Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, effectuera une visite officielle en Algérie les lundi 16 et mardi 17 février, marquant un moment diplomatique important après plus d’un an et demi de fortes tensions entre Alger et Paris. L’information, révélée jeudi, a été confirmée par l’intéressé lui-même lors d’échanges avec des médias français.
« Oui, je me rends en Algérie lundi et mardi », a déclaré Laurent Nuñez, précisant qu’il répondait à une invitation de son homologue algérien. Il s’agit du premier déplacement en Algérie d’un ministre français de l’Intérieur depuis l’entrée des relations bilatérales dans une phase de crise aiguë, amorcée il y a plus de 18 mois.
Une visite politique après une longue crise diplomatique
Cette visite intervient dans un contexte diplomatique encore fragile. La dernière tentative de rapprochement entre les deux pays remonte à avril dernier, à l’occasion de la visite à Alger du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Cette initiative avait permis d’esquisser un début de normalisation, rapidement interrompu par l’arrestation en France d’un agent consulaire algérien, un épisode qui avait provoqué une vive réaction d’Alger.
Les autorités algériennes avaient alors mis en cause directement le ministre français de l’Intérieur de l’époque, Bruno Retailleau, l’accusant d’avoir précipité un retour à la crise. Depuis, le dialogue politique de haut niveau était resté quasiment gelé.
Nuñez, une rupture de ton avec son prédécesseur
Nommé début octobre pour succéder à Bruno Retailleau, Laurent Nuñez a rapidement adopté un discours plus mesuré à l’égard de l’Algérie. Dès sa prise de fonctions, il avait annoncé avoir reçu et accepté une invitation officielle d’Alger, tout en reconnaissant que les conditions politiques n’étaient pas encore réunies pour concrétiser la visite.
Après plusieurs mois de discussions techniques discrètes entre les administrations des deux pays, le déplacement du ministre français marque désormais, selon ses propres termes, le passage à une « phase politique ».
« Il y a eu une phase de préparation entre services, au niveau technique. Nous passons maintenant à la phase politique », a-t-il affirmé ce samedi à Paris.
Des conditions initiales finalement mises de côté
Début février, Laurent Nuñez avait pourtant publiquement posé des conditions préalables à son déplacement, exigeant notamment des avancées sur le sort du journaliste français Christophe Gleizes, détenu en Algérie, ainsi que sur l’exécution des obligations de quitter le territoire français (OQTF) visant des ressortissants algériens en situation irrégulière.
Une semaine plus tard, l’annonce de sa visite est faite sans référence explicite à ces préalables, laissant entendre une volonté mutuelle d’éviter une nouvelle escalade et de relancer le dialogue malgré les différends persistants.
Trois dossiers majeurs à l’ordre du jour
Au cœur des discussions figurent trois dossiers particulièrement sensibles pour Paris.
Le premier concerne la coopération sécuritaire, notamment le retour des agents français expulsés d’Algérie en avril dernier, un point toujours en suspens et symbole du refroidissement des relations bilatérales.
Le deuxième dossier porte sur la révision de l’accord franco-algérien de 1968, régulièrement critiqué par une partie de la classe politique française et devenu un sujet central dans le débat migratoire en France.
Enfin, Paris souhaite obtenir des avancées concrètes sur la délivrance des laissez-passer consulaires, indispensables à l’expulsion des ressortissants algériens en situation irrégulière visés par des décisions d’éloignement.
Sécurité, migration et lutte contre les trafics
Laurent Nuñez a également indiqué que l’ensemble des questions de sécurité communes serait abordé lors de ses entretiens à Alger. « J’irai à une réunion de travail pour discuter de toutes les questions de sécurité qui intéressent la France et l’Algérie », a-t-il déclaré, citant notamment la lutte contre le trafic de stupéfiants et l’immigration illégale.
Ces thématiques, au cœur des préoccupations des deux pays, constituent autant de points de friction que de leviers potentiels de coopération, dans un contexte régional et international marqué par une pression migratoire accrue et des enjeux sécuritaires partagés en Méditerranée.
Une visite test pour l’avenir des relations bilatérales
Au-delà des dossiers techniques, la visite de Laurent Nuñez est perçue comme un test politique majeur pour jauger la capacité de Paris et d’Alger à sortir durablement de la crise et à rétablir un dialogue de confiance.
S.B.



