L’enseignement supérieur en Algérie est engagé dans une transformation de fond. Longtemps cantonnée à la transmission des savoirs académiques, l’université s’affirme désormais comme un acteur central de la création de richesse et de l’innovation. À l’horizon 2026, l’ambition est clairement affichée : faire de l’étudiant un entrepreneur à part entière, capable de transformer une idée née dans l’amphi ou le laboratoire en projet économique viable.
Un changement de paradigme assumé
Ce virage stratégique repose sur une vision nationale qui redéfinit la mission même de l’université. Lors d’une rencontre nationale organisée à l’Université d’Alger 3 sous le thème « La transformation stratégique de l’université algérienne : vers l’étudiant entrepreneur », le Pr Ahmed Mir, président de la Commission nationale de coordination et de suivi de l’innovation et des incubateurs universitaires, a dressé les grandes lignes de cette mutation.
L’objectif est de rompre avec le schéma classique de l’étudiant formé uniquement pour le marché de l’emploi. Désormais, l’université algérienne entend former des créateurs d’opportunités, porteurs de projets innovants et capables de contribuer directement à la dynamique économique nationale.
2026, année charnière pour l’écosystème universitaire
L’année 2026 est présentée comme un tournant décisif. Les indicateurs avancés traduisent l’ampleur de la montée en puissance de l’écosystème entrepreneurial universitaire. Pas moins de 1 500 projets innovants devraient obtenir une labellisation officielle, tandis que 400 start-up issues des universités devraient être pleinement actives. À cela s’ajoute la création attendue de 4 000 micro-entreprises à travers les Centres de développement de l’entrepreneuriat (CDE).
Cette dynamique s’appuie sur un partenariat structurant avec l’Agence nationale d’appui et de développement de l’entrepreneuriat (NESDA), qui joue un rôle clé dans le financement et l’accompagnement des porteurs de projets, assurant un lien direct entre l’université et le tissu économique.
Des résultats déjà palpables
Au-delà des projections, les résultats enregistrés ces dernières années confirment que la transformation est déjà en marche. Selon le Pr Ahmed Mir, 1 522 projets ont obtenu le label « Projet innovant », et 324 start-up opèrent actuellement sur le marché national. Par ailleurs, 2 800 projets ont bénéficié du soutien financier de la NESDA, leur permettant de se structurer en micro-entreprises.
Cette évolution se reflète également dans le profil des étudiants. Plus de 700 étudiants auto-entrepreneurs sont aujourd’hui recensés à travers le pays. Depuis 2024, près de 27 000 étudiants ont été formés aux fondamentaux de l’entrepreneuriat et de la création d’entreprises au sein des CDE, marquant une diffusion massive de la culture entrepreneuriale dans le milieu universitaire.
La recherche, levier stratégique de création de valeur
L’innovation universitaire ne se limite pas aux services ou aux modèles économiques classiques. Elle s’appuie de plus en plus sur la recherche scientifique et la valorisation technologique. À ce titre, plus de 3 000 demandes de brevets ont été déposées auprès de l’Institut national algérien de la propriété industrielle (INAPI) via les Centres d’appui à la technologie et à l’innovation (CATI).
Sur ce total, 256 brevets ont déjà été accordés et 56 ont fait l’objet d’opérations de valorisation. Ces chiffres traduisent une volonté affirmée de faire sortir la recherche universitaire des laboratoires pour l’inscrire dans une logique de transfert technologique et de création de valeur économique.
Vers une université ancrée dans son environnement
Cette mutation consacre la fin progressive du modèle de « l’université tour d’ivoire ». En s’ouvrant à son environnement économique, social et industriel, l’université algérienne devient un véritable laboratoire à ciel ouvert. Elle ne se contente plus de former des diplômés, mais façonne une génération de bâtisseurs, capables de relever les défis de la souveraineté technologique, de l’innovation et de la diversification économique.
De l’amphi à la start-up, une nouvelle génération d’étudiants entrepreneurs est en train d’émerger, redessinant durablement le rôle de l’université dans le développement national.
L.R.



