Au lendemain du départ surprise des Émirats arabes unis, le noyau solide de l’alliance pétrolière, emmené par l’Algérie et l’Arabie saoudite, a acté ce dimanche une hausse de sa production. Entre volonté de stabilisation et silences diplomatiques, le cartel tente de reprendre la main sur un marché sous haute tension.
Un front uni après le départ émirati
C’est une réunion par visioconférence aux allures de test de résilience qui s’est tenue ce dimanche 3 mai. Pour leur première rencontre depuis le retrait des Émirats arabes unis (EAU), les sept pays du groupe de concertation — l’Algérie, l’Arabie saoudite, la Russie, l’Irak, le Koweït, le Kazakhstan et Oman — ont choisi de répondre par l’action.
Le message politique est limpide : afficher une continuité inébranlable malgré la défection d’Abou Dhabi. Le communiqué final est d’ailleurs éloquent par son omission. En ne mentionnant à aucun moment les Émirats, les « Sept » actent une rupture consommée et soulignent les tensions persistantes au sein de la famille pétrolière après cette séparation historique.
Une hausse symbolique de 188 000 barils
Sur le plan technique, les ministres, dont l’Algérien Mohamed Arkab, ont convenu d’une augmentation collective des quotas de production de 188 000 barils par jour (bj) pour le mois de juin. Pour l’Algérie, cet ajustement se traduit par une hausse ciblée de 6 000 bj.
Cette décision s’appuie sur une lecture « encourageante » de la conjoncture. Malgré un récent ralentissement saisonnier, les fondamentaux du marché pointent vers une stabilisation progressive de l’économie mondiale et une dynamique de la demande qui devrait se renforcer dès les prochaines semaines.
L’ombre du détroit d’Ormuz et le défi russe : les limites de l’offre
Cependant, l’optimisme affiché par les chiffres se heurte aujourd’hui à une réalité géopolitique abrasive. Si l’augmentation de la production est actée sur le papier, sa matérialisation physique sur le marché mondial demeure largement incertaine. Deux obstacles majeurs viennent en effet assombrir le tableau.
D’abord, le goulot d’étranglement logistique paralyse les ambitions du Golfe. Bien que les pays de la région disposent de capacités de production excédentaires, celles-ci se heurtent au blocage du détroit d’Ormuz. Orchestrée par l’Iran en réponse à l’instabilité régionale, cette obstruction verrouille une voie de passage vitale : sans un accès libre à ce détroit, l’exportation de nouveaux barils reste purement hypothétique.
Ensuite, l’essoufflement productif de la Russie fragilise le second pilier du groupe. Si Moscou profite mécaniquement de la cherté des prix, le pays peine désormais à atteindre ses propres quotas. Entre le désinvestissement technologique occidental consécutif aux sanctions et les frappes récurrentes visant ses infrastructures pétrolières, l’industrie russe semble avoir atteint un véritable plafond de verre, limitant sa capacité de réaction face à la demande mondiale.
Une stabilité sous haute surveillance
Au-delà des barils, cette réunion réaffirme la doctrine de l’OPEP+ : une gestion « proactive et responsable ». En multipliant les concertations étroites, les pays du G7 entendent prouver qu’ils conservent le gouvernail du marché pétrolier international.
L’objectif est double : absorber l’impact du départ des Émirats et anticiper la reprise de la consommation globale, tout en naviguant dans les eaux troubles d’une géopolitique moyen-orientale et européenne plus volatile que jamais.
S.B.



