Si l’Algérie dispose aujourd’hui d’un réseau autoroutier de près de 1 600 kilomètres, symbole d’un effort d’investissement massif dans les infrastructures, la réalité du terrain révèle toutefois des fragilités préoccupantes. Environ 180 kilomètres de tronçons, principalement situés sur l’autoroute Est-Ouest, se trouvent dans un état d’usure avancée et nécessitent une intervention urgente. L’alerte a été donnée par le directeur général de l’Algérienne des Autoroutes (ADA), Saïd Si Chaib, qui a confirmé l’inscription de ces segments dans un programme prioritaire de réhabilitation.
Invité de l’émission « L’Invité du Matin » sur la Chaîne 1 de la Radio nationale, le responsable a livré un diagnostic détaillé de l’état du réseau, tout en présentant les mesures correctives et les grands chantiers structurants engagés par les pouvoirs publics pour préserver la qualité des infrastructures et renforcer la sécurité des usagers.
L’autoroute Est-Ouest au cœur des préoccupations
Colonne vertébrale du réseau national, l’autoroute Est-Ouest concentre aujourd’hui l’essentiel des problématiques de dégradation. Face à cette situation, l’ADA a lancé une expertise technique approfondie accompagnée d’une étude de faisabilité économique portant sur un linéaire de 926 kilomètres, allant de la wilaya de Tlemcen à El Tarf.
Plusieurs segments ont été classés en priorité absolue, en raison de leur niveau de détérioration et de leur importance stratégique dans la circulation quotidienne. Sont notamment concernés le tronçon Birtouta – Khemis El Khechna, soumis à un trafic très dense, la rocade de Constantine (17 km), le segment Bouira – Larbaâtache, ainsi qu’un tronçon critique dans la wilaya de Aïn Defla.
Dans une première phase, les opérations de remise à niveau porteront sur 51 kilomètres, dès la mobilisation des financements prévus dans le cadre de la loi de finances 2026.
El Djebahia : un point noir qui cristallise les inquiétudes
Parmi les tronçons les plus sensibles figure le segment d’El Djebahia, dans la wilaya de Bouira. Long de 7 kilomètres, ce passage de l’autoroute Est-Ouest est devenu un véritable point noir de la sécurité routière, en raison du nombre élevé d’accidents qui y sont enregistrés.
Sa pente supérieure à 6 %, particulièrement dangereuse pour les poids lourds, aggrave les risques. En réponse, l’ADA a engagé dès 2025 des mesures d’urgence : réparations localisées de la chaussée, renforcement de la signalisation, amélioration de la visibilité. Mais ces interventions restent provisoires. Une étude technico-économique est actuellement en cours afin d’aboutir à une solution structurelle, incluant la possibilité de réaliser un nouveau tracé alternatif pour contourner définitivement ce tronçon à haut risque.
Un réseau stratégique de 1 600 km à préserver
Malgré ces difficultés, le réseau autoroutier algérien demeure l’un des plus importants du continent, avec ses 1 600 kilomètres en service, jouant un rôle central dans la mobilité des personnes et le transport des marchandises. C’est précisément pour préserver cet acquis que les autorités ont engagé un vaste effort de modernisation, de réhabilitation et d’extension.
Cet effort ne se limite pas à la maintenance. Il s’inscrit également dans une vision plus large de développement des infrastructures, articulée autour de nouveaux corridors économiques.
Ports et autoroutes : un maillage stratégique en construction
Dans cette perspective, l’État a engagé un programme structurant visant la réalisation de sept pénétrantes autoroutières destinées à connecter directement les principaux ports au réseau national. Les infrastructures portuaires de Skikda, Jijel, Béjaïa, Ténès, Mostaganem, Oran et Ghazaouet sont concernées par ces projets, conçus comme un levier majeur de modernisation des chaînes de transport.
L’objectif est de désengorger durablement les accès portuaires, de fluidifier les flux de marchandiseset derenforcer la compétitivité logistique du pays, dans un contexte où l’Algérie ambitionne de s’imposer progressivement comme une véritable plateforme régionale d’échanges commerciaux.
Ces sept projets totalisent à eux seuls 345 kilomètres de nouvelles infrastructures, traduisant le caractère stratégique accordé aux corridors économiques.
Pénétrantes urbaines : désenclaver les grandes villes
Parallèlement aux liaisons portuaires, plusieurs projets de pénétrantes autoroutières visent à relier directement certaines grandes villes à l’autoroute Est-Ouest, notamment Tizi Ouzou, Batna, Guelma et Mascara. L’avancement de ces chantiers varie selon les contraintes techniques, mais certains résultats sont déjà visibles, à l’image des 84 kilomètres livrés dans la wilaya de Béjaïa.
Béjaïa et Jijel face au défi du relief
Les wilayas de Béjaïa et Jijel, caractérisées par un relief montagneux complexe, concentrent parmi les projets les plus difficiles sur le plan technique.
La pénétrante reliant le port de Béjaïa à l’autoroute Est-Ouest affiche une longueur de 100 kilomètres, dont 84 kilomètres sont déjà en exploitation. Un nouveau tronçon de 5 kilomètres devrait être livré dans un délai d’un mois et demi.
Quant à la liaison entre le port de Jijel et El Eulma, elle s’étend sur 110 kilomètres. En 2025, 27 kilomètres ont été réceptionnés (14 km à Sétif et 13 km à Jijel). Les prévisions annoncent la mise en service de 30 kilomètres supplémentaires en 2026, dont la déviation stratégique de Beni Aziz, très attendue par les usagers.
L.R.



