuffisante sur le plan énergétique et forte d’un potentiel considérable en énergies conventionnelles et renouvelables, l’Algérie affiche clairement son ambition : exporter de l’électricité verte vers l’Europe et jouer un rôle central dans la sécurité énergétique régionale. Une orientation stratégique réaffirmée par le ministre de l’Énergie et des Mines, Mohamed Arkab, lors d’une conférence internationale tenue à Alger.

Une position géographique et énergétique stratégique

Grâce à sa position géographique « privilégiée » et à l’abondance de ses ressources en pétrole et en gaz naturel, l’Algérie demeure un partenaire énergétique fiable pour les pays européens de la rive nord de la Méditerranée. Une crédibilité bâtie, selon le ministre de l’Énergie et des Mines, Mohamed Arkab, sur une stratégie claire et structurée mise en œuvre depuis plusieurs années dans le secteur des hydrocarbures.

Intervenant lors du panel consacré à l’énergie, organisé jeudi 5 février à Alger dans le cadre de la conférence « Afrique du Nord : connecter les continents et créer des opportunités », le ministre a détaillé les fondements de cette stratégie, articulée autour de quatre piliers majeurs.

Une stratégie fondée sur quatre axes

Le premier pilier repose sur le développement des ressources naturelles, une mission confiée principalement au groupe Sonatrach, locomotive du secteur énergétique national.
Le deuxième axe concerne la valorisation des hydrocarbures, à travers leur transformation industrielle : raffinage, pétrochimie, production de fertilisants et d’intrants essentiels pour l’agriculture.

Le partenariat constitue le troisième levier stratégique. Pour Mohamed Arkab, il s’agit d’un facteur clé permettant une meilleure maîtrise technologique, un accroissement des ressources et une exploitation plus efficiente des hydrocarbures.
Enfin, le quatrième pilier concerne le capital humain, avec un accent mis sur la formation et le développement des compétences, jugés indispensables à la réussite de cette transition énergétique.

Un acteur clé de la sécurité énergétique européenne

Le ministre a rappelé le rôle central de l’Algérie dans l’approvisionnement énergétique de l’Europe. Le pays se classe troisième fournisseur de gaz naturel du continent européen, premier producteur gazier en Afrique et septième au niveau mondial.

Au-delà de l’Europe, l’Algérie affiche également sa volonté de contribuer à l’électrification du continent africain. Plus de 600 millions de foyers africains, sur une population totale estimée à 1,5 milliard de personnes, n’ont toujours pas accès à l’électricité.

« L’Afrique, pourtant riche en ressources naturelles, a besoin de développer son énergie électrique. Cela nécessite l’accompagnement des industriels de la rive nord », a souligné Mohamed Arkab, affirmant que l’Algérie est prête à jouer ce rôle grâce à son interconnexion existante avec l’Europe, notamment via les gazoducs.

Interconnexions et projets structurants

L’Algérie poursuit le déploiement de projets d’interconnexion, notamment pour l’électrification du grand Sud, à travers des réseaux de très haute tension. Ces infrastructures pourraient à terme s’étendre vers les pays africains voisins, à condition, selon le ministre, que la stratégie énergétique entre les deux rives de la Méditerranée gagne en cohérence.

Mohamed Arkab a d’ailleurs appelé les pays européens à s’impliquer davantage dans ces projets, qui nécessitent des financements conséquents et une coordination réglementaire renforcée entre les pays africains.

Les énergies renouvelables au cœur de la vision algérienne

Le ministre a également mis en avant l’intérêt stratégique accordé aux énergies renouvelables, avec un programme national de 15 000 mégawatts (MW) à l’horizon 2035.
Sur ce total, un premier palier de 3 000 MW est actuellement en cours de réalisation et devrait être opérationnel dès le premier trimestre 2026.

Cette capacité supplémentaire renforcera la production nationale d’électricité et offrira, selon Mohamed Arkab, une opportunité aux pays européens de s’approvisionner en énergie propre, compétitive et disponible à court terme depuis l’Algérie.

« Par ses capacités de production considérables, l’Algérie est prête à une interconnexion électrique, qu’elle soit basée sur l’énergie conventionnelle ou renouvelable, notamment avec des pays européens comme l’Italie, fortement demandeurs en térawattheures », a-t-il affirmé.

Un réseau énergétique déjà interconnecté à l’Europe

Illustrant cette interconnectivité, le ministre a rappelé que l’Algérie alimente l’Italie à hauteur de 25 milliards de mètres cubes de gaz par an via ses gazoducs, tout en fournissant l’Espagne et le Portugal grâce au gazoduc Medgaz, d’une capacité de 11 milliards de mètres cubes.

À ces infrastructures s’ajoute le projet du gazoduc transsaharien (TSGP), long de 4 200 kilomètres, actuellement en discussion entre l’Algérie et le Nigeria, et destiné à acheminer le gaz africain vers l’Europe.

Une capacité électrique excédentaire

L’Algérie dispose aujourd’hui d’une capacité de production électrique de 28 000 MW, pour une consommation nationale de pointe estimée à 20 000 MW. Un excédent qui lui permet, selon Mohamed Arkab, d’envisager l’exportation de volumes importants d’électricité conventionnelle vers l’Europe.

Le pays s’appuie également sur un réseau électrique de 25 000 kilomètres de lignes à très haute tension, couvrant l’ensemble du territoire national, soit une superficie de 2,3 millions de km². Son extension vers le Sud est en cours afin de relier les pays subsahariens.

Produire l’électricité au plus près des besoins

« Nous développons des technologies permettant la production d’électricité in situ, notamment dans les régions du Sud, afin de faciliter son transport vers l’Afrique », a précisé le ministre, soulignant l’importance de solutions adaptées aux contraintes géographiques et climatiques.

Hydrogène vert : l’autre pari stratégique

Enfin, Mohamed Arkab a rappelé les avancées de l’Algérie dans le domaine de l’hydrogène vert, avec un projet pilote lancé par Sonatrach en partenariat avec des acteurs allemands.
Le pays participe également au corridor sud de l’hydrogène (South H2), aux côtés de l’Italie, de la Tunisie, de l’Allemagne et de l’Autriche. Ce projet vise à transporter de l’hydrogène vert produit en Afrique du Nord vers l’Europe.

À travers cette stratégie globale, l’Algérie entend se positionner durablement comme un hub énergétique régional, capable d’assurer la transition entre énergies fossiles et renouvelables, et de devenir, à terme, l’une des principales batteries vertes de l’Europe.

L.R.

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