La polémique autour de la durée des vacances scolaires en Algérie relance un débat de fond sur l’efficacité du système éducatif. Pour le pédagogue Ahmed Tessa, le problème dépasse largement le calendrier : il révèle un déficit structurel d’apprentissage qui pénalise durablement les élèves.
La publication du calendrier des examens scolaires, fixant la fin des épreuves au 14 mai, a ravivé les critiques sur la durée jugée excessive des vacances d’été. Mais pour Ahmed Tessa, cette controverse ne fait que mettre en lumière un dysfonctionnement ancien et profond, affirme-t-il dans un entretien accordé au site TSA. Selon lui, l’école algérienne souffre d’un modèle pédagogique dépassé, qui compromet la qualité des apprentissages et le développement intellectuel des élèves.
Loin d’être une nouveauté, la réduction effective du temps scolaire s’inscrit dans une tendance installée depuis des années. Alors que les standards internationaux prévoient entre 38 et 40 semaines de cours par an, l’Algérie peine à dépasser les 25 à 26 semaines dans les meilleures conditions. Ce décalage, cumulé sur l’ensemble du parcours scolaire, aboutit à un constat alarmant : un élève arrivant à l’université accuse un retard estimé à deux ans et demi d’apprentissage, soit environ 30 mois de cours non dispensés.
Ce chiffre, souligne Ahmed Tessa, n’est pas une approximation mais une donnée officielle issue d’une évaluation nationale du système éducatif. Il traduit l’ampleur du manque accumulé et ses conséquences sur le niveau global des étudiants.
Au-delà de la question du volume horaire, c’est aussi l’organisation des rythmes scolaires qui est pointée du doigt. Les longues vacances d’été, pouvant atteindre quatre mois, dépassent largement les recommandations des spécialistes. Les recherches en chronobiologie montrent qu’une interruption supérieure à deux mois entraîne une perte progressive des acquis, pouvant atteindre un seuil critique. Cette rupture prolongée fragilise la continuité des apprentissages et accentue les inégalités.
Un système pédagogique centré sur la mémorisation
Pour Ahmed Tessa, cette situation s’explique par un ensemble de facteurs structurels. Il évoque notamment un système pédagogique centré sur la mémorisation au détriment des compétences analytiques, critiques et créatives. À cela s’ajoutent des lacunes dans le recrutement et la formation des enseignants, une année scolaire écourtée, ainsi qu’une surcharge des journées d’enseignement.
La question des conditions climatiques, souvent avancée pour justifier l’allongement des vacances, notamment dans le sud du pays, ne convainc pas le pédagogue. Il cite des exemples internationaux, comme celui de la Jordanie, où les températures estivales extrêmes n’empêchent pas une organisation scolaire plus équilibrée. Pour lui, il s’agit avant tout d’un problème de moyens et de gestion.
Il plaide ainsi pour des solutions concrètes : amélioration des infrastructures, généralisation de la climatisation dans les établissements, développement des internats modernes et adaptation des horaires. Mais surtout, il insiste sur l’urgence d’une refondation globale du système éducatif, libérée des contraintes bureaucratiques et des approches idéologiques qui freinent l’innovation pédagogique.
En filigrane, c’est toute la question de la qualité de l’enseignement en Algérie qui est posée. Car au-delà du calendrier scolaire, c’est la capacité du système à former des citoyens autonomes, critiques et créatifs qui est en jeu.
S.B.



