Le projet du gazoduc transsaharien (TSGP) franchit une étape décisive et sort définitivement de l’ornière. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a annoncé ce lundi le lancement effectif des travaux de réalisation du tronçon traversant le Niger, immédiatement après le mois de Ramadhan. Une annonce majeure, faite à l’issue de ses entretiens avec le président nigérien Abdourahamane Tiani, en visite officielle en Algérie.
« Immédiatement après le Ramadhan, les procédures pratiques seront lancées pour commencer la construction du gazoduc sur le territoire nigérien », a déclaré le chef de l’État, précisant que le groupe Sonatrach sera chargé de la mise en œuvre des travaux. L’entreprise nationale prendra ainsi les rênes de la réalisation du segment nigérien de ce projet stratégique, destiné à acheminer le gaz du Nigeria vers l’Europe via le Niger et l’Algérie.
Le TSGP s’appuiera sur les infrastructures déjà existantes au Nigeria et en Algérie, tout en nécessitant la construction de nouveaux tronçons dans les trois pays concernés. Pour de nombreux spécialistes, ce projet est jugé réaliste sur les plans technique, financier et géopolitique, notamment en comparaison avec d’autres initiatives concurrentes nécessitant la réalisation intégrale de milliers de kilomètres de conduites à travers plusieurs pays.
Sonatrach au cœur d’un projet énergétique continental
En confiant la réalisation du tronçon nigérien à Sonatrach, l’Algérie confirme son rôle central dans l’architecture énergétique régionale et continentale. Le projet du gazoduc transsaharien constitue un levier stratégique pour la sécurité énergétique, aussi bien pour l’Afrique que pour l’Europe, dans un contexte international marqué par la recomposition des chaînes d’approvisionnement en gaz naturel.
« Nous avons également confirmé la volonté de l’Algérie d’accompagner nos frères nigériens dans tout ce dont ils ont besoin, sans lésiner sur les moyens », a souligné Abdelmadjid Tebboune, réaffirmant l’engagement d’Alger en faveur d’un partenariat fondé sur la solidarité, le développement partagé et la souveraineté des États.
Une visite présidentielle sous le signe du rapprochement
L’annonce relative au TSGP intervient dans un contexte diplomatique particulier, marqué par le réchauffement des relations entre l’Algérie et le Niger après plusieurs mois de crispation. Accueillant son homologue nigérien, le président Tebboune s’est félicité de la concrétisation d’une visite « attendue depuis longtemps », soulignant que les deux pays ont mis fin à « une période inhabituelle de froid » dans leurs relations.
« Nous préserverons l’amitié qui nous unit depuis des générations. Le peuple algérien et le peuple nigérien resteront des frères et des voisins unis par des relations fraternelles solides », a assuré le chef de l’État, rappelant que les liens entre les deux peuples n’ont jamais été rompus, malgré les tensions politiques apparues depuis juillet 2023.
Cette visite marque ainsi le retour à la normale entre Alger et Niamey. Elle s’inscrit dans une dynamique de relance globale de la coopération bilatérale et fait suite à des gestes diplomatiques forts, notamment la décision prise la semaine dernière de procéder au retour simultané des ambassadeurs des deux pays à leurs postes respectifs.
Une dynamique relancée par la coopération énergétique
Le rapprochement algéro-nigérien s’était déjà amorcé trois semaines auparavant avec le déplacement à Niamey d’une importante délégation algérienne conduite par le ministre de l’Énergie et des Hydrocarbures, Mohamed Arkab. Cette mission avait permis de remettre sur les rails deux dossiers majeurs : l’exploitation conjointe d’un champ pétrolier au nord du Niger par Sonatrach et la société nigérienne Sonidep, ainsi que la relance opérationnelle du projet du gazoduc transsaharien.
Au-delà de l’énergie, les deux chefs d’État ont convenu d’élargir leur coopération à d’autres secteurs stratégiques. « Nous avons décidé de renforcer la coopération dans les domaines de la sécurité, de la formation militaire, de l’électricité, de la formation universitaire et professionnelle », a indiqué Abdelmadjid Tebboune.
Sécurité et souveraineté au cœur des échanges
La question sécuritaire a également occupé une place centrale dans les discussions. Face aux défis persistants dans la région du Sahel, l’Algérie et le Niger ont affiché une convergence totale de vues en matière de lutte contre le terrorisme. « Nous coopérerons avec tous les moyens et toutes les capacités dont dispose l’Algérie », a assuré le président Tebboune.
De son côté, le président nigérien Abdourahamane Tiani a salué la position constante de l’Algérie en faveur du respect de la souveraineté du Niger et de ses choix politiques internes. Il a qualifié cette attitude de « position honorable », tant pour le gouvernement que pour « le grand peuple algérien ».
« Aucun Africain ne peut imaginer que l’Algérie, qui a souffert pendant plus d’un siècle du colonialisme, puisse permettre que son territoire soit utilisé pour attaquer un pays africain frère », a-t-il déclaré, estimant qu’« une page importante de l’histoire du Sahel et de l’Afrique est en train de s’écrire ».
Avec l’annonce du lancement imminent des travaux du gazoduc transsaharien, Alger et Niamey scellent ainsi un tournant stratégique, à la fois énergétique, politique et sécuritaire, qui redessine les équilibres régionaux et projette le partenariat algéro-nigérien dans une nouvelle phase de coopération durable.
L.R.



