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lundi 12 octobre 2026

L’association Dar Waha de Constantine :  le combat d’un refuge, le rêve d’un hôpital

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À Constantine, l’association Waha s’apprête à franchir le cap de ses quinze années d’engagement auprès des personnes atteintes de cancer. À Dar Waha, dans la nouvelle ville Ali Mendjeli, la solidarité se matérialise à travers des hébergements, des repas, un accompagnement psychologique, des aides matérielles et un espace consacré à l’apprentissage. Mais derrière cette œuvre patiemment construite grâce à la générosité collective, une ambition demeure en attente : la création d’un hôpital dédié aux enfants atteints de cancer. Un projet suspendu à la mise à disposition du terrain nécessaire, alors que les besoins de prise en charge et d’accompagnement continuent de mobiliser l’association.

Une maison contre la solitude

À Dar Waha, le combat contre le cancer ne se limite pas aux soins. Il se prolonge dans les gestes du quotidien, l’écoute, l’hébergement, l’aide matérielle et la présence auprès de celles et ceux que la maladie fragilise. Implantée à l’unité de voisinage 18 de la nouvelle ville Ali Mendjeli, à Constantine, cette structure est devenue, au fil des années, un lieu de passage, de repos et de réconfort pour des patients venus de différentes localités de l’Est algérien.

Derrière ses murs, l’association Waha a progressivement bâti un dispositif d’accompagnement qui prend en compte les conséquences multiples du cancer. Car la maladie ne bouleverse pas seulement l’état de santé, elle désorganise les familles, fragilise les ressources financières, impose des déplacements parfois longs et répétés et expose les malades à un isolement qui peut peser aussi lourdement que les contraintes du traitement.

Le reportage réalisé au sein de Dar Waha donne à voir cette réalité à travers les espaces d’accueil, les activités de l’association et les femmes qui témoignent de leur expérience dans les locaux. Les images montrent également des lieux consacrés à l’hébergement et à l’accompagnement, des espaces de rangement et de distribution de vêtements, ainsi que des signes visibles de la mobilisation contre le cancer, notamment le « ruban rose », devenu un symbole de sensibilisation.

Cette présence concrète résume la vocation de Waha : apporter une réponse humaine à des besoins qui débordent largement du cadre médical. Il s’agit d’offrir aux malades et à leurs proches un environnement où ils peuvent trouver une aide, préserver leurs repères et traverser les périodes difficiles sans avoir à affronter seuls toutes les conséquences de la maladie.

Quinze ans de combat solidaire

Fondée en novembre 2011, l’association approche de son quinzième anniversaire. Une étape symbolique pour une structure qui a fait de l’accompagnement des personnes atteintes de cancer le cœur de son engagement. Au fil des années, Waha a développé une action qui associe aide sociale, orientation, prestations spécialisées, soutien psychologique et initiatives destinées à préserver la dignité des patients.

À l’occasion de la célébration de son quatorzième anniversaire, organisée en janvier 2026, son président, Ahmed Zemouli, avait présenté le bilan de l’exercice écoulé et réaffirmé les grandes orientations de l’association. Les chiffres communiqués témoignent de l’étendue des besoins auxquels elle tente de répondre, mais aussi de la diversité des interventions nécessaires pour accompagner les personnes malades.

L’association a notamment fait le choix d’une prise en charge qui ne s’arrête pas à la délivrance d’une aide ponctuelle. Orienter un patient, suivre sa situation, faciliter son séjour, lui fournir une assistance matérielle ou lui permettre de bénéficier d’une écoute, constituent autant de maillons d’un accompagnement continu.

Cette approche repose sur une conviction essentielle : la lutte contre le cancer ne peut être pleinement efficace si elle néglige les dimensions sociale, psychologique et familiale de la maladie. Les traitements sont indispensables, mais les conditions dans lesquelles ils sont suivis comptent également. Pour les patients éloignés des structures de soins, l’hébergement et l’assistance peuvent ainsi devenir des facteurs déterminants dans la continuité du parcours thérapeutique.

Un hôpital pédiatrique en ligne de mire

Parmi les ambitions portées par Ahmed Zemouli, une se distingue par sa portée et par les enjeux qu’elle soulève : la réalisation d’un hôpital consacré aux enfants atteints de cancer, sur un terrain jouxtant le siège de l’association, à Ali Mendjeli.

Présenté lors de la célébration du quatorzième anniversaire de Waha, en janvier 2026, ce projet entend prolonger l’expérience acquise par l’association dans l’accompagnement des malades et de leurs familles. Il répond à une préoccupation particulière, celle de la prise en charge des enfants, pour lesquels la maladie intervient à un âge où se construisent les apprentissages, les relations sociales et les premiers repères de l’autonomie.

L’ambition est de disposer d’un établissement adapté aux besoins des jeunes patients, tout en offrant un environnement plus approprié à leurs familles. Dans un tel parcours, les exigences médicales se conjuguent à des besoins spécifiques en matière de soutien psychologique, d’encadrement et de maintien des habitudes de vie.

Mais le projet reste conditionné à l’accord des autorités compétentes pour la mise à disposition du foncier nécessaire. À l’approche du quinzième anniversaire de l’association, cette décision demeure l’étape attendue pour envisager la suite.

Le contraste est saisissant entre, d’une part, l’infrastructure d’accueil déjà développée par Waha grâce à la mobilisation de ses soutiens et, d’autre part, ce projet hospitalier qui attend encore le cadre foncier indispensable à sa concrétisation. L’expérience acquise sur le terrain constitue un socle, mais elle ne saurait se substituer aux décisions administratives nécessaires à la réalisation d’un équipement de cette nature.

Pour l’association, l’enjeu dépasse donc la construction d’un bâtiment supplémentaire. Il s’agit de donner une nouvelle dimension à son action en faveur des enfants atteints de cancer et de leurs proches.

L’école, un rempart contre la rupture

Chez les enfants et les adolescents atteints de cancer, la maladie menace également un autre équilibre : celui de la scolarité. Les hospitalisations, les consultations répétées, les traitements et la fatigue peuvent interrompre les apprentissages, éloigner les jeunes malades de leurs camarades et fragiliser leur rapport à l’école.

Or, continuer à apprendre, même dans des conditions adaptées, ne relève pas d’un simple confort. La scolarité contribue au maintien des repères, à la confiance en soi et au sentiment de poursuivre une vie qui ne se résume pas à la maladie.

C’est dans cette perspective que l’espace pédagogique de Dar Waha prend tout son sens. La structure dispose de quatre résidences destinées aux adultes et aux enfants, ainsi que d’un espace consacré à l’apprentissage. Les jeunes patients hébergés avec leurs accompagnateurs peuvent ainsi préserver un lien avec le monde scolaire pendant les longues périodes liées aux soins.

Cette continuité demeure un défi collectif. Elle suppose une articulation entre les familles, les établissements de santé, les acteurs de l’éducation, les dispositifs publics et les associations spécialisées. Aucun de ces intervenants ne peut, à lui seul, répondre à l’ensemble des difficultés rencontrées par les enfants malades.

Préserver la scolarité revient également à protéger une part de leur avenir. En maintenant une activité intellectuelle et un lien avec les apprentissages, l’accompagnement contribue à éviter que la maladie ne provoque une rupture durable avec la vie sociale.

Le projet d’hôpital pédiatrique porté par Waha s’inscrit dans cette continuité. Il traduit la volonté de penser les besoins de l’enfant au-delà du seul traitement, en tenant compte de son environnement, de ses proches et de son développement.

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Dar Waha, une oasis construite par la générosité

S’étendant sur une superficie de 6 000 mètres carrés, Dar Waha rassemble plusieurs espaces complémentaires. Outre les résidences et l’espace pédagogique, le site comprend un espace spirituel, un restaurant et les bureaux de l’association, selon les informations communiquées par le professeur Aberkane.

L’ensemble forme un dispositif d’accueil qui répond à différentes nécessités de la vie quotidienne. Les patients et leurs accompagnateurs peuvent y trouver un hébergement, des repas et un environnement conçu pour faciliter leur séjour durant les périodes de traitement.

Cette organisation prend toute son importance pour les personnes contraintes de se déplacer depuis d’autres localités. Les frais de transport, de restauration et d’hébergement peuvent alourdir considérablement le coût global de la maladie. À ces dépenses s’ajoutent parfois la perte de revenus, les contraintes professionnelles des proches et les difficultés à maintenir l’équilibre familial.

En proposant une structure d’accueil, Waha contribue à réduire une partie de ces charges indirectes. L’aide apportée ne remplace pas les soins, mais elle facilite les conditions dans lesquelles les patients y accèdent et les poursuivent.

Dar Waha est aussi le produit d’une mobilisation collective. Sa création et son fonctionnement reposent sur les dons de bienfaiteurs, l’engagement des bénévoles et les contributions de citoyens anonymes. Lors de la célébration du quatorzième anniversaire, un hommage appuyé avait d’ailleurs été rendu aux partenaires et aux donateurs dont le soutien a permis de faire vivre cette initiative.

Cette dimension est essentielle. Dans un domaine où les besoins sont permanents et les ressources nécessairement sollicitées, la solidarité ne peut être réduite à une intervention exceptionnelle. Elle doit s’inscrire dans la durée, se renouveler et s’organiser pour répondre à des situations souvent complexes.

Des chiffres derrière les visages

Le bilan de l’année 2025 permet de mesurer l’ampleur de l’activité de l’association. Lors de sa présentation en janvier 2026, Ahmed Zemouli avait insisté sur une vision de l’accompagnement fondée sur la dignité, la proximité et la solidarité. Les indicateurs communiqués donnent corps à cette orientation.

Les services d’accueil et d’orientation ont reçu 1 833 personnes au cours de l’exercice. Parallèlement, 142 dossiers ont bénéficié d’un suivi régulier et personnalisé. Ces données traduisent l’importance du travail d’orientation et de l’accompagnement administratif et social, souvent indispensables pour permettre aux patients de mieux s’y retrouver dans les différentes étapes de leur parcours.

En matière de prestations médicales et paramédicales, l’association a assuré 2 870 prestations au profit de 980 patients, dont 833 femmes et 147 hommes. Elle a également distribué 258 prothèses mammaires et 204 coussins cardiaques, destinés à améliorer le confort et à accompagner la période post-thérapeutique.

Ces aides matérielles répondent à des besoins concrets, qui touchent autant au confort physique qu’à l’image de soi et à la reconstruction personnelle. Après certains traitements, retrouver une apparence dans laquelle on se reconnaît, se réapproprier son corps et reprendre confiance constituent des étapes importantes du rétablissement.

L’action sociale occupe, elle aussi, une place majeure dans le bilan. Des milliers de vêtements ont été remis à des personnes démunies, tandis que plus de 20 000 repas complets ont été servis aux patients et aux résidents de la maison d’accueil.

Ces chiffres ne rendent pas compte, à eux seuls, de la totalité du travail accompli. Ils révèlent néanmoins la diversité des besoins auxquels l’association tente de répondre, depuis l’orientation initiale jusqu’aux aides les plus quotidiennes.

Derrière chaque repas, chaque vêtement distribué, chaque dossier suivi ou chaque prestation figurent des situations individuelles, des familles confrontées à l’incertitude et des personnes qui cherchent à préserver leurs conditions de vie malgré la maladie.

Une action qui dépasse l’assistance

L’association ne limite pas son intervention aux services directement proposés aux malades. Elle mène également un travail d’étude sur les cas de cancer enregistrés dans la région de Constantine, leur prévalence, leur incidence psychologique et leur coût.

Cette démarche vise à mieux documenter les réalités rencontrées sur le terrain et à mettre en perspective les conséquences de la maladie pour les patients et leurs familles. Les données recueillies peuvent contribuer à identifier les besoins, à éclairer les difficultés d’accès à l’accompagnement et à mieux cerner les charges économiques et sociales associées au cancer.

Sur la base de cette expérience, Waha a élaboré un plaidoyer réunissant des données établies par des spécialistes sur la situation du cancer dans la wilaya. L’association entend ainsi apporter une contribution à la réflexion et à l’action à l’échelle nationale.

Cette dimension mérite d’être soulignée. Les associations de terrain sont régulièrement confrontées à des réalités que les seuls indicateurs médicaux ne suffisent pas à décrire. Elles observent les difficultés de déplacement, les besoins d’hébergement, les conséquences sur les revenus, les ruptures de scolarité et les attentes des familles.

À condition que les données soient consolidées, documentées et mises en perspective, cette expérience peut nourrir le dialogue entre les acteurs associatifs, les professionnels de santé et les pouvoirs publics. Elle peut aussi aider à mieux définir les priorités de l’accompagnement et les moyens nécessaires à sa pérennité.

Pour Waha, l’enjeu est donc double : répondre aux besoins immédiats des personnes accueillies tout en contribuant à une meilleure compréhension des difficultés auxquelles elles sont confrontées.

L’épreuve du temps et des moyens

À mesure que son action s’étend, l’association doit maintenir un équilibre entre la continuité des services, les besoins croissants des bénéficiaires et la mobilisation des ressources indispensables à son fonctionnement. L’hébergement, la restauration, les prestations spécialisées, le soutien psychologique et les aides matérielles nécessitent une organisation permanente.

Le recours à la générosité des donateurs et des bénévoles a permis de bâtir une structure d’accueil importante. Mais la pérennité d’un tel dispositif dépend aussi de la capacité à maintenir cette mobilisation dans la durée et à inscrire les initiatives dans une organisation adaptée aux besoins.

Le projet d’hôpital pédiatrique concentre ces enjeux. Il représente une perspective majeure pour l’association, mais sa concrétisation exige une décision sur le foncier et les étapes nécessaires à la réalisation d’un établissement de cette nature. L’ambition, aussi forte soit-elle, ne pourra franchir ce cap sans l’intervention des autorités compétentes.

Dans l’intervalle, Dar Waha poursuit ses missions. L’association continue d’accueillir, d’orienter, de soutenir et d’accompagner, en s’appuyant sur les moyens dont elle dispose et sur la solidarité qui a permis son développement.

À l’approche de son quinzième anniversaire, elle peut mesurer le chemin parcouru sans perdre de vue les besoins qui restent à satisfaire. Son bilan témoigne d’une activité diversifiée, mais rappelle aussi l’importance d’un accompagnement qui ne se limite pas à l’urgence et qui considère les malades dans toutes les dimensions de leur vie.

Le prochain cap, sans perdre l’essentiel

Quinze années après sa fondation, Waha Solidarités incarne une forme d’engagement qui s’enracine dans la proximité. À Dar Waha, la lutte contre le cancer prend la forme d’un repas partagé, d’un hébergement rendu possible, d’un dossier suivi, d’une aide matérielle, d’une écoute ou d’un espace où l’enfant peut continuer à apprendre.

Cette réalité donne sa cohérence à l’action de l’association. Les soins restent au cœur du combat contre la maladie, mais l’accompagnement social et humain contribue à en rendre le parcours moins éprouvant pour les patients et leurs proches.

La perspective d’un hôpital consacré aux enfants atteints de cancer ouvre désormais un nouvel horizon. Elle traduit la volonté de prolonger l’expérience de terrain dans un projet d’une autre ampleur, dont la réalisation demeure tributaire de la mise à disposition du terrain.

En attendant cette décision, la maison poursuit son travail. Les chiffres de 2025 attestent de l’étendue de son engagement ; les espaces d’accueil et les personnes rencontrées dans le reportage en donnent une représentation plus concrète.

Au-delà des anniversaires et des bilans, la véritable mesure de Dar Waha réside dans cette capacité à faire de la solidarité une présence quotidienne. Et dans cette ambition qui demeure, malgré les attentes : faire en sorte que, face au cancer, aucun malade ne soit abandonné à la solitude.

                                                                                                                   Samir B. et Mohamed B.

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