Depuis le début de l’année 2026, l’or et l’argent ont connu des records historiques, mais les récents événements au Moyen-Orient ont inversé la tendance. Traditionnellement considérés comme des valeurs refuges, ces métaux précieux ont vu leurs prix chuter de manière significative, effaçant une grande partie des gains accumulés en début d’année. Une dynamique paradoxale, mais expliquée par plusieurs facteurs économiques et géopolitiques.
Une vente massive pour récupérer des liquidités
Face à l’incertitude provoquée par la guerre, les investisseurs ont dû vendre rapidement certains actifs pour récupérer du cash et compenser leurs pertes. L’or, qui avait atteint fin janvier près de 5.600 dollars l’once, a été particulièrement touché. « Après des années de constitution de stocks, on s’attend à ce que les pays du Moyen-Orient se débarrassent d’une grande partie de leurs réserves alors que leurs revenus énergétiques s’effondrent », explique Joshua Mahony, analyste chez Scope Markets.
Ainsi, l’once d’or ne se négocie plus qu’autour de 4.580 dollars, tandis que l’argent, qui avait dépassé 120 dollars, tombe aujourd’hui à environ 73 dollars. La vente d’or et d’argent a permis aux investisseurs de récupérer des dollars, nécessaires pour les transactions pétrolières, dont les prix ont flambé en raison du blocage du détroit d’Ormuz et des frappes sur les infrastructures énergétiques.
Les taux d’intérêt et la demande industrielle pèsent
À moyen terme, la flambée des prix de l’énergie pourrait provoquer une inflation qui inciterait la Réserve fédérale américaine et d’autres banques centrales à relever leurs taux d’intérêt. Dans ce contexte, les obligations et le dollar redeviendraient des valeurs refuges plus attractives que les métaux précieux. « L’or ne rapporte aucun rendement et est donc moins intéressant là où les liquidités pourraient offrir des retours plus élevés », explique Russ Mould, analyste chez AJ Bell.
L’argent subit également les inquiétudes liées à la demande industrielle. Utilisé dans les panneaux solaires, les batteries de véhicules électriques ou encore les centres de données, il pâtit de la crainte d’un ralentissement économique mondial qui réduirait la consommation industrielle.
Le marché physique perturbé par la guerre
La guerre bloque le transport aérien de l’or et de l’argent vers et depuis Dubaï, plaque tournante de 20 % des flux mondiaux. Selon le Conseil mondial de l’or, le marché physique est temporairement court-circuité, les flux traditionnels de Londres vers l’Asie étant interrompus et les acheteurs régionaux mis hors-jeu. Le Moyen-Orient, qui avait acheté 270 tonnes d’or l’an dernier pour les besoins privés (bijoux, barres, pièces), représente près de 10 % de la demande mondiale privée. La demande locale n’est donc que retardée, mais le prix s’ajuste à la baisse à court terme.
Conséquences en Algérie : bijoux plus accessibles, mais précautions
En Algérie, le gramme d’or a connu une flambée spectaculaire entre fin 2025 et début 2026, passant de 26.000 à 40.000 DA en quelques mois. Début février, il se stabilisait autour de 37.000 DA. La récente chute du cours mondial a entraîné une baisse des prix en bijouterie, bien que de manière progressive. Certains bijoutiers ont appliqué une ristourne d’environ 5.000 DA par gramme, tandis que d’autres maintiennent encore leurs tarifs, car la matière première a été achetée à des prix élevés il y a plusieurs mois ou années.
Dans les boutiques d’Alger, la chute a suscité un afflux de clients cherchant à profiter de cette « occasion ». « La baisse des cours mondiaux de l’or est une petite goutte d’eau dans l’océan pour nos clients, mais cela reste une opportunité pour ceux qui avaient acheté leur matière première il y a plusieurs années », explique un bijoutier de la capitale.
Une valeur refuge toujours plébiscitée
Malgré cette chute, l’or reste considéré comme une protection sur le long terme contre l’instabilité économique et la dépréciation monétaire. Les analystes soulignent que, si la dette publique et la stagflation persistent, les investisseurs pourraient rapidement revenir vers les métaux précieux pour sécuriser leur capital.
Vers une reprise ou de nouvelles turbulences ?
L’évolution future des prix dépendra de plusieurs facteurs : la stabilité géopolitique au Moyen-Orient, la demande industrielle, et les décisions des grandes banques centrales en matière de taux. Pour le marché algérien, la question reste de savoir combien de temps cette baisse se maintiendra et si les bijoux, désormais un peu plus accessibles, retrouveront rapidement leurs niveaux précédents.
L.R.



