L’interview accordée par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, à la presse nationale marque une étape politique significative. Au-delà des réponses conjoncturelles et des mises au point institutionnelles, le chef de l’État a surtout esquissé ce qui constitue, selon lui, l’enjeu central du dialogue national annoncé : la définition collective d’un projet de société pour l’Algérie.
Durant cet entretien à forte teneur politique, le président a abordé sans détour les grandes questions qui traversent la vie publique : dialogue politique, rôle des partis, liberté d’expression, révision technique de la Constitution et orientations diplomatiques. Mais c’est bien autour de la vision de l’Algérie à construire que s’articule l’essentiel de son propos.
Un dialogue politique fondé sur le sens et la profondeur
Pour Abdelmadjid Tebboune, le dialogue national ne saurait être une simple formalité ni une opération de communication. Il insiste sur le caractère fondamentalement éthique et politique de la démarche.
« Le dialogue est une chose noble », affirme-t-il, rejetant toute idée de simulacre ou de mise en scène. Le président se montre particulièrement critique à l’égard des dialogues de façade, organisés uniquement pour donner l’illusion d’une ouverture politique.
« Ce n’est pas un jeu politique, ni un spectacle pour montrer que l’on discute avec l’opposition », prévient-il, rappelant avoir connu les pactes nationaux de l’époque du parti unique, dont il garde le souvenir de processus souvent déconnectés des réalités sociales et politiques.
Cette mise au point éclaire la philosophie générale de l’initiative présidentielle : le dialogue n’a de sens que s’il débouche sur des choix clairs, assumés et partagés concernant l’avenir du pays.
Le projet de société comme cœur du débat
C’est sur ce terrain que le président situe l’enjeu majeur du dialogue à venir. Selon lui, l’Algérie a besoin non pas d’un simple ajustement politique, mais d’une réflexion collective sur ce qu’elle veut être dans les années à venir.
« Quand on rencontrera les partis, on discutera de ce que l’on veut pour l’Algérie. On discutera du projet de société », annonce-t-il clairement.
Ce projet de société, tel que l’esquisse Abdelmadjid Tebboune, ne vise ni la rupture radicale ni l’effacement du passé. Le chef de l’État fixe d’emblée une ligne de démarcation :
« Je ne peux pas discuter avec ceux qui veulent tout effacer depuis 1962 », affirme-t-il, tout en reconnaissant la nécessité de corriger ce qui doit l’être.
Il s’agit, selon lui, de distinguer entre les fondements historiques et institutionnels de l’État national, qui ne sont pas négociables, et les pratiques politiques, économiques et sociales qui peuvent — et doivent — évoluer.
Le dialogue national devra ainsi aborder des transformations à court terme, mais aussi des changements structurels inscrits dans la durée, impliquant une vision cohérente de la société algérienne, de ses valeurs, de ses institutions et de son fonctionnement démocratique.
Les partis politiques comme vecteurs du projet de société
Dans cette perspective, le président consacre une large part de son propos au rôle des partis politiques, qu’il considère comme des acteurs centraux du débat sur le projet de société. La révision annoncée de la loi sur les partis, appelée à précéder le dialogue national, s’inscrit dans cette logique.
Abdelmadjid Tebboune défend une conception exigeante de l’action partisane.
« Quel est le rôle d’un parti ? Un parti doit viser le pouvoir et ne pas se contenter de s’opposer », explique-t-il. Pour lui, un parti politique ne peut se réduire à une posture protestataire : il doit porter une vision, une philosophie et une alternative crédible de gouvernance.
La représentativité électorale devient, dans cette optique, un critère central. « Un parti sans élus n’est pas représentatif », tranche le président, soulignant que le dialogue national se fera avec des formations effectivement ancrées dans la réalité politique et institutionnelle.
Liberté d’expression et cohésion nationale
Le projet de société évoqué par le président repose également sur un cadre clair en matière de libertés publiques. Interrogé sur la liberté d’expression, Abdelmadjid Tebboune réaffirme qu’elle est garantie par la Constitution, mais refuse toute confusion avec l’insulte ou la remise en cause des constantes nationales.
« La liberté d’expression n’est pas la liberté d’insulter », insiste-t-il, mettant en garde contre les discours qu’il juge divisifs ou destructeurs.
Pour le chef de l’État, la pluralité des opinions est une richesse, à condition qu’elle ne menace pas l’unité nationale. « Le peuple a des opinions diverses mais il est uni », rappelle-t-il, affirmant sa détermination à empêcher toute forme « d’autodestruction » du tissu national.
Révision constitutionnelle : un ajustement, pas un changement de cap
Abordant la révision technique de la Constitution, le président a tenu à dissiper les rumeurs sur une éventuelle remise en cause de la limitation des mandats présidentiels. Il dénonce des spéculations alimentées, selon lui, par des agendas étrangers.
La révision en cours, explique-t-il, répond à des dysfonctionnements observés dans la pratique constitutionnelle. « La Constitution est bonne, mais il y a des failles dans la pratique », précise-t-il, citant notamment des incohérences liées au renouvellement du tiers présidentiel au Sénat et à la durée des mandats au sein de la Cour constitutionnelle.
Là encore, Abdelmadjid Tebboune inscrit ces ajustements dans une logique de consolidation démocratique, et non de changement de règles du jeu.
Une vision extérieure cohérente avec le projet interne
Enfin, sur le plan international, le président situe la politique étrangère de l’Algérie dans le prolongement de cette vision globale. Relations fondées sur les intérêts mutuels avec les partenaires européens, coopération avec les grandes puissances et approche fraternelle avec les pays du voisinage : l’Algérie, selon lui, agit dans la continuité de ses principes de souveraineté, de non-ingérence et de solidarité régionale.
S.B.



