Lors d’une entrevue périodique avec la presse algérienne, le président de la République Abdelmadjid Tebboune a abordé des questions sensibles sur la scène internationale, tout en évoquant ses priorités nationales. L’entretien, dont de courts extraits ont été diffusés sur la page Facebook officielle de la Présidence, a été intégralement retransmis samedi soir par la Télévision et la radio algériennes.
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, adopte un ton ferme face à la situation des Algériens sans papiers à l’étranger et aux expulsions décidées unilatéralement par certains pays, notamment la France. Lors de son entretien avec la presse, le chef de l’État distingue 2 cas: les jeunes souhaitant rentrer volontairement et les expulsions forcées, connues sous le nom d’OQTF (Obligation de quitter le territoire français).
Sur le premier cas, le président appelle à l’apaisement et à la compréhension : « Celui qui fait une petite erreur, qu’il rentre. Ce qui est fait est fait. Il n’y a pas de problème. Beaucoup rentrent déjà ». Il tend ainsi la main aux jeunes Algériens en situation irrégulière, les encourage à rentrer sans crainte de sanctions disproportionnées et assure que leur retour se fait dans la dignité.
Mais sur les OQTF, le ton se durcit nettement. Tebboune souligne que ce problème relève des pays d’accueil, mais qu’Alger ne tolère aucune expulsion expéditive. « On ne prend pas un Algérien qui a une femme, des enfants, un travail, pour le mettre dans un avion. Il a des droits. Passez par la justice, respectez les procédures ».
Le président martèlera son message : « Celui qui veut ridiculiser ou humilier l’Algérie n’est pas encore né ».
Pour garantir la protection juridique des citoyens, l’Algérie exige désormais que toute expulsion passe par les voies consulaires et judiciaires prévues par les accords bilatéraux. Cette position marque un durcissement officiel de la diplomatie algérienne face aux expulsions arbitraires, tout en rappelant que la dignité et les droits des citoyens restent inaliénables, même à l’étranger.
Par ailleurs, le chef de l’État n’a pas caché sa différence de ton avec certains partenaires. Interrogé sur la relation avec la France, il a choisi de ne pas répondre, indiquant : «Si vous permettez, en toute démocratie, je ne réponds pas en ce qui concerne la France.» Cette réserve survient alors que les relations bilatérales sont tendues depuis la diffusion d’un documentaire par France 2 attentatoire à la dignité de l’Algérie. Une enquête qualifiée « d’offensante pour l’Algérie et politiquement orientée » par la présidente de l’Association France-Algérie, Mme Ségolène Royal. À l’inverse, Tebboune s’est montré élogieux envers les États-Unis, affirmant que Washington « est content de notre relation » et commentant avec un brin d’ironie : «C’est bizarre, avec les grands on s’entend. » Cette phrase résume sa volonté de privilégier les partenariats qu’il considère équilibrés et respectueux.
Sur le plan national, le président a rappelé ses priorités sociales et économiques. Concernant les familles vulnérables, il a insisté sur le principe d’équité : » Même si seulement 20 familles sont privées de leur droit à l’aide sociale, cela serait une injustice « , a-t-il déclaré. Dans le même esprit, Tebboune a tenu à clarifier la question des péages autoroutiers. Contrairement à certaines rumeurs, il n’y aura pas de points de péage sur les autoroutes, notamment sur l’Est-Ouest. La priorité du gouvernement est la réhabilitation et l’entretien du réseau routier existant, afin de garantir sécurité et praticabilité avant toute introduction de péages. Comme l’avait précisé le 11 janvier le directeur général de l’agence des autoroutes, Ali Bouasla, «mettre la charrue avant les bœufs» serait une erreur stratégique. Cette décision illustre la prudence du gouvernement, désireux d’éviter de reproduire les mauvais choix du passé.
Gara Djebilet, «l’une des batailles menées par les grands hommes de ce pays»
La question des infrastructures a également été abordée avec l’inauguration de la ligne de chemin de fer minière Gara Djebilet – Tindouf – Béchar, longue de 950 kilomètres, le 1er février. Tebboune a salué cette réalisation comme « l’une des batailles menées par les grands hommes de ce pays » et a souligné qu’elle constitue le début d’un projet national majeur visant à renforcer l’économie et la connectivité dans le sud du pays.
Le président a également évoqué la révision technique de la Constitution, lors de la conférence du 24 janvier, reconnaissant certains dysfonctionnements dans son application. Il a profité de cette occasion pour adresser un message aux jeunes Algériens résidant à l’étranger, en particulier ceux en difficulté : «Tout Algérien qui vit à l’étranger et qui a fauté ne doit pas refaire les mêmes erreurs. Il ne peut pas vivre à l’étranger sans l’aval des services de renseignement du pays d’accueil.»
Enfin, sur la question de la liberté de la presse, Tebboune a réaffirmé son engagement à garantir l’indépendance des journalistes : «Les journalistes peuvent publier sans contrainte s’ils disposent de dossiers, même lorsqu’ils impliquent les ministres.»
Cet entretien révèle un président déterminé à assurer l’équité sociale et le développement national, tout en affirmant sa diplomatie et son approche pragmatique des relations internationales. Le contraste entre le ton réservé vis-à-vis de Paris et l’enthousiasme affiché pour Washington illustre sa stratégie : privilégier les relations fondées sur le respect et la coopération mutuelle, tout en maintenant le cap sur les projets structurants pour l’Algérie.
S.B.



