Le paysage littéraire national a célébré ses plus belles expressions lors de la cérémonie officielle de remise du Grand Prix Assia Djebar, marquée par le triomphe éclatant de l’essayiste et auteur constantinois Hosni Kitouni.
Couronné dans la catégorie de langue française pour son récit bouleversant “ Ce que la mort m’a pris de toi ”, l’écrivain confirme la vitalité intellectuelle de la ville des Ponts suspendus et s’impose durablement comme une voix majeure de la création contemporaine.
Placée sous le haut patronage du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, cette 8e édition pilotée par l’Entreprise nationale de communication, d’édition et de publicité (ANEP) a également mis à l’honneur Sarah Mohamed Maariche en langue arabe et Farida Sahoui en langue amazighe.
Dans une atmosphère empreinte d’émotion et de solennité, l’événement a rendu un hommage vibrant à l’héritage d’Assia Djebar tout en ancrant les lettres nationales au cœur des enjeux contemporains de mémoire et de transmission.
L’école constantinoise
En s’imposant dans la catégorie francophone avec son ouvrage paru aux éditions Casbah, Hosni Kitouni porte haut les couleurs d’une tradition littéraire constantinoise d’une richesse inépuisable.
Reconnu pour sa rigueur historiographique et sa plume d’une rare finesse, l’auteur explore dans son livre les méandres du souvenir, du deuil et de la quête identitaire avec une pudeur poignante qui a su convaincre le jury.
Ce sacre vient récompenser une démarche artistique exigeante qui puise dans la profondeur de la mémoire collective pour éclairer le présent avec beaucoup de justesse. Cette consécration met ainsi en lumière la force d’une narration profondément enracinée dans le terroir constantinois, tout en parvenant à embrasser des thématiques universelles qui touchent au plus profond de l’âme humaine.
Une cérémonie solennelle
Organisée sous le thème fédérateur “ Dans la mémoire, les racines de demain ”, la cérémonie s’est déroulée au Centre international de conférences (CIC) Abdelatif-Rahal à Alger devant un parterre prestigieux de personnalités publiques, politiques et artistiques.
L’assemblée a rassemblé de hauts responsables, parmi lesquels le ministre de la Communication, Mohamed Bouslimani, le président du Haut Conseil de la langue arabe, Salah Belaïd, ainsi que le secrétaire général du Haut-commissariat à l’amazighité, Si El Hachemi Assad.
La présence remarquée et émouvante de l’ancienne ministre, moudjahida et écrivaine Zhor Ounissi a conféré à cette célébration une dimension historique incontestable, soulignant le lien indissoluble entre les combats d’hier et l’épanouissement culturel d’aujourd’hui.
Trois lauréats, trois langues
La pluralité linguistique de l’Algérie s’est exprimée dans toute sa splendeur à travers un palmarès équilibré qui consacre la vitalité créative du pays. Dans la catégorie du roman écrit en langue arabe, la romancière Sarah Mohamed Maariche s’est vu décerner la haute distinction pour son œuvre “ Er’rafraf ”, sous-titrée chronique de la légende de la montagne et publiée aux éditions Nemoris.
Du côté de l’expression en langue amazighe, les suffrages se sont portés sur Farida Sahoui pour son roman “ Aggus ”, qui signifie “ La ceinture ”, paru chez Talsa. Ces distinctions croisées illustrent parfaitement l’émulation artistique qui insuffle une dynamique remarquable à l’ensemble des champs linguistiques nationaux.
Jury et trophée
Le délicat travail de sélection a été mené à bien par un jury pluridisciplinaire d’exception composé de dix personnalités reconnues du monde universitaire, de la critique littéraire, de la traduction et de la sociologie.
Placé sous la présidence de Hakim Miloud, ce comité regroupait des figures éminentes telles que Maïssa Bey, Mustapha Madi, Hamid Bouhabib, Cherif Meribai, Meriem Guemache, Leïla Hamoutène, Ahcene Mariche, Koussaïla Alik et Idir Belali.
Cette 8e édition a également été marquée par la présentation officielle du nouveau trophée du Grand Prix Assia Djebar, une création artistique pérenne qui sera désormais décernée lors des futures éditions pour perpétuer la mémoire de l’académicienne disparue en 2015.
Héritage et avenir
Institué il y a plus d’une décennie, le Grand Prix Assia Djebar s’impose désormais comme le baromètre incontournable de la création romanesque en Algérie. En célébrant l’œuvre monumentale d’une femme de lettres qui fut une figure de proue de la francophonie et de l’arabité, cette distinction continue de stimuler l’émulation littéraire et d’offrir une vitrine d’excellence aux auteurs de talent.
En couronnant la voix singulière de Hosni Kitouni et de ses consœurs lauréates, cette édition confirme avec éclat que la littérature demeure le gardien vigilant de la mémoire et le terreau le plus fertile sur lequel s’édifient les promesses de l’avenir.
M.S



