L’Algérie engage une nouvelle étape dans la modernisation de son agriculture, avec pour objectif stratégique de renforcer la sécurité alimentaire nationale et de réduire durablement sa dépendance aux importations de blé. Dans un contexte marqué par la volatilité des marchés internationaux et la pression croissante sur les ressources, les autorités misent désormais sur une approche intégrée combinant recherche scientifique, innovation agronomique, réformes structurelles et nouveaux mécanismes de financement.
L’ambition est claire : faire de l’agriculture un pilier réel de l’économie nationale, capable de contribuer davantage au produit intérieur brut (PIB), tout en limitant la vulnérabilité du pays face aux chocs extérieurs.
Pour atteindre ces objectifs, le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche a choisi de s’appuyer davantage sur l’expertise scientifique nationale. Il a ainsi conclu un partenariat avec le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, visant à intégrer plus efficacement les résultats de la recherche dans le développement des filières stratégiques, en particulier celles des céréales et des légumineuses.
Les premiers bilans de cette coopération ont été présentés lors d’une journée d’étude consacrée à l’intégration des résultats scientifiques dans le développement agricole. La rencontre a été inaugurée, le mardi 20 janvier, par les deux ministres concernés : Yacine Oualid (Agriculture) et Kamel Baddari (Enseignement supérieur), en présence de cadres des deux secteurs et de spécialistes de la filière. L’événement était organisé par l’Office interprofessionnel algérien des céréales (OAIC).
Dans son intervention, le ministre de l’Agriculture a souligné que la modernisation du secteur ne peut se concrétiser sans un recours accru à la recherche scientifique, ni sans la mobilisation des compétences universitaires nationales. Selon lui, seule l’innovation permettra d’améliorer durablement les rendements, en particulier dans la production céréalière, et de garantir la sécurité alimentaire du pays.
Le diagnostic est désormais largement partagé par les pouvoirs publics : la productivité agricole, notamment dans la filière blé, demeure insuffisante. Les rendements moyens n’excèdent pas 15 quintaux à l’hectare, un niveau qui stagne depuis plusieurs décennies et qui demeure très inférieur aux standards observés dans de nombreux pays à conditions climatiques comparables.
Cette question de la productivité a d’ailleurs été largement débattue lors de la Conférence nationale sur la modernisation du secteur agricole, tenue fin octobre 2025. À cette occasion, un groupe de travail mixte réunissant les deux ministères avait formulé plusieurs propositions concrètes visant à améliorer le rendement à l’hectare.
L’État affiche désormais un objectif précis : porter les rendements céréaliers à au moins 30 quintaux par hectare, soit un doublement du niveau actuel. Un cap jugé indispensable pour répondre à une demande nationale en blé particulièrement élevée, la consommation annuelle par habitant en Algérie dépassant largement la moyenne mondiale.
Pour Yacine Oualid, cet objectif ne pourra être atteint qu’en s’appuyant sur la science, l’innovation et une meilleure organisation des pratiques agricoles. Il s’agit non seulement d’augmenter la production, mais aussi d’assurer sa durabilité face aux contraintes climatiques.
Semences, irrigation et adaptation régionale au cœur de la stratégie
Parmi les principaux leviers identifiés, figure en priorité l’amélioration du matériel végétal. Le ministre a insisté sur la nécessité d’introduire de nouvelles variétés de semences, plus résistantes à la sécheresse et aux variations pluviométriques, de plus en plus marquées sous l’effet du changement climatique.
Il a également plaidé pour une classification plus rigoureuse des variétés, permettant d’orienter chaque type de semence vers les régions les plus adaptées à ses caractéristiques agronomiques. L’objectif est d’optimiser les performances selon les terroirs, tout en s’appuyant systématiquement sur les résultats issus de la recherche scientifique.
Autre axe majeur : l’extension de l’irrigation. Les autorités ambitionnent de porter les surfaces céréalières irriguées à 500 000 hectares, grâce au développement et à la modernisation des systèmes d’irrigation. Une mesure jugée essentielle pour sécuriser les rendements face à l’irrégularité des précipitations.
Au-delà des aspects techniques, le plan stratégique comprend également une dimension économique et institutionnelle. Le ministre de l’Agriculture a ainsi appelé à une révision des politiques de subventions agricoles, afin de mieux cibler les aides publiques et de s’assurer qu’elles bénéficient effectivement aux producteurs actifs et aux exploitations performantes.
Il a également souligné la nécessité de revoir le système d’assurance agricole, afin d’élargir la couverture aux risques climatiques aujourd’hui insuffisamment pris en charge, notamment les fortes chaleurs et la sécheresse. Une réforme jugée indispensable pour encourager l’investissement et sécuriser les revenus des agriculteurs.
Pour accompagner cette transformation, le secteur agricole devra également bénéficier de ressources financières supplémentaires. Le ministre a évoqué la mise en place de nouveaux mécanismes de financement, incluant notamment le développement des microcrédits et l’introduction d’outils comme le capital-risque, encore peu mobilisés dans l’agriculture.
La modernisation passe aussi par la mécanisation. À ce titre, il a proposé la création de coopératives spécialisées dans les équipements agricoles modernes, permettant aux agriculteurs d’accéder à des machines performantes à moindre coût. Une mesure qui devrait faciliter l’extension des surfaces cultivées, réduire les pertes de récolte et améliorer globalement la productivité, conformément aux orientations fixées par le président de la République.
L.R.



