Le projet de nouveau code de la route en Algérie, adopté par l’Assemblée populaire nationale (APN) le 24 décembre dernier, continue de susciter de vives réactions, avant même son passage au Conseil de la nation et son entrée en vigueur. Destiné à réduire le nombre de morts sur les routes, le texte a provoqué dès le 1er janvier des mouvements de grève de la part de certains transporteurs, notamment des chauffeurs de taxis et de camions, dénonçant des sanctions jugées excessives.
Classées en quatre catégories selon leur gravité, les infractions prévues par le projet de loi entraînent des amendes allant jusqu’à 12000 dinars et, pour certains comportements, des peines de prison. Le gouvernement justifie ces mesures par la nécessité de lutter contre le «terrorisme routier» qui frappe le pays. Selon la Délégation nationale à la sécurité routière (DNSR), ces dispositions visent à renforcer la prévention, instaurer une culture routière et clarifier les responsabilités des conducteurs et des piétons.
Le texte élargit également le champ de responsabilité aux auto-écoles, aux inspecteurs, aux gestionnaires du réseau routier et aux agents de contrôle. Il fixe des exigences techniques pour les véhicules et prévoit des mesures de suivi et de contrôle numériques. Un volet incitatif est également prévu, avec la création d’un «prix du président de la République» pour encourager le respect des règles de sécurité.
Pourtant, cette approche coercitive rencontre une certaine opposition. Des partis politiques, comme le RCD et le FFS, dénoncent un texte adopté «dans la précipitation?» et sans concertation avec les professionnels concernés, ce qui aurait provoqué la grève actuelle. Le secrétaire général du RND, Moundher Bouden, a plaidé pour une révision afin de concilier la lutte contre le terrorisme routier et la protection des droits des transporteurs.
Face aux contestations, le gouvernement a rencontré l’Union nationale des transporteurs (UNAT) et pris trois engagements: réviser les tarifs de transport selon les coûts réels d’exploitation, modifier le code pour intégrer les revendications des professionnels et mettre en place des mesures d’accompagnement pour améliorer les conditions d’exercice. Sur cette base, l’UNAT a appelé ses membres à reprendre le travail pour garantir le bon fonctionnement de la chaîne logistique.
L’urgence d’une législation plus stricte face aux accidents mortels sur les routes
Malgré ces concessions, le débat reste vif. Certains estiment que la grève, intervenue juste après le début de l’année, sert des intérêts politiques, tandis que d’autres rappellent l’urgence d’une législation plus stricte face aux accidents mortels sur les routes. Entre volonté de réforme et tensions sociales, l’avenir du projet de code de la route reste donc suspendu à l’équilibre délicat entre sécurité routière et droits des professionnels.
Par ailleurs, la mise en œuvre du nouveau code soulève des questions pratiques sur le terrain. Les transporteurs s’inquiètent de la capacité des autorités à appliquer uniformément les sanctions et à assurer la formation et la sensibilisation des conducteurs. Certains experts pointent le risque que des règles strictes mais mal encadrées entraînent des conflits et une hausse de la contestation sociale plutôt qu’une réelle amélioration de la sécurité.
Enfin, le projet de loi pourrait marquer un tournant dans la culture routière en Algérie, si ses mesures préventives sont correctement appliquées. En responsabilisant chaque acteur – du conducteur à l’agent de contrôle – et en introduisant des outils numériques pour le suivi et l’évaluation des comportements, le code ambitionne de créer un environnement où la sécurité routière devient un enjeu collectif et non seulement individuel. Toutefois, la réussite de cette réforme dépendra largement du dialogue entre l’État, les professionnels et la société civile pour trouver un juste équilibre entre répression et accompagnement.



