La Banque d’Algérie a officiellement annulé la mesure interdisant les versements en espèces sur les comptes commerciaux, mettant un terme à une décision qui avait provoqué de fortes réactions dans les milieux économiques. Ce revirement marque un nouvel épisode dans la gestion de la circulation du cash et de la modernisation des moyens de paiement, un chantier stratégique pour les autorités monétaires dans un contexte de transition économique.
La décision initiale remonte au 22 décembre dernier, lorsque la Banque d’Algérie avait annoncé l’interdiction, à compter du 23 décembre 2025, des versements en espèces sur les comptes commerciaux. Cette mesure visait, selon plusieurs observateurs, à renforcer la traçabilité des flux financiers, à lutter contre l’économie informelle et à encourager le recours aux moyens de paiement scripturaux. Toutefois, son application soudaine a rapidement suscité l’inquiétude des opérateurs économiques, en particulier des commerçants et des petites et moyennes entreprises, encore largement dépendants des transactions en cash.
Dans un environnement où le paiement électronique demeure insuffisamment généralisé et où les infrastructures numériques présentent encore des limites, de nombreux acteurs ont alerté sur les risques de perturbation de l’activité commerciale et de ralentissement des échanges. Face à ces appréhensions, la Banque d’Algérie avait, dans un premier temps, assoupli la mesure à la fin du mois de décembre, sans pour autant lever totalement l’interdiction.
C’est finalement lundi 5 janvier que le régulateur monétaire a décidé d’annuler purement et simplement l’instruction du 22 décembre. Dans une note officielle adressée aux banques et aux établissements financiers, la Banque d’Algérie informe que les règles de vigilance à l’égard de la clientèle doivent désormais être appliquées conformément au cadre en vigueur avant l’entrée en application de la mesure annulée. Autrement dit, les pratiques antérieures en matière de contrôle et de suivi des opérations sont rétablies.
Le document précise que l’alimentation des comptes commerciaux peut de nouveau s’effectuer aussi bien par des moyens de paiement scripturaux que par des versements en espèces, dans la limite du chiffre d’affaires quotidien ou hebdomadaire réalisé par les opérateurs. Cette précision vise à maintenir un certain encadrement de l’usage du cash, tout en tenant compte des réalités du tissu économique national. La Banque d’Algérie rappelle, à ce titre, que les opérations de la clientèle doivent être cohérentes avec le profil du client et en adéquation avec les informations détenues par l’établissement bancaire, conformément aux exigences de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement d’activités illicites.
L’annulation de cette mesure intervient dans un contexte institutionnel particulier, marqué par un changement à la tête de la Banque d’Algérie. Le même jour, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a mis fin aux fonctions du gouverneur Salah Eddine Taleb. Celui-ci a été remplacé par Mouatassem Boudiaf, jusque-là vice-gouverneur, chargé d’assurer l’intérim. Cette concomitance a renforcé les interprétations autour d’une volonté de réajustement de la politique monétaire et de communication du régulateur.
Au-delà de l’aspect réglementaire, cet épisode met en lumière les défis structurels auxquels est confrontée l’économie algérienne. La réduction de l’usage du cash et la promotion des paiements électroniques constituent des objectifs majeurs pour améliorer la transparence financière, élargir l’assiette fiscale et renforcer l’inclusion bancaire. Toutefois, leur mise en œuvre suppose un déploiement plus large des infrastructures numériques, une meilleure acceptation des moyens de paiement modernes par les commerçants et les consommateurs, ainsi qu’un accompagnement progressif des opérateurs économiques.
En revenant sur l’interdiction des versements en espèces, la Banque d’Algérie semble opter pour une approche plus graduelle, cherchant à concilier les impératifs de modernisation du système financier avec les contraintes opérationnelles du marché. Une démarche qui souligne la nécessité d’un équilibre entre réformes structurelles et réalités économiques, afin d’éviter toute rupture brutale susceptible de fragiliser l’activité commerciale et la croissance.



