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lundi 27 avril 2026

Guerre au Moyen-Orient : Le pétrole s’envole, l’Algérie sécurise son autonomie énergétique

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La guerre au Moyen-Orient, entrée dans sa deuxième semaine, commence déjà à produire des effets significatifs sur les marchés mondiaux de l’énergie. Les cours du pétrole se sont envolés, le baril de Brent dépassant les 92 à 93 dollars, soit une hausse de plus de 30 % en quelques jours. Si cette flambée alimente les craintes d’une crise énergétique mondiale et d’une pénurie de carburants dans plusieurs pays, les experts estiment toutefois qu’il est encore trop tôt pour parler d’un véritable choc pétrolier. Dans ce contexte international tendu, l’Algérie apparaît relativement protégée grâce à la politique d’autosuffisance énergétique engagée ces dernières années, notamment dans le raffinage.

Une flambée des prix alimentée par l’escalade régionale

La première conséquence directe de la guerre est la perturbation du commerce mondial de pétrole et de gaz. La situation s’est brusquement aggravée depuis que l’Iran a annoncé le blocage total du détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole et de gaz.

Cette décision a immédiatement provoqué une onde de choc sur les marchés. Plusieurs pays de la région ont également pris des mesures d’urgence face aux risques d’attaques et d’escalade militaire. Le Qatar, l’un des plus grands exportateurs de gaz naturel au monde, a ainsi informé ses partenaires de la cessation de certaines activités de production, invoquant un cas de « force majeure ».

De son côté, l’Arabie saoudite a annoncé avoir intercepté des missiles et des drones visant ses installations pétrolières, ce qui alimente les craintes d’attaques contre les infrastructures énergétiques du Golfe.

Cette situation explosive a entraîné une réaction immédiate des marchés : vendredi, le baril de pétrole a atteint 93 dollars, son niveau le plus élevé depuis près de deux ans, renforçant les inquiétudes d’une inflation énergétique mondiale.

Un choc pétrolier encore prématuré

Malgré cette hausse spectaculaire, certains spécialistes appellent à la prudence dans l’analyse de la situation.

Selon le professeur Boudjema Hamada, doyen de la faculté des hydrocarbures et de la chimie à l’université M’Hamed-Bougara de Boumerdès, il est encore prématuré de parler d’un véritable choc pétrolier mondial.

Invité de l’émission « L’invité du jour » sur la Chaîne 3 de la Radio algérienne, l’expert explique que les marchés disposent encore de marges de sécurité.

« Il est trop tôt pour parler de choc pétrolier aujourd’hui, car les capacités de stockage ne sont pas encore épuisées », a-t-il indiqué.

Selon lui, un choc énergétique comparable à ceux observés lors des grandes crises pétrolières ne pourrait se produire que si la guerre se prolonge sur plusieurs mois et perturbe durablement les flux d’approvisionnement.

Dans ce scénario, les stocks mondiaux pourraient progressivement s’épuiser et provoquer une tension extrême sur les marchés. « Le choc pétrolier pourrait apparaître dans quatre à cinq mois si la situation persiste », prévient-il.

En attendant, la tendance reste à la hausse : les prix du pétrole et du gaz devraient continuer à progresser, avec des répercussions directes sur les carburants à la pompe et sur de nombreuses matières premières issues de l’industrie pétrochimique.

Les grandes économies asiatiques particulièrement exposées

Les pays les plus vulnérables à cette crise énergétique sont ceux dont la dépendance aux importations d’hydrocarbures est la plus forte.

Le professeur Hamada cite notamment la Chine, l’Inde, le Pakistan, la Corée du Sud et le Japon, dont les économies reposent largement sur des importations massives d’énergie.

Face aux risques de pénurie, certains États ont déjà pris des mesures préventives. La Chine, grand importateur de pétrole du Golfe, a demandé à ses raffineries de suspendre temporairement les exportations d’essence et de gasoil afin de préserver ses réserves domestiques.

Selon l’agence Bloomberg, la Commission nationale du développement et de la réforme (NDRC), principal organe de planification économique chinois, a rencontré les raffineurs pour leur demander verbalement de stopper les nouvelles exportations de produits raffinés.

Les raffineries ont également été invitées à renégocier ou annuler certains contrats d’exportation déjà conclus, afin de sécuriser les besoins du marché intérieur.

Dans la même logique, un raffineur japonais a suspendu ses exportations de carburants, tandis que la Thaïlande a également annoncé l’arrêt de ses expéditions.

Ces décisions pourraient amplifier les tensions sur les marchés internationaux, certains analystes n’excluant pas le scénario d’une pénurie mondiale de carburants si la crise se prolonge.

Les premières conséquences sont déjà visibles en Europe. En France, par exemple, le prix du gazole est passé de 1,71 euro à 1,99 euro le litre en moins de 24 heures, illustrant la rapidité avec laquelle les tensions géopolitiques se répercutent sur les consommateurs.

Une guerre aux implications économiques mondiales

Pour Boudjema Hamada, la crise énergétique actuelle dépasse largement le cadre régional et s’inscrit dans une rivalité stratégique plus large entre grandes puissances.

Il estime notamment que les frappes américaines contre certaines installations pétrolières iraniennes visent non seulement à affaiblir l’Iran, mais aussi à freiner indirectement la montée en puissance économique de la Chine.

« La Chine a pris une avance considérable sur le plan économique et technologique. Pour ralentir son développement, il faut réduire ses approvisionnements en énergie », explique-t-il.

Dans un contexte où l’accès aux ressources énergétiques conditionne la croissance économique, la guerre au Moyen-Orient pourrait ainsi devenir un levier stratégique dans la compétition mondiale entre grandes puissances.

Selon l’expert, deux pays pourraient toutefois tirer profit de cette situation : les États-Unis et la Russie, grands producteurs et exportateurs de pétrole et de gaz, notamment de gaz et de pétrole de schiste.

Malgré les sanctions internationales qui pèsent sur Moscou, la Russie pourrait trouver de nouveaux débouchés auprès de pays en quête d’approvisionnements alternatifs.

L’Algérie relativement protégée grâce à sa politique énergétique

Dans ce contexte mondial incertain, l’Algérie apparaît relativement protégée contre une éventuelle crise des carburants.

Ces dernières années, le pays a engagé une politique visant à réduire sa dépendance aux importations de produits pétroliers, en renforçant ses capacités nationales de raffinage.

Cette stratégie commence à porter ses fruits. L’Algérie n’importe plus d’essence depuis 2022, et l’importation de gasoil devrait être définitivement arrêtée à partir de 2026.

Le président de la République Abdelmadjid Tebboune avait annoncé en avril 2025 à Béchar que le pays atteindrait une autosuffisance totale en carburants.

« Nous n’importons plus d’essence. À partir de 2026, l’Algérie n’importera plus aucune goutte de gasoil. Nous raffinerons notre pétrole ici », avait-il déclaré.

Les efforts engagés dans la modernisation du secteur ont permis d’augmenter la production nationale de produits raffinés.

Entre 2018 et 2023, la production est passée de 27 millions de tonnes à 30,5 millions de tonnes, grâce notamment à la réhabilitation de trois raffineries pour un coût inférieur à 3 milliards de dollars.

Parallèlement, la consommation nationale de produits pétroliers continue de progresser. Selon l’Autorité de régulation des hydrocarbures (ARH), elle a atteint 18,1 millions de tonnes en 2023, en hausse de 3,5 %, dont 10,1 millions de tonnes de gasoil.

De nouveaux projets pour consolider l’autosuffisance

Afin de consolider cette autonomie énergétique, plusieurs projets structurants sont en cours.

Parmi eux figure la nouvelle raffinerie de Hassi Messaoud, dont la capacité atteindra 5 millions de tonnes par an pour un investissement estimé à 3,5 milliards de dollars.

Cette infrastructure devrait renforcer considérablement les capacités nationales de transformation du brut et réduire davantage la dépendance du pays aux marchés internationaux.

Par ailleurs, l’Algérie dispose également d’un outil stratégique à l’étranger. En 2018, le groupe Sonatrach a acquis auprès d’ExxonMobil la raffinerie Augusta en Sicile, en Italie, pour près d’un milliard de dollars.

Cette acquisition permet au groupe national de sécuriser une partie de ses capacités de transformation et de mieux se prémunir contre les perturbations du marché mondial.

Un atout stratégique dans un monde énergétique incertain

Alors que les tensions géopolitiques continuent de secouer les marchés énergétiques, la stratégie de renforcement des capacités nationales de raffinage apparaît aujourd’hui comme un atout majeur pour l’Algérie.

Si la crise actuelle devait se prolonger et provoquer de fortes turbulences sur les marchés internationaux, le pays disposerait ainsi d’une marge de sécurité importante pour assurer l’approvisionnement de son marché intérieur.

Dans un monde où l’accès à l’énergie devient un enjeu géopolitique central, cette autonomie progressive pourrait se révéler décisive face aux chocs futurs.

S.B.

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