L’Assemblée populaire nationale (APN) s’apprête à franchir une étape décisive dans la redéfinition du paysage institutionnel du pays. Réunie en séance plénière ce lundi, la chambre basse du Parlement examinera, débattra puis soumettra au vote un projet de loi déterminant à la fois le nouveau découpage des circonscriptions électorales et la répartition des sièges parlementaires.
Selon un communiqué officiel, les travaux débuteront à 09h00 avec la présentation détaillée du texte, avant une discussion générale. Le vote est prévu dans l’après-midi, à partir de 15h00, marquant ainsi l’aboutissement d’un processus engagé dans un contexte de recomposition territoriale et démographique.
Une réforme dictée par la nouvelle organisation territoriale
Ce projet s’inscrit dans le prolongement direct de la révision de la loi relative à l’organisation territoriale, qui a entériné la création de onze nouvelles wilayas. Cette évolution administrative impose une adaptation du système de représentation nationale afin d’intégrer ces nouvelles entités dans les institutions de l’État.
Pour établir cette nouvelle carte électorale, les pouvoirs publics se sont appuyés sur plusieurs paramètres, notamment les données préliminaires du Recensement général de la population et de l’habitat de 2022, ainsi que sur les propositions formulées par les partis politiques. L’objectif affiché est d’assurer une représentation plus équilibrée, tenant compte des dynamiques démographiques et des réalités territoriales.
Un nombre de circonscriptions en nette hausse
Le texte propose de porter le nombre de circonscriptions électorales de 58 à 69 pour les élections législatives. À cet ensemble s’ajoute la circonscription dédiée à la communauté nationale établie à l’étranger, dont la représentation connaît une évolution notable.
Le nombre global de sièges à l’APN demeure inchangé, fixé à 407. Toutefois, la part réservée à la diaspora augmente sensiblement, passant de 8 à 12 sièges, traduisant une volonté de renforcer l’implication politique des Algériens de l’étranger.
Une nouvelle clé de répartition basée sur la population
Le projet introduit une règle de calcul reposant sur le poids démographique : un siège est attribué pour chaque tranche de 120 000 habitants, avec un siège supplémentaire accordé pour chaque tranche restante de 60 000 habitants. Par ailleurs, un seuil minimal est garanti, aucune wilaya ne pouvant disposer de moins de deux sièges, même si sa population est inférieure à 200 000 habitants.
Des ajustements notables dans les grandes wilayas
Plusieurs grandes wilayas enregistrent des évolutions significatives. La capitale, Alger, voit sa représentation réduite de 34 à 31 sièges. Oran perd également un siège, pour s’établir à 16 députés. À l’inverse, certaines wilayas à forte croissance démographique consolident leur poids parlementaire, à l’image de Sétif qui atteint 17 sièges, parmi les plus élevés à l’échelle nationale.
D’autres wilayas conservent une représentation importante, reflétant leur densité démographique, comme Tizi Ouzou et Blida avec 11 sièges chacune, ou encore Tlemcen avec 9 sièges. Constantine se voit attribuer 9 sièges, tandis que Skikda en obtient 10 et Annaba 6.
Une représentation territoriale élargie
La nouvelle configuration consacre également l’intégration des wilayas récemment créées, chacune bénéficiant de deux sièges à l’APN et d’un siège au Conseil de la nation. Cette mesure vise à garantir leur présence institutionnelle dès leur entrée dans l’organisation administrative du pays.
Dans le Sud, plusieurs wilayas voient leur représentation maintenue ou légèrement ajustée, avec une attention particulière portée aux spécificités géographiques et démographiques de ces régions. Ghardaïa disposerait ainsi de 4 sièges, tandis que des wilayas comme Timimoun, Bordj Badji Mokhtar ou In Guezzam se verraient attribuer 2 sièges chacune.
Des circonscriptions locales également concernées
Le texte ne se limite pas aux wilayas et introduit également des ajustements pour certaines circonscriptions locales. Plusieurs d’entre elles obtiennent entre deux et quatre sièges, en fonction de leur poids démographique, à l’image de Boussaâda, Aïn Oussara ou encore Ksar El Boukhari.
Une refonte parallèle du Conseil de la nation
La réforme s’étend également à la chambre haute du Parlement. Le projet met fin au principe uniforme de deux sièges par wilaya au Conseil de la nation. Désormais, la représentation sera modulée selon la population : les wilayas de plus de 250 000 habitants disposeront de deux sièges, contre un seul pour celles dont la population est inférieure à ce seuil.
Le tiers restant des membres continuera d’être désigné par le président de la République, conformément aux dispositions constitutionnelles. Au total, le Conseil de la nation comptera 118 sièges dans cette nouvelle configuration.
Vers une représentation plus équilibrée
À travers cette refonte d’envergure, les autorités entendent moderniser la carte électorale et adapter la représentation parlementaire aux mutations démographiques et territoriales du pays. Entre rééquilibrage régional, intégration des nouvelles wilayas et renforcement de la représentation de la diaspora, ce projet de loi marque une étape structurante dans l’évolution du système politique national.
Le vote attendu ce lundi à l’APN devrait ainsi sceller une transformation profonde de l’architecture représentative, appelée à encadrer les prochaines échéances électorales.
S.B.



