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jeudi 12 mars 2026

Greffes d’organes : 1 600 opérations en 40 ans

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Le domaine de la transplantation d’organes en Algérie a connu des avancées notables au cours des quatre dernières décennies. Malgré ces progrès médicaux et techniques, ce secteur vital demeure confronté à un obstacle majeur : la rareté des donneurs et l’insuffisance de la culture du don d’organes au sein de la société.

C’est ce qu’a indiqué, mercredi, le professeur Rachid Belhadj, directeur des activités médicales et président du comité d’éthique médicale au Centre hospitalo-universitaire (CHU) Mustapha-Pacha d’Alger. Intervenant dans l’émission radiophonique « L’Invité du matin » de la Chaîne I de la Radio algérienne, il a précisé que l’Algérie a réalisé environ 1 600 transplantations d’organes depuis 1986.

Selon lui, les trois dernières années ont été marquées par une progression notable, notamment au niveau de l’unité de transplantation d’organes du Centre hospitalo-universitaire de Batna. Cet établissement aurait réalisé près de 60 % des greffes de rein enregistrées à l’échelle nationale, un niveau d’activité jugé encourageant au regard des performances observées dans certains pays du Maghreb.

Les débuts de la transplantation en Algérie

Le professeur Belhadj a rappelé que les premières expériences de transplantation en Algérie remontent à 1977, avec la réalisation de la première greffe de cornée au CHU Mustapha-Pacha. Quelques années plus tard, en 1986, les équipes médicales ont effectué la première greffe de rein, ouvrant ainsi la voie au développement progressif de cette discipline médicale dans le pays.

Depuis, les hôpitaux universitaires ont joué un rôle déterminant dans l’essor de ces pratiques, parallèlement aux progrès de la médecine moderne et des techniques chirurgicales. La transplantation d’organes demeure toutefois une procédure complexe qui nécessite des technologies avancées, une coordination étroite entre plusieurs spécialités médicales et un haut niveau de formation du personnel soignant.

La pénurie de donneurs, principal frein

Malgré les compétences médicales et les infrastructures existantes, le spécialiste estime que le principal défi n’est pas d’ordre technique, mais réside dans le manque de donneurs d’organes.

Dans la société algérienne, explique-t-il, de nombreuses familles restent attachées au respect de l’intégrité du corps après le décès. Par ailleurs, la législation en vigueur impose l’accord préalable de la famille du défunt pour autoriser le prélèvement d’organes, ce qui peut constituer un frein supplémentaire au développement de la transplantation.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que près de 32 000 patients attendraient actuellement une greffe en Algérie, en particulier pour les reins, le foie et la cornée. Parmi eux figurent également des enfants nécessitant des interventions urgentes pour espérer survivre.

Une opération simple mais encore peu répandue

Le professeur Belhadj souligne que la greffe de cornée est l’une des interventions les plus simples et les plus efficaces dans le domaine de la transplantation. Elle permet de restaurer la vue de nombreux patients atteints de pathologies oculaires graves.

Cependant, malgré son taux de réussite élevé, le nombre de dons reste limité. Cette réticence persiste en dépit de l’existence de fatwas religieuses autorisant et encourageant le don d’organes, considéré comme un acte de solidarité et de sauvetage de vies humaines.

Selon lui, lorsque des dons ont lieu, ils se font le plus souvent au sein du cercle familial, tandis que les dons destinés à des personnes non apparentées suscitent encore des réserves au sein de la population.

Sensibiliser la société au don d’organes

Face à ce constat, le spécialiste appelle à renforcer les campagnes de sensibilisation et d’information sur l’importance du don d’organes. Il estime que les mosquées, les établissements scolaires et les médias peuvent jouer un rôle déterminant dans la diffusion de cette culture de solidarité.

L’objectif est de promouvoir une meilleure compréhension des enjeux médicaux et humanitaires liés à la transplantation et d’encourager les citoyens à participer à cet effort collectif pour sauver des vies.

Vers une modernisation du cadre juridique et administratif

Le professeur Belhadj rappelle également que la législation sanitaire algérienne impose la confirmation de l’état de mort cérébrale avant toute opération de prélèvement d’organes. Cette procédure vise à garantir le respect des principes éthiques et médicaux.

Il estime toutefois que le développement du secteur nécessite une modernisation du cadre réglementaire, notamment à travers la numérisation des procédures administratives et l’actualisation des textes juridiques régissant la transplantation d’organes. Ces mesures pourraient contribuer à simplifier les démarches et à améliorer la transparence du système.

Renforcer la confiance pour lutter contre le trafic d’organes

Concernant la transplantation de cornées, l’expert souligne que le prélèvement sur des personnes décédées pourrait réduire considérablement la dépendance de l’Algérie aux importations de cornées provenant de l’étranger.

Pour y parvenir, il insiste sur la nécessité de renforcer la confiance des citoyens dans les institutions médicales et d’offrir toutes les garanties juridiques nécessaires.

Enfin, le professeur Belhadj affirme que le développement d’une véritable culture du don d’organes constitue également un moyen efficace de lutter contre le trafic illégal d’organes, en instaurant un système transparent et solidaire.

Selon lui, la promotion de valeurs d’entraide et d’humanisme demeure la clé pour faire progresser durablement ce domaine médical stratégique en Algérie.

L.R.

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