Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a mis fin aux fonctions de Salah Eddine Taleb à la tête de la Banque d’Algérie. Son vice-gouverneur, Mouatassem Boudiaf, assume désormais l’intérim dans un contexte marqué par la réforme du cash, les exigences de conformité aux standards internationaux et les pressions sur le secteur bancaire.
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a officiellement limogé Salah Eddine Taleb, gouverneur de la Banque d’Algérie (BA), dimanche. Dans la foulée, Mouatassem Boudiaf, jusqu’alors vice-gouverneur, a été chargé d’assurer la direction par intérim de la banque centrale, selon un communiqué de la présidence.
Nommé gouverneur le 23 mai 2022, M. Taleb avait précédemment occupé le poste de secrétaire général du Conseil de la Monnaie et du Crédit, où il avait déjà acquis une expérience pointue des rouages de la politique monétaire et du contrôle financier en Algérie. Son mandat à la tête de la BA a été marqué par des mesures audacieuses, mais parfois controversées, notamment la réforme du cash qui visait à limiter drastiquement les dépôts en espèces à partir de janvier 2026.
Cette mesure, qui devait entrer en vigueur le 1er janvier, a été reportée d’un mois afin de permettre aux entreprises, commerçants et particuliers de s’adapter à ce nouvel environnement. Dès le 1er février 2026, seuls les dépôts justifiés par l’activité réelle du client seront autorisés. L’objectif officiel de cette réforme était double : sécuriser les flux financiers et prévenir le blanchiment d’argent, tout en mettant le système bancaire algérien en conformité avec les normes du Groupe d’action financière (GAFI).
En octobre 2025, M. Taleb avait souligné que l’Algérie s’était engagée à mettre en œuvre le plan d’action du GAFI, visant à lever les réserves identifiées dans le 2ème rapport d’évaluation mutuelle du pays. À cette fin, le comité national d’évaluation des risques et le comité de coordination nationale supervisaient la refonte du cadre juridique et opérationnel de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme (LBC/FT). Ces efforts incluent la mise en place de procédures opérationnelles strictes, des formations pour les acteurs économiques et financiers, ainsi que des stratégies d’atténuation des risques à l’échelle nationale.
Des progrès cités par l’ICRG
Les progrès réalisés ont été reconnus par les évaluateurs internationaux du joint group (ICRG), ce qui constitue un signal positif pour l’Algérie et pourrait faciliter la sortie prochaine du pays de la liste des nations sous surveillance renforcée.
Malgré ces avancées, le limogeage de M. Taleb survient dans un contexte particulier. Sa décision concernant la fin du cash avait suscité de vives réactions parmi les commerçants et les opérateurs économiques, critiquant un manque de préparation et de communication autour de la réforme. Le secteur économique, bien que dynamique, reste attentif aux décisions de la Banque d’Algérie, qui peuvent influencer directement les flux financiers, la liquidité et les transactions.
Pour M. Taleb, la priorité était de préserver la stabilité du système bancaire tout en garantissant la conformité internationale. Il rappelait que la Banque d’Algérie est soumise à des règles strictes en matière de contrôle interne, de régulation du crédit, de gestion des liquidités et de supervision des changes. Ces normes visent à protéger les déposants et à garantir une stabilité financière durable, malgré les crises et les fluctuations économiques survenues ces dernières années.
Le limogeage du gouverneur intervient également à un moment où l’Algérie cherche à renforcer son dispositif réglementaire et prudentiel, assurer la transparence des opérations financières et maintenir la confiance des acteurs économiques. La Banque d’Algérie continue de jouer un rôle central dans la régulation de la circulation monétaire, la distribution du crédit et la solidité du système bancaire national.
Avec Mouatassem Boudiaf à la tête de la banque par intérim, les marchés et les acteurs économiques surveillent désormais de près les prochaines orientations de la politique monétaire et de la réforme bancaire, en espérant que les ajustements à venir permettront de concilier rigueur réglementaire et stabilité du secteur financier.
S.B.



