L’Algérie semble engagée dans l’une des mutations économiques les plus décisives de son histoire contemporaine. Selon l’expert et professeur en sciences économiques à l’Université d’Alger, Dr Ahmed Hidoussi, l’agenda gouvernemental comprend une série de projets structurants capables de transformer durablement le visage du pays et de concrétiser la vision du président de la République, Abdelmadjid Tebboune : bâtir une « nouvelle Algérie » affranchie de la dépendance aux hydrocarbures et fondée sur une économie productive, diversifiée et souveraine.
Au cœur de cette stratégie figurent plusieurs mégaprojets dans le secteur des mines et de l’énergie. Le projet de minerai de fer de Gara Djebilet, dans le sud-ouest du pays, constitue l’un des plus grands gisements au monde, avec des réserves estimées à plus de 3,5 milliards de tonnes. À cela s’ajoute le projet intégré de phosphate de Bled El Hadba, à Bir El Ater, dont les réserves dépassent 2,8 milliards de tonnes, ainsi que l’exploitation du plomb et du zinc dans la région d’Oued Amizour, dans la wilaya de Béjaïa.
Pour l’économiste, ces projets ne doivent pas être perçus uniquement comme une manne de matières premières, mais comme le socle d’un véritable écosystème industriel capable de générer de la valeur ajoutée, de structurer des filières locales et de créer des milliers d’emplois directs et indirects.
Une infrastructure stratégique pour relier la mine à l’industrie
Afin d’assurer la viabilité industrielle de ces projets, l’État a engagé d’importants investissements dans les infrastructures. Le projet de ligne ferroviaire Tindouf–Béchar, long d’environ 950 kilomètres, illustre cette vision stratégique. Cette ligne permettra d’acheminer le minerai de fer de Gara Djebilet vers les complexes de transformation, notamment le complexe sidérurgique Tosyali de Bethioua (Oran), renforçant ainsi la logique de transformation locale des ressources plutôt que leur exportation brute.
Selon Dr Haïdoussi, cette connexion entre extraction minière, transport et industrie de transformation constitue un pilier fondamental pour la valorisation durable des richesses nationales.
L’expert estime que les projets structurants du secteur minier répondent à plusieurs objectifs stratégiques : diversification de l’économie, réduction de la dépendance aux hydrocarbures, création de valeur ajoutée, développement des régions de l’intérieur et renforcement de la souveraineté économique.
La mise en œuvre du nouveau code minier, jugé plus attractif pour les investisseurs nationaux et étrangers, ainsi que le développement des infrastructures (chemins de fer, ports, plateformes logistiques), sont perçus comme des facteurs clés pour stimuler l’investissement et accélérer l’industrialisation.
Des retombées économiques considérables attendues
Les perspectives économiques avancées par l’expert sont significatives. Le développement de la filière sidérurgique pourrait permettre une production d’acier valorisée à plus de 750 dollars la tonne, générant une valeur ajoutée estimée à près de 20 milliards de dollars pour les finances publiques.
De son côté, le projet intégré du phosphate, dont le prix sur le marché oscille autour de 400 dollars la tonne, pourrait générer entre 7 et 10 milliards de dollars de revenus.
Ces chiffres illustrent, selon lui, le potentiel réel d’une transition progressive vers une économie industrielle productive, capable de créer de la richesse durable en dehors des hydrocarbures.
Pour Dr Hidoussi, la réussite de cette transition repose sur une vision globale : il ne s’agit pas seulement d’extraire, mais de construire des chaînes de valeur complètes, intégrant la recherche et développement, la montée en compétence technologique et la réduction de l’impact environnemental.
Dans ce cadre, le phosphate représente une ressource stratégique majeure. Outre son rôle central dans la fabrication des engrais et dans le développement d’une agriculture moderne et productive, il entre également dans des industries de pointe, notamment dans la fabrication de batteries, y compris celles utilisées dans les technologies liées au lithium.
Le projet de Gara Djebilet dépasse la seule dimension économique. Il porte également une forte dimension sociale. Le développement de ce pôle industriel dans le sud du pays est appelé à créer des milliers d’emplois, à dynamiser les régions enclavées, à améliorer les infrastructures (logement, services, commerce) et à contribuer à une meilleure répartition du développement à l’échelle nationale.
L’implantation d’industries lourdes dans ces régions pourrait ainsi devenir un levier puissant de cohésion territoriale et de réduction des disparités régionales.
Enfin, l’expert souligne que l’expérience algérienne commence à susciter l’intérêt des pays du Sahel et d’Afrique subsaharienne. Plusieurs États cherchent à s’inspirer du modèle algérien fondé sur la transformation locale des matières premières, le développement des infrastructures stratégiques (ports, aéroports, chemins de fer) et la valorisation industrielle plutôt que l’exportation brute des ressources.
Des partenariats autour de projets structurants, comme Gara Djebilet, sont envisagés afin de favoriser l’intégration régionale, l’autosuffisance économique et les bénéfices partagés. Une orientation confirmée par le président de la République dans son message adressé aux participants du Salon international des mines, carrières et hydrocarbures « Simica Tchad 2026 ».
L.R.



