Dans un contexte de tensions persistantes entre Paris et Alger, le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, est arrivé lundi à Alger pour une visite de deux jours. Objectif : renouer le dialogue politique et sécuritaire avec son homologue algérien, Saïd Sayoud, et amorcer un début de désescalade après plusieurs mois de crise.
La visite de Laurent Nuñez à Alger a été décrite tour à tour comme technique, diplomatique ou de désescalade. Dans les faits, elle illustre surtout un enjeu politique majeur : tenter de réchauffer des relations bilatérales engluées dans une crise profonde depuis plusieurs mois.
Accueilli lundi à l’aéroport international Houari-Boumediene par le ministre Saïd Sayoud, Laurent Nuñez a entamé un déplacement sensible, très attendu des deux côtés de la Méditerranée. Selon le communiqué officiel du département de Sayoud, cette visite s’inscrit dans le cadre d’une invitation lancée il y a plusieurs mois par Alger, restée longtemps sans concrétisation, renforçant ainsi la portée symbolique du déplacement.
« Je me rends en Algérie pour une réunion de travail avec mon homologue. Il y a eu une phase de préparation technique entre nos services, et maintenant nous passons à la phase politique », a déclaré Laurent Nuñez vendredi dernier lors d’un déplacement à Marseille.
Si aucun rendez-vous officiel avec le président Abdelmadjid Tebboune n’est prévu pour l’instant, le ministre français n’a pas exclu cette possibilité, précisant qu’il adapterait son agenda en fonction des évolutions locales.
Les discussions porteront essentiellement sur les questions de sécurité. Terrorisme, narcotrafic, immigration illégale… autant de dossiers sensibles qui constituent le socle de la coopération bilatérale et que les deux pays cherchent à consolider après une période de frictions. Laurent Nuñez a souligné l’importance de continuer à dialoguer avec les autorités algériennes pour maintenir ces échanges, qu’il considère indispensables.
Cependant, le dossier des réadmissions reste le point le plus délicat. À ce jour, aucun ressortissant algérien en situation irrégulière et sous obligation de quitter le territoire français (OQTF) n’a été accepté par Alger, selon des sources proches du dossier. Ce point pourrait constituer l’épreuve de vérité de ce déplacement de Nuñez.
Malgré ces difficultés, certains observateurs perçoivent déjà « des signaux positifs » des deux côtés. Sabrina Sebaihi, députée écologiste, a noté auprès de l’AFP que le transfert de Christophe Gleizes près d’Alger pourrait indiquer un début de désescalade. Du côté français, la visite annoncée de Nuñez participe à cette dynamique de reprise du dialogue.
Ce déplacement s’inscrit dans la continuité des visites précédentes, mais avec un ton différent. Le dernier ministre français de l’Intérieur à s’être rendu en Algérie était Gérald Darmanin, à la fin de l’année 2022. Depuis, certains de ses successeurs avaient durci le ton, cristallisant les tensions.
À l’instar de l’ancienne ministre Ségolène Royal, qui s’était rendue récemment en Algérie pour plaider à titre personnel pour la « reconstruction de l’amitié franco-algérienne », Laurent Nuñez adopte un positionnement plus prudent. Selon des sources diplomatiques, l’objectif principal de cette visite n’est pas de fixer des ambitions spectaculaires, mais de renouer le dialogue, même minimal, au niveau sécuritaire et politique.
En ce sens, la mission de Nuñez à Alger s’apparente à un acte de médiation silencieux : montrer la volonté de dialogue et de désescalade, poser les premières pierres d’une reprise de confiance, et préparer le terrain à de possibles rencontres et coopérations plus ambitieuses à l’avenir.
S.B.



