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mercredi 4 mars 2026

Greffe rénale : Le pari du don post-mortem

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La transplantation rénale en Algérie se trouve à un tournant décisif. Avec près de 30 000 patients en attente d’une greffe et à peine 300 transplantations réalisées chaque année, exclusivement à partir de donneurs vivants apparentés, le système atteint ses limites. L’écart entre les besoins et l’offre est devenu structurel.

C’est dans ce contexte que le professeur Pr Nekhla a été installé à la tête de l’Agence nationale de transplantations d’organes (ANTO), avec une mission claire : amorcer un nouveau départ en « libérant » le don post-mortem des blocages organisationnels, culturels et interprétatifs qui freinent son essor.

Une équation sanitaire sous tension

Aujourd’hui, la quasi-totalité des greffes rénales repose sur le don vivant intrafamilial. Ce modèle, fondé sur la solidarité, montre toutefois ses limites face à l’ampleur des besoins. Des milliers d’insuffisants rénaux chroniques demeurent sous dialyse pendant des années, avec une qualité de vie altérée et des coûts élevés pour le système de santé.

Le véritable levier d’expansion réside dans le prélèvement d’organes sur donneurs décédés, encore marginal dans le pays. Or, sans structuration effective de cette filière, aucune montée en puissance significative du nombre de greffes ne sera possible.

« Libérer » le don post-mortem

La mission du Pr Nekhla dépasse la simple gestion administrative. Elle consiste à enclencher un changement de paradigme.

Le don post-mortem reste entouré de réticences sociales, de prudences institutionnelles et d’interprétations parfois rigides, qualifiées par certains observateurs de « dogmatiques ». Pourtant, sur les plans éthique et religieux, de nombreuses références autorisent et encadrent le don d’organes lorsqu’il vise à sauver des vies.

Le défi est donc double : clarifier le cadre réglementaire pour rendre opérationnel le prélèvement sur donneurs décédés ; et mener une vaste campagne de sensibilisation afin d’instaurer une culture du don fondée sur la solidarité nationale et la confiance envers les institutions médicales.

La mise en place d’unités de coordination hospitalière dédiées, l’identification systématique des donneurs potentiels en réanimation et la formation spécifique des équipes médicales constituent des étapes incontournables.

Une relance globale de la transplantation

Au-delà du rein, les autorités sanitaires affichent la volonté de relancer la greffe cardiaque et, à terme, de développer davantage les transplantations hépatiques et pulmonaires. Aujourd’hui, nombre de patients sont contraints de se rendre à l’étranger pour ces interventions lourdes, avec des coûts humains et financiers considérables.

Pour inverser cette tendance, il faudra bâtir une filière intégrée couvrant l’ensemble de la chaîne à savoir la détection et validation des donneurs ; l’organisation logistique du prélèvement et du transport des greffons ; la modernisation des plateaux techniques ; et le suivi post-transplantation rigoureux.

Une responsabilité stratégique

Lors de la cérémonie d’installation, le ministre de la Santé, Pr Aït Messaoudène, a insisté sur la nécessité de « relever le défi » et de dynamiser un secteur qu’il considère comme stratégique pour la souveraineté sanitaire du pays.

Car la transplantation d’organes n’est pas seulement un acte médical. Elle constitue un indicateur du niveau d’organisation d’un système de santé, de sa capacité à coordonner des compétences hautement spécialisées et à mobiliser la solidarité nationale.

Un nouveau départ sous conditions

La nomination du Pr Nekhla envoie un signal politique fort après plusieurs années de vacance à la tête de l’Agence. Mais la réussite dépendra de la capacité à transformer l’intention en résultats mesurables.

Accroître le nombre de greffes suppose d’aller au-delà des déclarations d’intention et d’engager des réformes concrètes : clarification juridique, pédagogie sociétale, modernisation hospitalière et coordination interdisciplinaire.

Dans un pays où des milliers de patients vivent dans l’attente d’un organe salvateur, « libérer » le don post-mortem du dogmatisme apparaît comme la clé d’un véritable nouveau départ. La mission est délicate, mais elle est désormais incontournable.

L.R.

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