Alors que les dérèglements climatiques accentuent le stress hydrique mondial, l’Algérie affiche une résilience remarquable grâce à des précipitations exceptionnelles qui ont porté le taux national de remplissage des barrages à près de 60 %. Au cœur de cette renaissance bleue, le barrage géant de Beni Haroun franchit le seuil historique des 860 millions de mètres cubes stockés, s’imposant comme la vitrine d’une dynamique hydraulique nationale retrouvée.
Face aux disparités géographiques persistantes, l’État déploie une stratégie d’envergure nationale mêlant interconnexions des réseaux et diversification des ressources. En plaçant la sécurité hydrique au même rang que les urgences alimentaire et énergétique, les pouvoirs publics opèrent un virage historique où les mégaprojets de dessalement et d’économie circulaire dessinent les contours d’une véritable souveraineté de l’or bleu.
L’Algérie franchit une étape cruciale dans sa quête de sécurité hydrique. À la faveur d’une pluviosité particulièrement généreuse cette année, les réserves hydriques nationales affichent une santé retrouvée, contrastant de manière saisissante avec les affres du stress hydrique imposé par les dérèglements climatiques globaux. Au cœur de cette embellie, le barrage de Beni Haroun, véritable géant des infrastructures hydrauliques du pays, s’impose comme le symbole de cette renaissance bleue en voyant son volume de stockage franchir le seuil impressionnant des 860 millions de mètres cubes, atteignant ainsi un taux de remplissage maximal de 100 %.
Ce tableau pastoral, fortifié par une vingtaine d’autres infrastructures à travers le territoire national ayant fait le plein de leurs capacités, s’inscrit néanmoins dans une réalité plus complexe. Entre excédents locaux, disparités régionales et une vision prospective axée sur la diversification des ressources, l’Algérie déploie une stratégie d’envergure. Le gouvernement érige désormais la gestion de l’or bleu au même rang de priorité nationale que les sécurités alimentaire et énergétique, articulant son action autour de la modernisation de ses réseaux, de l’interconnexion des ouvrages et du recours massif aux technologies alternatives.
Une dynamique de remplissage contrastée mais prometteuse
Invitée récente des ondes de la Chaîne 3 de la Radio algérienne, la direction générale de l’Agence nationale des barrages et des transferts (ANBT), par la voix de son premier responsable Abdelatif Azira, a dressé un bilan optimiste mais rigoureux de la situation hydrique du pays. Actuellement, le taux national de remplissage des barrages oscille dans une fourchette rassurante comprise entre 55 % et 59 %, ce qui représente une masse d’eau stockée de 4,6 milliards de mètres cubes. Cette moyenne globale, déjà substantielle par rapport aux niveaux critiques enregistrés au cours des hivers précédents où les indicateurs flirtaient avec les 50 %, est appelée à progresser de manière significative au cours des prochaines semaines sous l’effet des nouveaux apports et des ruissellements attendus.
Cette dynamique d’accumulation cache cependant des réalités géographiques disparates. Si le fleuron de Mila, Beni Haroun, déborde de vitalité aux côtés des barrages de Tichy-Haf à Béjaïa, de Bouhanifia à Mascara, ainsi que des ouvrages névralgiques de Relizane et de Tiaret, tous saturés à 100 %, la situation demeure précaire dans d’autres contrées. Une quinzaine de barrages, localisés principalement dans les wilayas de Batna, Bordj Bou Arréridj et Tlemcen, accusent un déficit persistant avec des taux de remplissage qui peinent à franchir la barre des 30 %. Pour pallier ces déséquilibres de la nature, l’ANBT s’appuie sur le système d’interconnexion des réseaux, un dispositif technique sophistiqué mis en œuvre par le secteur de l’hydraulique pour transférer les volumes excédentaires vers les zones déficitaires et garantir, de fait, une distribution équitable et continue de l’eau potable à l’échelle du territoire.
Expansion du réseau et transition vers une économie circulaire
Pour consolider ce patrimoine, l’Algérie, qui exploite actuellement un parc de 82 barrages, se projette résolument vers l’avenir en étendant ses capacités de stockage. Cinq nouvelles infrastructures d’envergure se trouvent aujourd’hui à des stades d’avancement particulièrement mûrs. Le signal de cette expansion a d’ailleurs été donné avec la mise en eau officielle du barrage d’Oued Lazreg, situé dans la wilaya de Khenchela. Loin de s’arrêter à ces chantiers imminents, l’ANBT a d’ores et déjà engagé vingt-huit études d’avant-projet détaillé pour la construction future de nouveaux barrages répartis stratégiquement entre les régions Ouest, Centre et Est du pays.
Au-delà de la simple édification de barages en béton, la gouvernance de l’eau intègre une dimension environnementale et économique nouvelle. Le phénomène d’envasement, qui ampute traditionnellement les capacités de stockage des ouvrages et constitue un véritable casse-tête pour les gestionnaires, fait l’objet d’un changement de paradigme. L’agence de tutelle ambitionne de transformer cette contrainte technique en une opportunité économique viable, notamment par la valorisation des sédiments extraits. Parallèlement à ces enjeux industriels, la préservation des vies humaines reste au centre des préoccupations, illustrée par le déploiement immédiat de campagnes de sensibilisation d’envergure visant à prévenir les risques de noyade au sein de ces retenues d’eau artificielles, qui se multiplient à l’approche de la saison estivale.
Le mix hydrique comme rempart contre le stress climatique
Située au cœur d’une zone géographique soumise à une aridité structurelle que les changements climatiques ne font qu’accentuer, l’Algérie a compris que la seule dépendance aux eaux de surface ne saurait garantir sa pérennité. Pour bâtir une souveraineté hydrique inébranlable et répondre aux besoins d’une population dont le taux de raccordement aux réseaux d’eau potable atteint le niveau remarquable de 98 %, l’État a opéré un virage stratégique majeur vers la diversification des modes d’approvisionnement. Cette politique repose sur une articulation fine entre les eaux superficielles, l’exploitation raisonnée des nappes souterraines, le dessalement intensif de l’eau de mer et le traitement des eaux usées.
Le dessalement de l’eau de mer s’impose désormais comme la clé de voûte de cette émancipation climatique. Avec un parc industriel solide de 24 stations opérationnelles, renforcé par la mise en service récente de cinq mégastructures, la production nationale de ce secteur atteint le volume quotidien de 3,7 millions de mètres cubes. L’objectif ultime des autorités publiques est clair : couvrir 62 % des besoins nationaux en eau potable grâce au dessalement à l’horizon 2030, libérant ainsi les eaux de barrage pour d’autres usages vitaux.
En parfaite synergie, le segment du traitement des eaux usées bénéficie d’une impulsion budgétaire historique. La loi de finances consacre des enveloppes substantielles au développement du traitement tertiaire, permettant de purifier les eaux épurées pour les destiner prioritairement à l’irrigation agricole. Des projets structurants voient le jour à travers le pays, à l’instar de la nouvelle station de Tindouf, affirmant la volonté de l’Algérie de transformer chaque goutte d’eau disponible en un levier de développement durable et de justice sociale interrégionale.
À l’heure où la préservation de chaque goutte d’eau devient un impératif de sécurité nationale, l’Algérie prouve qu’elle sait transformer ses défis climatiques en leviers de développement. Le spectacle des déversoirs de Beni Haroun et de la vingtaine de barrages saturés à 100 % ne doit pas occulter la rigueur d’une gestion à long terme, mais plutôt fortifier la transition amorcée vers un mix hydrique moderne. En unifiant le pays par des systèmes de transfert d’ingénierie complexe et en étendant son parc d’infrastructures, l’État garantit déjà un accès quasi universel à l’eau potable, jetant ainsi les bases d’une équité territoriale durable.
L’avenir se jouera désormais dans la pérennisation de ce modèle, où le dessalement de l’eau de mer et la réutilisation des eaux épurées pour l’agriculture viendront définitivement sécuriser les besoins des générations futures.
L.R.



