Alors que s’est ouvert ce lundi à Alger la 25e édition du Salon international du tourisme et des voyages (SITEV 2026), l’Algérie affiche des ambitions record. Porté par une affluence inédite de 42 nations et une cinquantaine de start-ups, le pays tourne définitivement le dos au tourisme de masse pour parier sur un modèle d’exception, alliant modernisation des services, valorisation du patrimoine saharien et exigences de développement durable.
Le Palais des expositions des Pins Maritimes à Alger s’apprête à devenir le carrefour incontournable du tourisme international. S’ouvrant ce lundi pour se déployer jusqu’au 21 mai, la vingt-cinquième édition du Salon international du tourisme et des voyages (SITEV 2026) s’annonce d’ores et déjà exceptionnelle. Portée par une dynamique nationale de renouveau et une volonté politique affirmée, cette manifestation d’envergure témoigne de l’attractivité croissante de l’Algérie sur l’échiquier touristique mondial.
Une ambition nationale ancrée dans la durabilité
Placée sous le slogan évocateur « Algérie, tourisme authentique et développement durable », cette vingt-cinquième mouture traduit une vision stratégique claire des pouvoirs publics. Intervenant ce dimanche sur les ondes de la Radio algérienne, les responsables du secteur ont mis en exergue la trajectoire singulière que souhaite emprunter le pays. Naïma Hadjam, conseillère au ministère du Tourisme et de l’Artisanat, invitée de l’émission « L’Invité du matin » sur la Chaîne 1, a qualifié ce salon de plateforme majeure pour promouvoir la destination Algérie. Selon elle, cet événement matérialise la volonté de faire du tourisme un pilier essentiel de l’économie nationale, tout en préservant l’identité culturelle du pays.
Cette approche qualitative est partagée par le commissaire du Salon, Djaffar Bouslimani, qui s’est exprimé le même jour dans l’émission « L’invité du jour » sur la Chaîne 3. Ce dernier a insisté sur le refus catégorique de s’orienter vers un tourisme de masse destructeur. Évoquant les dérives constatées dans certains pays de la région où le tourisme à outrance a fini par fragiliser les cultures, les traditions et les mœurs locales, le commissaire a plaidé pour un modèle alternatif. Le tourisme souhaité en Algérie se veut respectueux du legs patrimonial hérité des ancêtres, protecteur de la nature et écoresponsable, notamment en matière de consommation d’énergie.
Une affluence record et le Tchad à l’honneur
Sur le plan de la participation, le SITEV 2026 s’impose comme le salon de tous les records. Plus de 450 opérateurs, exposants et professionnels du secteur sont attendus à Alger. Parmi eux figurent des acteurs issus de l’ensemble des wilayas du pays, mais également une forte représentation internationale avec la présence de 42 nations venues de divers continents, ainsi que plusieurs organisations internationales. Le salon fait aussi la part belle à l’innovation en intégrant une cinquantaine de start-ups spécialisées dans les technologies appliquées au tourisme, un levier jugé indispensable pour moderniser le secteur.
Pour cette édition historique, la République du Tchad occupe la place privilégiée d’invitée d’honneur. La délégation officielle tchadienne est conduite par son ministre du Tourisme. Ce choix s’inscrit dans le sillage du rapprochement politique et économique amorcé entre Alger et N’Djamena après la récente visite officielle du président tchadien en Algérie. En marge de l’événement, la signature de plusieurs accords de coopération bilatérale permettra aux opérateurs algériens de découvrir les potentialités touristiques du Tchad afin de concevoir des circuits communs et complémentaires. Des conventions similaires sont également programmées avec d’autres délégations étrangères.
Reconquérir le public local et séduire à l’international
L’un des grands enjeux de ce salon réside dans la double mission que se sont fixée les autorités : stimuler le tourisme domestique et capter les flux internationaux. Djaffar Bouslimani n’a pas caché sa frustration face au constat que plus de deux millions d’Algériens choisissent encore de passer leurs vacances estivales dans un pays voisin. Le commissaire du SITEV appelle à une véritable remise en question collective des professionnels nationaux, tout en saluant les efforts notables consentis cette année par les opérateurs locaux pour rehausser la qualité des prestations et des services afin de retenir les vacanciers algériens.
Parallèlement, la stratégie de séduction envers les voyageurs étrangers porte ses fruits. Naïma Hadjam a révélé une augmentation significative de l’intérêt pour la destination Algérie au cours des deux dernières années. Cet engouement est grandement porté par le tourisme numérique et des campagnes de promotion ciblées sur les réseaux sociaux au lendemain de la crise sanitaire. Pour soutenir cet élan, l’État déploie des mesures incitatives majeures, à l’image de l’octroi facilité du visa de régularisation aux frontières, et propose des avantages fiscaux substantiels pour encourager l’investissement privé dans les infrastructures d’accueil.
Des circuits émergents entre spiritualité et modernité
Afin de transformer le potentiel national en produits touristiques concrets, le ministère s’attèle au développement de nouveaux itinéraires adaptés aux attentes internationales. Le tourisme religieux et spirituel connaît notamment un essor remarquable. Plusieurs nations à majorité chrétienne affichent un intérêt grandissant pour le patrimoine historique algérien, en particulier le circuit sur les traces de Saint Augustin, une dynamique largement amplifiée par la récente visite historique du Pape en Algérie. De plus, des villes comme Oran s’imposent désormais comme des destinations urbaines et culturelles de premier plan.
Pour parfaire cette offre, les organisateurs du SITEV ont initié un voyage d’étude et de découverte, un Eductour, au profit d’une cinquantaine de journalistes et de tour-opérateurs internationaux. Ce périple, qui a débuté par la Casbah d’Alger et la Grande Mosquée d’Alger avant de mener les participants à Oran, Tlemcen et Annaba, s’achève ce lundi à Alger. Selon le commissaire du salon, ces professionnels étrangers se disent émerveillés par la richesse patrimoniale qu’ils ont découverte. Pour les autorités et les professionnels algériens, ce concert de louanges confirme le potentiel extraordinaire du pays et légitime les efforts de formation de la ressource humaine, de structuration du métier de guide et d’édition de supports promotionnels pour ancrer durablement l’Algérie sur la carte du tourisme mondial.
L.R.



