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mercredi 4 février 2026

Barrage de Béni Haroun : L’envasement sans menace 

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Le ministre de l’Hydraulique, Taha Derbal, a assuré jeudi devant l’Assemblée populaire nationale (APN) que toutes les mesures nécessaires sont mises en œuvre pour faire face à la problématique de l’envasement des barrages, dans le cadre d’une stratégie nationale intégrée visant à garantir la continuité de l’alimentation en eau potable des citoyens.

Intervenant lors d’une séance plénière consacrée aux questions orales, le ministre a précisé que les services de l’Agence nationale des barrages et des transferts (ANBT) assurent un suivi permanent du taux d’envasement à l’échelle nationale. Ce dispositif repose notamment sur des campagnes régulières de contrôle technique, mais aussi sur l’organisation périodique d’opérations de reboisement au niveau des berges et des bassins-versants, afin de limiter l’érosion des sols et de protéger les ouvrages hydrauliques contre l’accumulation des sédiments.

Le cas du barrage de Béni Haroun

Répondant à une question du député Monder Bouden concernant les mesures de protection du barrage de Béni Haroun, Taha Derbal a indiqué que le volume d’envasement observé dans cet ouvrage est jugé « acceptable », au vu des résultats des mesures et des estimations réalisées par les services compétents.

Situé dans la wilaya de Mila, le barrage de Béni Haroun est considéré comme le plus grand du pays. Il joue un rôle stratégique majeur en alimentant six wilayas en eau potable et en assurant l’irrigation de plus de 44 000 hectares de terres agricoles. Son bon fonctionnement constitue donc un enjeu crucial pour la sécurité hydrique et agricole de toute une région.

Symbole de l’embellie pluviométrique enregistrée ces derniers mois, le barrage affiche actuellement un taux de remplissage d’environ 92 %, soit près de 900 millions de mètres cubes d’eau stockés, pour une capacité maximale estimée à un milliard de mètres cubes. Un niveau exceptionnel, atteint dès la fin du mois de janvier, alors que les années précédentes, le pic de remplissage était généralement observé entre février et mars.

Des apports hydriques en forte hausse

Selon Mohamed Alioueche, directeur de l’antenne locale de l’ANBT, les précipitations soutenues enregistrées tout au long du mois de janvier ont entraîné une augmentation spectaculaire des apports hydriques provenant des oueds et des affluents alimentant le barrage.

Les instruments de mesure ont ainsi enregistré l’entrée de près de 8 millions de mètres cubes d’eau en l’espace de 24 heures seulement. Un volume qualifié de « très prometteur » par le responsable, notamment au regard des niveaux constatés au cours des dernières années à la même période.

Un enjeu stratégique national

Au-delà des indicateurs techniques, le barrage de Béni Haroun constitue un maillon essentiel du système national de transferts hydrauliques. Il alimente directement cinq wilayas — Constantine, Oum El Bouaghi, Khenchela, Batna et Mila — et contribue indirectement à la stabilité de l’approvisionnement en eau de millions de citoyens.

La remontée rapide de son niveau de remplissage offre ainsi des perspectives rassurantes en matière de régularité de distribution d’eau potable. Si les précipitations venaient à se poursuivre dans les prochains jours, ou si des chutes de neige renforçaient encore les apports, le barrage pourrait atteindre rapidement sa capacité maximale, impliquant un recours accru aux dispositifs de déversement contrôlé afin de préserver la sécurité de l’ouvrage.

Un programme national de désenvasement

Par ailleurs, répondant à une question du député Ali Ben Sebgag, le ministre de l’Hydraulique a fait savoir que les opérations de désenvasement menées récemment ont concerné trois barrages situés à Mascara, Biskra et M’sila. Ces interventions ont permis d’extraire plus de 16 millions de mètres cubes de sédiments.

D’autres opérations sont en cours ou programmées au niveau des barrages de Khenchela, Skikda, Djorf Torba à Béchar, Merdja Sidi Abed à Relizane et Ghrib à Aïn Defla, avec pour objectif le désenvasement de plus de 30 millions de mètres cubes supplémentaires.

Selon Taha Derbal, les méthodes les plus efficaces à l’échelle internationale reposent sur l’utilisation de barges spécialisées. Le secteur de l’hydraulique prévoit ainsi l’inscription annuelle d’opérations de désenvasement, afin d’anticiper et de contenir durablement ce phénomène, qui constitue l’un des principaux défis pour la pérennité des infrastructures hydrauliques du pays.

Des techniques de désenvasement de plus en plus sophistiquées

À l’échelle internationale, les techniques de désenvasement ont connu d’importantes évolutions ces dernières années. Outre le dragage mécanique classique, de plus en plus de pays recourent à des solutions combinant barges flottantes, pompes hydrauliques de forte capacité et systèmes de refoulement des sédiments vers des zones de dépôt contrôlées. Certaines méthodes privilégient également le désenvasement préventif par chasse sédimentaire, consistant à évacuer les alluvions lors des crues grâce à des vannes de fond, afin de limiter leur accumulation dans la retenue. D’autres approches, dites écocompatibles, visent la valorisation des sédiments extraits dans les travaux publics ou l’aménagement agricole, réduisant ainsi l’impact environnemental et les coûts d’évacuation. Ces techniques, désormais en vogue, permettent d’allonger la durée de vie des barrages tout en préservant leur capacité de stockage, un enjeu stratégique pour les pays soumis à une forte variabilité climatique.

L.R.

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