La ville de Constantine, surnommée la « cité des ponts suspendus », s’est une nouvelle fois affirmée comme pôle culturel et historique de l’Algérie. Jeudi, elle a accueilli l’ouverture officielle du Forum international « Patrimoine morisque en Algérie : mémoire et identité partagée », organisé au Palais de la Culture Mohamed El Aid Al Khalifa. La cérémonie, empreinte de solennité, a été présidée par la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, en présence du Wali de Constantine, Abdelkhalek Sayoud, des autorités locales civiles, militaires et sécuritaires, d’académiciens et chercheurs internationaux, ainsi que des figures emblématiques de la scène artistique et intellectuelle de la région.
Un événement scientifique et civilisationnel majeur
Pour le Wali de Constantine, ce forum dépasse le cadre d’une simple manifestation culturelle. « Il s’agit d’une étape scientifique et civilisationnelle majeure, qui illustre l’importance de préserver la mémoire collective et de valoriser les pages lumineuses de l’histoire méditerranéenne de l’Algérie », a-t-il affirmé. Il a insisté sur le rôle historique de Constantine, qui, par son héritage culturel et spirituel, a longtemps été un carrefour de civilisations, un lieu de tissage de savoir, d’art et de créativité, et demeure aujourd’hui une ville particulièrement apte à accueillir des rencontres internationales réunissant chercheurs et intellectuels de divers pays.
Le Wali a également rappelé la vitalité culturelle de la ville en 2025, marquée par plus de 2 000 événements : spectacles cinématographiques et théâtraux, ateliers de formation artistique, expositions et conférences, soirées littéraires et musicales, programmes destinés aux enfants et aux personnes en situation de handicap, et actions de sensibilisation sociale. Selon lui, ces initiatives contribuent à préserver le patrimoine matériel et immatériel, à soutenir les artistes locaux et à stimuler la créativité des jeunes talents.
Les Maures et le patrimoine méditerranéen
Le forum met en lumière le patrimoine morisque, c’est-à-dire l’héritage des Maures d’Espagne, descendants des populations musulmanes d’Andalousie expulsées après la chute du royaume de Grenade en 1492 et l’édit de l’Alhambra. Ces communautés, certaines installées dans le Maghreb et notamment en Algérie, ont transmis un riche savoir-faire culturel, artistique et scientifique.
Les Maures ont joué un rôle déterminant dans la préservation des traditions andalouses, notamment en musique, poésie et calligraphie, l’architecture et l’urbanisme, avec l’introduction de patios, fontaines, arcs et motifs géométriques inspirés du style andalou, l’agriculture et l’irrigation, grâce à des techniques avancées adaptées aux zones arides, et la littérature et la philosophie, avec des manuscrits et traités scientifiques conservés dans les bibliothèques privées et universitaires.
En Algérie, ce patrimoine se manifeste dans les métiers d’art, la musique andalouse, les festivals et la gastronomie, contribuant à l’identité culturelle du pays et à la mémoire méditerranéenne partagée. Le forum de Constantine vise à documenter, protéger et valoriser cet héritage, tout en facilitant le dialogue interculturel et la coopération académique internationale.
La vision de l’État pour la culture
La ministre Malika Bendouda a rappelé que le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, accorde une attention particulière au secteur culturel. Elle a souligné que Constantine bénéficie d’un suivi privilégié pour restaurer son rôle de capitale culturelle de l’Est algérien, avec des projets supervisés directement par les plus hautes autorités.
La ministre a décrit sa visite comme un retour à une ville à forte symbolique historique et culturelle, évoquant « la ville des ponts, qui incarne la mémoire de l’Andalousie et l’esprit créatif ». Elle a salué l’engagement des autorités locales et le rôle des élites scientifiques et artistiques dans la sauvegarde et la transmission du patrimoine morisque aux générations futures.
Projets culturels et perspectives
Plusieurs initiatives ont été annoncées à l’occasion du forum, à savoir le soutien accru aux manifestations internationales et aux échanges académiques, la création de nouveaux espaces dédiés à la créativité artistique, le renforcement de la production cinématographique nationale, la présentation du film historique « Ahmed Bey », et la mise en place du Festival international du cinéma de Constantine, visant à positionner la ville comme pôle culturel et artistique permanent.
La ministre a conclu en appelant à la synergie entre les autorités locales, intellectuels, artistes et acteurs culturels, afin de continuer le développement de la vie culturelle à Constantine, tout en préservant l’héritage de figures emblématiques telles que Abdelhamid Benbadis, Malek Haddad, Ahlem Mosteghanemi, Z’hor Ounissi ou Mohamed Tahar Fergani.
Elle a insisté sur le fait que la culture demeure un enjeu stratégique pour la construction de l’avenir et la sauvegarde de la mémoire nationale, et que le patrimoine morisque constitue un vecteur d’identité, de rayonnement et de dialogue méditerranéen.
L.R.



